A Roquebrune-sur-Argens, les inondations, "ça fait partie du patrimoine communal"

A Roquebrune-sur-Argens, les inondations, "ça fait partie du patrimoine communal"
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ACTION - Après avoir vécu ce week-end sa 5e grosse inondation depuis 2010, la commune de Roquebrune-sur-Argens a confié toute son impuissance auprès de LCI. Près de 70 projets doivent cependant être bientôt lancés dans les environs par une structure créée à l'initiative de la préfecture pour tenter de contenir au mieux l'Argens et ses affluents aux prochains épisodes de pluie.

L'alerte orange aux inondations a été levée ce lundi matin dans le Var, après un week-end de pluies diluviennes. Il est tombé dans le département l'équivalent de deux à trois mois de pluie en 24 à 48 heures. Parmi les communes les plus touchées, celles de Roquebrune, où le niveau de l'Argens est monté à plus de sept mètres dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 novembre, soit un niveau de crue "qu'on ne retrouve que tous les 50 ans", selon le patron du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) du Var interviewé par l'AFP.

Depuis 2010, cette petite ville de 14.000 habitants a connu cinq grosses inondations, dont celle de juin 2010, qui avait entraîné la mort de plus de vingt personnes dans la région. Malgré son impuissance et la répétition de ces événements, qui pousse certains habitants à bout, la mairie de Roquebrune, jointe par LCI, apparaît résignée à y faire face.

Prévention, domaine d'excellence

"Je dis ça avec un peu d’ironie, mais cela fait partie du patrimoine communal", lance Ludovic Barety, directeur de cabinet du maire. "Cela fait 40 ans que j'habite Roquebrune et des inondations, on en a toujours connu. Lorsque j'étais en classe de CE1-CE2, j'allais observer avec ma classe les montées de l'Argens." Si cela apparaît presque, à ses yeux comme à ceux de ses concitoyens, comme une fatalité, cela s'explique surtout par le manque de moyens d'actions. "Quand il arrive des milliers de mètres cube d’eau à la seconde, on ne peut rien prévoir. Nous sommes tout près de l’embouchure de l’Argens, ce qui fait que nous récupérons toutes les eaux du Haut-Var. Face à cela, la ville ne peut techniquement rien faire, si ce n'est développer la prévention, domaine dans lequel nous excellons." Dès qu'une alerte Vigicrue est donnée, la ville déclenche une cellule de crise qui mobilise une soixantaine de personnes. Elle permet non seulement de mettre en place des lieux d'accueil, d'organiser l'évacuation des habitants, mais aussi de les tenir informés régulièrement de la situation. 

Si le directeur de cabinet ne se dit pas persuadé que des actions humaines soient efficaces face au climat, la ville a tout de même adhéré, en 2014, au Syndicat mixte de l’Argens (SMA). Créé à l’initiative de la préfecture, il regroupe 74 communes du bassin versant de l'Argens. "Il s'agit de la seule structure qui peut porter un PAPI [Plan d’action et de prévention des inondations, ndlr]", nous indique Ludovic Barety.

Des travaux titanesques en préparation

Joint par LCI, le président du SMA, Olivier Audibert-Troin, rapporte avoir négocié ce fameux PAPI avec les services de l'État en 2016 pour protéger au mieux les communes se situant sur les berges du fleuve de l'Argens et de ses affluents lors d'épisodes de fortes pluies. Avec un budget de 96 millions d'euros, il prévoit près de 70 projets de travaux à réaliser sur l’ensemble du bassin versant. "Nous allons essayer d’améliorer l’écoulement pour que l’eau parte le plus vite possible vers la mer en supprimant tout ce qui peut lui faire obstacle", explique l'ancien parlementaire Les Républicains.

Certaines passerelles seront donc supprimées, tandis que des arches de ponts seront agrandies et que de nouvelles zones humides seront créées. "Nous achetons des dizaines d’hectares que nous allons transformer en zones humides, qui seront en quelque sorte d’immenses bassins de rétention", développe le président du syndicat. L'élargissement du lit des cours d'eau est également prévu à certains endroits, dont Roquebrune-sur-Argens. Dans la commune, le SMA prévoit aussi d'araser des seuils dans le fleuve, soit de faire disparaître de grandes marches créées à l'époque pour maintenir le niveau de l'eau assez haut. "Dès lors qu’on le supprime, on va retrouver de la pente et accélérer le débit vers la mer", assure Olivier Audibert-Troin.

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Pour l'heure, plus de 85% des projets prévus par le syndicat ont été lancés. Mais pour son président, tout cela ne va pas assez vite : "Lorsque l'on lance des travaux de cette ampleur dans le milieu naturel, nous avons besoin de bon nombre d’autorisations. Si je comprends que celles-ci soient nécessaires, étant donné que nous intervenons dans le milieu naturel et qu’il nous faut être attentif à ne pas abîmer plus encore notre environnement naturel, les délais sont extrêmement longs et incompressibles. Nous les condamnons aujourd'hui et demandons à ce que, dans ces cas d'urgence, les études environnementales nécessaires puisse être anticipées ou accélérées."

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