70 scientifiques lancent un appel international pour sauver les insectes

70 scientifiques lancent un appel international pour sauver les insectes
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ACTION - Pas toujours très agréables à côtoyer, les insectes n'en sont pas moins indispensables à notre survie. Dans un manifeste publié le 6 janvier dans la revue "Nature Ecology & Evolution", des scientifiques du monde entier appellent à agir pour lutter contre leur disparition, déjà largement entamée.

Les insectes meurent et nous devons réagir. Voilà le cri du cœur lancé par 70 scientifiques du monde entier. Dans la revue Nature Ecology & Evolution, ils ont publié le 6 janvier dernier une feuille de route destinée à sauver abeilles, papillons, fourmis ou encore libellules, dont la survie est principalement mise à mal par les activités humaines et le changement climatique. "En tant que scientifiques, nous voulons rassembler toutes les connaissances disponibles et les mettre en pratique avec les gestionnaires des terres, les décideurs politiques et toutes les autres personnes concernées", écrivent-ils dans un communiqué.

Agir maintenant pour enrayer la disparition des insectes

Selon eux, un certain nombre de mesures doivent être appliquées immédiatement pour tenter de ralentir, voire de mettre fin au déclin des insectes. La suppression progressive des pesticides, la diversification des cultures et la réduction de la pollution lumineuse, atmosphérique et hydraulique font partie des solutions à mettre en œuvre, et ce sans même attendre de disposer de plus de connaissances scientifiques. "Nous avons actuellement suffisamment d'informations sur certaines causes clés du déclin des insectes pour formuler des solutions", écrivent les auteurs de l'étude. "Nous devons agir maintenant."

En parallèle de ces actions concrètes, les chercheurs demandent à ce qu'une évaluation d'ampleur soit réalisée concernant le statut de conservation de chacune des familles d'insectes, afin d'établir d'urgence la liste des herbivores, détritivores, parasitoïdes, prédateurs et pollinisateurs à conserver de façon prioritaire. Sur le moyen et long terme, les auteurs de cette feuille de route réclament par ailleurs que soient menées de nouvelles recherches sur les facteurs de stress auxquels peuvent être soumises les espèces. Mais aussi que soit mis en place un programme de surveillance mondial sous la houlette d'une organisation internationale existante comme l'ONU ou l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

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Plusieurs études alarmantes sur le déclin des insectes

Fin 2017, une étude menée dans plusieurs réserves naturelles en Allemagne et publiée dans la revue PLoS One révélait qu'environ 76 % des insectes avaient disparu en moins de 30 ans. Des résultats qui peuvent, selon les scientifiques, être élargis à plusieurs pays européens dont la France. A l'époque interrogé par Franceinfo, Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et responsable de la Zone Atelier "Plaine & Val de Sèvre", affirmait d'ailleurs partager le constat. Sur les 450 kilomètres carrés de parcelles agricoles qu'il étudie avec son équipe depuis vingt-cinq ans, le chercheur dit avoir remarqué un important déclin des insectes. "Depuis toutes ces années, on suit l'ensemble de la chaîne alimentaire : les mammifères et les oiseaux, mais aussi les insectes comme les pollinisateurs (abeilles, papillons ...), les criquets, les carabes ou encore les araignées, et les plantes ... Pratiquement l'ensemble de cette biodiversité est en déclin, surtout les insectes, pour lesquels ce phénomène est très rapide", faisait-il savoir.

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76% des insectes ont disparu en 30 ans

Plus récemment, une nouvelle étude est venue confirmer cet alarmant constat. Publiée en 2019 dans la revue scientifique Biological Conservation, la méta-analyse de 73 précédentes études suggère que plus de 40 % des espèces d’insectes sont en déclin et un tiers sont menacées. Leur taux de mortalité serait huit fois plus rapide que celui des mammifères ou des oiseaux, si bien qu'au cours des trente dernières années, la masse totale des insectes existant sur la Terre a diminué de 2,5% chaque année. "C’est très rapide. Dans dix ans, il y aura un quart d’insectes de moins, dans cinquante ans, plus que la moitié, et dans cent ans, il n’y en aura plus", s'inquiétait auprès du Guardian l'un des auteurs de l'étude.

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Des animaux essentiels à notre survie

S'ils ne sont pas toujours très agréables à côtoyer, les insectes sont néanmoins essentiels à notre survie. Quand certains se chargent de polliniser les arbres fruitiers et autres plantes dont nous nous nourrissons, d'autres recyclent les nutriments essentiels à la fertilisation de la terre. Sans compter le fait qu'ils représentent une source de nourriture pour de nombreuses espèces, dont les oiseaux, qui jouent également un rôle majeur dans l'écosystème. Avec la disparition des insectes, c'est donc tout l'équilibre de la chaîne alimentaire qui est menacé. "Sans les insectes, le monde dans lequel on vit n'aura rien à voir avec celui qu'on connaît. Et à priori, ce n'est pas pour le meilleur", affirmait ainsi en février dernier à TF1 Colin Fontaine, chercheur en écologie au CNRS.

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