Alors que l’opération "Vert Brésil" prend fin, l’Amazonie brûle-t-elle toujours ?

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DÉFORESTATION - Cet été, des images de l’Amazonie vue du ciel, en proie aux flammes étaient partout. Elles ont provoqué l’émotion et les prémices d’une crise diplomatique entre Paris et Rio. Qu’en est-il aujourd’hui, alors que l’opération "Brésil vert" touche à sa fin ? L’Amazonie brûle-t-elle toujours ? On fait le point.

"Notre maison brûle", s’était ému Emmanuel Macron fin août face aux incendies ravageant l’Amazonie. Deux mois plus tard, la forêt brûle toujours bien que ses feux soient moins conséquents que cet été. Les chiffres de la déforestation du mois d’octobre ne sont pas connus pour l’heure mais l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE) ne cache pas son inquiétude de voir la barre des 10.000 km2 de forêt partis en fumée d’ici la fin de l’année. Un triste record datant de 2008. 

C’est à partir d’un système satellite que l’institut suit l’état de la destruction de la forêt mois après mois, année après année. Si les données que l’INPE transmet tous les ans sont plus précises, les chiffres publiés chaque mois permettent de dessiner une tendance.

Près de 7853 km2 de forêt ont été détruits entre le mois de janvier et le mois de septembre. Ainsi, la déforestation a enregistré un bond de 93% par rapport à la même période l’an dernier : 4075 km2 "seulement" avaient été déboisés en 2018. Du 1er janvier au 16 octobre 2019, 69.930 départs de feu ont été enregistrés en Amazonie brésilienne. 19.925 incendies ont été recensés au mois de septembre, contre 24.803 départs de feu à la même période l’an dernier. 

Paradoxalement, si moins de feux ont démarré en septembre 2019 qu’en septembre 2018, ils ont brûlé davantage de superficie, soit 3.400 km2 de plus. Ce qui signifie qu’ils ont été plus intenses et ravageurs. Mais la tendance, comme on peut le constater, est à la baisse. Les feux ralentissent depuis le mois de septembre. "Une partie pourrait être due au travail - tardif - des autorités brésiliennes mais la plupart est imputable à une saison des pluies avancée cette année", explique Cécile Leuba, chargée de campagne Forêts pour Greenpeace. Alors que les pompiers luttent toujours contre les départs d’incendies, la pluie est déjà tombée dans la région. Habituellement, la saison des pluies débute fin septembre avec de vraies averses quelques semaines plus tard. 

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"Vert Brésil" ou 8000 hommes mobilisés

Après une prolongation d’un mois, l’opération "Vert Brésil" doit s’achever ce jeudi 24 octobre. Pressé par la communauté internationale, Jair Bolsonaro a envoyé fin août des moyens pour lutter contre les feux de forêt et la déforestation illégale. L’opération a mobilisé 8000 personnes, dont 6000 militaires selon le ministre de la Défense, moins de 4000 selon des médias brésiliens, ainsi que des membres des organismes municipaux, provinciaux et fédéraux. Dans l’état du Rondonia, particulièrement touché par les brûlis (ces techniques consistant à mettre le feu aux terrains en friche pour les exploiter), 400 militaires appuyés par des hélicoptères luttent toujours contre les flammes. Des avions Hercules C-130 ont été réquisitionnés par l’armée de l’air afin de larguer 12.000 litres d’eau à chaque trajet. "Vert Brésil" a bénéficié d’une enveloppe de 45,5 millions de réais (10 millions d’euros).  

Lors d'une conférence de presse fin septembre, le ministre Fernando Azevedo e Silva a dressé un premier bilan en indiquant avoir interpellé 63 personnes, saisi 27 véhicules et infligé des amendes d’un montant de 63 millions de Réais (14 millions d’euros). Or, pour beaucoup de médias nationaux, la chasse aux orpailleurs n’est pas menée avec beaucoup de conviction par le gouvernement de Jair Bolsonaro, climato-sceptique notoire et défenseur de l’exploitation de la forêt amazonienne à des fins commerciales. Le 24 septembre dernier, le président brésilien affirmait que "l’Amazonie n’est pas dévastée ou consumée par le feu, contrairement à ce que dit la presse". Au plus fort des incendies, en août et en septembre, c'est respectivement 1700 km2 et 1447 km2 de forêt qui sont partis en fumée. 

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