Centrale de Fessenheim : une fermeture, cinq questions

Centrale de Fessenheim : une fermeture, cinq questions
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CLAP DE FIN - Clap de fin historique après 43 ans de service : Ce lundi 29 juin, en fin d'après-midi, avec la mise à l'arrêt du second réacteur, la centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim va définitivement cesser de fonctionner avant d'être démantelée. Coût, emplois, compensations d’énergie… Voici 5 questions que pose la fermeture de la plus vieille centrale nucléaire de France.

La centrale nucléaire de Fessenheim, en Alsace, a arrêté définitivement le premier de ses deux réacteurs en février dernier. Ce lundi 29 juin, en fin d'après-midi, avec un peu d'avance, la mise à l'arrêt du réacteur numéro 2 a été lancée. 

Une baisse progressive de la puissance va donc être amorcée, la plus vieille centrale de France cessera pour toujours de produire de l'électricité. En activité depuis 1977, plusieurs questions se posent autour du démantèlement progressif du site situé le long du Rhin aux frontières de l'Allemagne et de la Suisse et qui était jusqu'à présent la doyenne des centrales en activité. 

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Combien de temps va durer son démantèlement ?

Une opération, similaire à celle qui avait conduit à l'arrêt du premier réacteur le 22 février, a démarré ce lundi aux environs de 17h30, avec une baisse progressive de la puissance du second réacteur. Lorsque sa puissance nominale atteindra "8%", probablement dans la nuit de lundi à mardi, la centrale sera alors définitivement déconnectée du réseau électrique, a expliqué un porte-parole d'EDF.  Viendra alors le temps de la préparation du démantèlement, qui durera 5 ans et qui sera entériné par un décret publié en 2025. Comme l’explique EDF, quatre étapes vont rythmer la procédure : le démantèlement électromécanique, l’assainissement des structures, la démolition des bâtiments et, enfin, la réhabilitation du site. La fin de la démolition est donc prévue à l’horizon 2040. 

Enfin, la restauration du site de Fessenheim, c’est-à-dire son déclassement, doit prendre un an pour une fermeture totale en 2041. 

Combien cela va-t-il coûter ?

La fermeture de chaque unité de production, c’est-à-dire de chaque réacteur, coûte entre 250 et 500 millions d’euros. Le calcul a été fait sur la base du démantèlement de la centrale de Chooz dans les Ardennes, arrêtée définitivement en 1991 et ayant pesé 500 millions d’euros sur les finances. 

Comment l’énergie va-t-elle être compensée ?

La compensation de l’énergie perdue avec la fermeture de Fessenheim n’est pas un sujet, nous dit-on à EDF. La région d’Alsace, approvisionnée en électricité à 90 % par Fessenheim, ne souffrirait d’aucune pénurie. L’argumentaire est le suivant : puisque le réseau électrique est européen, une sorte de "maillage global", la région sera fournie en énergie par d’autres centrales du continent. À l’échelle nationale, la France produit suffisamment d’électricité et en exporte l’équivalent de 350 jours par an, selon EDF. 

Les salariés du site vont-ils être sauvés ?

"Il n’y aura aucune perte d’emploi", avait assuré la ministre Elisabeth Borne mercredi 19 février. Même son de cloche du côté d'EDF qui, au moment de l'arrêt du premier réacteur, nous affirmait que tous les salariés présents sur le site, 700 salariés d’EDF et 280 d’entreprises prestataires, seront reclassés. 

80 salariés ont déjà quitté le site durant l’été, avec une dizaine partis à la retraite. Après l’arrêt des deux réacteurs cette année, 160 salariés devraient quitter Fessenheim. 160 autres employés devraient partir à leur tour en 2023 lorsque le combustible aura été évacué du site pour être transporté à la Hague. En 2025, date à laquelle le démantèlement doit commencer, il ne restera que 60 salariés EDF et une centaine d’entreprises prestataires qui se chargeront des opérations. 

Avant que la décrue des effectifs ne s'amorce, la centrale générait près de 2.000 emplois directs, indirects et induits. Soit environ 5.000 personnes concernées, familles incluses. La ville de Fessenheim, située dans une région frontalière avec l'Allemagne et l'une des plus pauvres d'Alsace, compte 2.500 habitants. Selon des études, la perte de revenus des commerces situés autour de la centrale en raison de sa fermeture est estimée à cinq millions d'euros.

L'installation d'un technocentre, destiné à devenir un site-pilote de décontamination des métaux faiblement radioactifs ou encore une usine de biocombustible sont bien en projet, avec plusieurs centaines d'emplois à la clé, mais ils ne se concrétiseraient pas avant quelques années.

Quelles conséquences sur le climat ?

La fermeture de Fessenheim va générer des émissions importantes de gaz à effet de serre, selon la Revue générale nucléaire qui explique que "si une centrale nucléaire est arrêtée, l’électricité qu’elle ne produit plus sera fournie par les capacités arrivant ensuite dans l’ordre du mérite, donc des centrales à gaz et charbon". 

Autrement dit, l’énergie nucléaire bas-carbone produite par Fessenheim devrait être remplacée par celle de centrales à gaz et à charbon ailleurs en Europe (le réseau électrique étant européen). D’après la revue, "le surcroît d’émission (de gaz à effet de serre, ndlr) lié à la fermeture des réacteurs de Fessenheim sera donc compris entre 6 et 10 millions de tonnes équivalent CO2 par an". À cela, EDF assure que les centrales à gaz ou à charbon seront mobilisées uniquement lors de pics de consommation d'électricité. 

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