5G : l'impact environnemental au cœur des débats entre les pro et les anti-déploiement

La connexion ultra-rapide 5G est en approche
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TECH - 68 élus écologistes, de gauche et quelques Insoumis, dont des maires de grandes villes françaises, réclament un moratoire sur le déploiement de la 5G jusqu'à l'été 2021. Une étude sur l'impact climatique et environnemental de ce nouveau réseau doit être réalisée au préalable.

Le gouvernement français a décidé d'attribuer les fréquences de la technologie de la 5G, considéré comme un enjeu stratégique pour le pays, aux opérateurs téléphoniques, Orange, SFR, Bouygues et Free, dès septembre 2020. 

Une tribune visant à repousser cette échéance à l'été 2021 a été publiée ce dimanche dans le JDD. Près de 70 élus écologistes, de gauche et quelques Insoumis, l'ont signé. Parmi eux figurent : des maires de grandes villes françaises, Marseille (Michèle Rubirola), Strasbourg (Jeanne Barseghian), Lyon (Grégory Doucet), Bordeaux (Pierre Hurmic), et encore Grenoble (Eric Piolle), ainsi que des personnalités politiques telles que Yannick Jadot, François Ruffin, Jean-Luc Mélenchon. 

Parmi les arguments invoqués par les signataires : l'impact environnemental de cette technologie.

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Selon les signataires de cette tribune, le déploiement de la 5G s'accompagnerait d'une surconsommation d'énergie, liée à l’augmentation des usages numériques et, donc, à la sur-sollicitation des antennes et des serveurs. Un faible nombre de téléphones mobiles et autres équipements numériques en circulation sont compatibles avec la 5G, avancent aussi les signataires. La mise en place de ce réseau impliquerait donc un renouvellement forcé du matériel, augmentant l'empreinte écologique des particuliers et des entreprises. Selon le même argumentaire, ce déploiement va accélérer l'exploitation des ressources naturelles non-renouvelables, la pollution liée à l'extraction des métaux rares et la production de déchets non-recyclables.

Les élus réclament un délai supplémentaire avant le déploiement à l'échelle nationale, afin de mener une étude préalable sur l'impact climatique et environnemental. "Nous voulons des preuves que la 5G sera moins énergivore que la 4G et que nous en avons réellement besoin, explique François Thiollet, délégué au projet EELV, à LCI. Ce déploiement va davantage créer des besoins que répondre à des besoins existants". Ils exigent également un débat démocratique décentralisé. "Notre opposition n'est pas ferme et définitive, mais une consultation publique permettrait d'apaiser le débat avec une décision plus consensuelle", dit-il.

"Pour rester compétitifs, nous devrions plutôt créer des géants du numérique français que déployer la 5G"

Le gouvernement justifie ce calendrier accéléré au nom d'un potentiel retard français face à la concurrence mondiale. "Pour rester compétitifs, nous devrions plutôt aider nos start-up et créer des géants du numérique français et européens que déployer la 5G",  suggère François Thiollet. "Ce n'est plus comme cela que nous devons penser le monde, ajoute-t-il. Nous devrions mener une réflexion sur le long-terme en changeant nos modes de vie basés sur la consommation et les fausses dépendances." Autres conséquences négatives redoutées par les signataires écologistes : fracture numérique entre les villes et les campagnes, protection des données personnelles, hyper-connectivité, impact négatif sur la santé lié à l'exposition aux ondes.  

La question ne cesse de faire débat. Pour les défenseurs de la 5G, le déploiement de cette technologie permettra, au contraire, de réduire l'impact environnemental. Franck Riester, ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l'attractivité, a d'ailleurs réagi sur Europe 1, en jugeant les maires "dans une position de refuser le progrès." Cet avis est partagé par d'autres. 

"Structurellement la 5G sera plus efficace que la 4G, argumente Gilles Babinet, vice-président du Conseil National du numérique, auprès de LCI. Elle apportera une information précieuse aux acteurs B to B afin qu'ils réduisent les pertes en énergie" : localiser la marchandise en transit, limiter les stocks, optimiser les flux dans les usines, permettre aux agriculteurs d'arroser les sols avec précision afin d'éviter le gâchis en eau, GPS connectés afin de contourner les embouteillages, chauffages connectés qui se mettent en veille quand les individus ne sont pas présents à leur domicile, réunions en visioconférence.

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"Il serait dommage que le débat se polarise uniquement autour des aspects consuméristes, sans considérer les atouts importants qu'elle recèle, notamment dans les progrès environnementaux", conclut le spécialiste du numérique. "C'est une valeur ajoutée sur laquelle les villes vertes de demain reposeront. Une ville non-connectée n'existera pas."

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