Air France compensera "100% des émissions de CO2" sur ses vols intérieurs : mesure salutaire ou coup de com' ?

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CLIMAT - La directrice générale d'Air France, Anne Rigail, a annoncé dans une interview au "Parisien" que la compagnie aérienne allait compenser l'intégralité des émissions de ses vols domestiques à partir de janvier 2020, notamment à travers la plantation d'arbres. Une décision qui s'inscrit dans une évolution globale du secteur aérien.

Véritable tournant écolo pour Air France ou "greenwashing" ? La directrice générale, Anne Rigail, a annoncé dans une interview au Parisien que la compagnie aérienne allait, "à partir du 1er janvier 2020, compenser 100% des émissions de CO2" de ses vols domestiques, c'est-à-dire les vols dont le décollage et l'atterrissage se font sur le territoire national, en métropole ou en Outre-mer. 

Cela représenterait "500 vols par jour", a indiqué la patronne d'Air France, annonçant au Parisien un investissement de "plusieurs millions d'euros" pour "financer des projets de plantation d'arbres, de protection des forêts, de transition énergétique ou encore de sauvegarde de la biodiversité". "Cela pourrait correspondre par exemple à planter l'équivalent de 70 millions d'arbres", a-t-elle ajouté. 

Les vols intérieurs dans le viseur

Les déclarations de la dirigeante s'inscrivent dans un contexte polémique pour les vols dit "intérieurs", fortement critiqués par les défenseurs de l'environnement, tout particulièrement en France, où ces derniers rappellent que l'avion est "14 à 40 fois plus émetteur de CO2 que le train". 

Durant l'été, les députés Delphine Batho (Génération Ecologie) et François Ruffin (LFI) avaient ouvert un débat pour demander l'interdiction pure et simple de ces vols domestiques de courte distance. Une proposition rejetée par le gouvernement, qui avait toutefois annoncé la mise en place d'une écotaxe, à partir de 2020, sur les billets d'avion au départ de la France. 

Plus généralement, le débat s'inscrit dans le contexte de la campagne du mouvement "flygskam", ou "honte de l'avion", qui veut inciter les voyageurs à renoncer à l'avion pour effectuer leurs déplacements. 

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La compensation, du "greenwashing" ?

Les défenseurs de l'environnement invoquent les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat pour réclamer la réduction pure et simple du trafic aérien, plutôt que la seule "compensation" des émissions de CO2 par les compagnies aériennes. Mardi matin, sur France Inter, Delphine Batho a ainsi qualifié les annonces d'Air France d'opération de "greenwashing", c'est-à-dire à des fins de communication plutôt que réellement écologique.  

"La question posée aujourd'hui, c'est de réduire les émissions carbone, pas seulement de les compenser", a jugé la députée. "Se dire que l'on pourrait continuer sur la même gabegie parce que l'on pourrait planter quelques arbres, ce n'est pas sérieux", a-t-elle ajouté, saluant toutefois le fait que le débat ouvert sur les vols intérieurs "commence à faire bouger les choses". 

Le principe de la compensation repose sur l'idée que les arbres sont capables d'absorber une quantité moyenne de CO2 chaque année. Illustration : selon un rapport annuel du ministère de la Transition écologique, près de 22,7 millions de tonnes de CO2 ont été émises en France, en 2018, par le trafic aérien, dont 4,8 millions de tonnes du seul fait du trafic domestique. Si l'on admet qu'un arbre peut absorber 30 kilos de CO2 par an - hypothèse haute -, il faudrait planter près de 160 millions d'arbres par an pour compenser les émissions dues aux vols domestiques. Selon ce calcul, le chiffre de "70 millions d'arbres" évoqué par la directrice générale d'Air France pourrait effectivement correspondre peu ou prou aux émissions liées au trafic intérieur de la compagnie aérienne. 

Une mesure parmi d'autres

"On ne va pas reprocher à Air France d'annoncer des choses en faveur du climat", réagit auprès de LCI Geneviève Laferrère, en charge des transports au sein de la fédération France Nature Environnement. Dans le transport aérien, il y a trois volets, estime-t-elle, "la compensation, la réduction, l'évitement". "En matière de compensation, on voit où l'on va", estime-t-elle. Les financements annoncés pourraient ainsi être fléchés vers des programmes de reforestation en Amazonie ou en Afrique. 

"En matière de réduction des émissions, le renouvellement annoncé de la moitié de la flotte d'Air France - avec des avions consommant 20 % à 25 % de fioul en moins, NDLR -, c'est du gagnant-gagnant", ajoute-t-elle. "En revanche, il reste une question de fond sur l'évitement : il faudra limiter les vols intérieurs. Le maintien de liaisons comme Paris-Caen ou Paris-Nantes n'est pas raisonnable." 

Selon Geneviève Lafferrère, les annonces d'Air France n'arrivent pas par hasard. Elles s'inscrivent, d'une part, dans le cadre des débats budgétaires sur le projet de loi de finances 2020, qui porteront notamment sur la nouvelle taxe sur les billets d'avions. D'autre part, elles constituent une traduction par la compagnie française de l'accord international Corsia, signé en 2016 par 165 Etats, dont les pays de l'UE, les Etats-Unis et la Chine, visant à maintenir les émissions de CO2 du secteur aérien en dessous du seuil de l'année 2020. Dans les 65 premiers Etats volontaires (dont la France) qui mettront en place le dispositif entre 2021 et 2026, les compagnies aériennes devront compenser un éventuel dépassement de ce seuil par l'achat "d'unités d'émission" qui permettront de financer des programmes de reforestation ou d'énergies renouvelables. A ce titre, Air France s'inscrit dans un mouvement qui touche l'ensemble du secteur aérien. 

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