Amazonie : le nombre d'incendies est-il "inférieur à la moyenne de ces dernières années", comme l'assure Bolsonaro ?

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La forêt amazonienne touchée par des incendies ravageurs

AMAZONIE - Le président brésilien a une nouvelle fois minimisé la gravité des incendies qui ravagent la forêt amazonienne, estimant que la situation était habituelle et que le nombre d'incendies étaient même inférieur à la moyenne de ces dernières années. S'il ne s'agit effectivement pas d'un "record", la situation est pourtant bien pire que les années précédentes.

Le monde entier a les yeux rivés sur la forêt amazonienne en proie à de violents incendies depuis le mois de juillet, mais le président brésilien se serait bien passé de cette mauvaise publicité. Alors, depuis des semaines, Jair Bolsonaro multiplie les interventions visant à minimiser l'ampleur des dégâts. Selon lui, il s'agit d'une situation habituelle et saisonnière. Il "n'est pas vrai" que la forêt amazonienne est "en feu", a-t-il avancé ce jeudi lors d'une allocution diffusée en direct sur Facebook. Et d'assurer : "Les incendies cette année sont inférieurs à la moyenne de ces dernières années".

Que nous disent les chiffres de l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE) ? Au 29 août, le Brésil enregistrait 87.257 incendies depuis le début de l'année, une hausse de 76% par rapport à l'année dernière, à la même date (49.401 incendies). Mais lorsque l'on observe les cinq dernières années, cette hausse est effectivement moins franche. En 2017, on comptait 65.484 incendies, 81.962 en 2016, 61.735 en 2015, 66.946 en 2014 et 43.657 en 2013, toujours au 29 août. Il  faut toutefois remonter à 2010 pour que le nombre de foyers actifs dépasse l'actuel. En se basant sur d'autres statistiques de l'INPE, sur le seul mois d'août, on compte 46.392 foyers en 2019 quand il y en avait 90.444 en 2010.

Plutôt qu'une catastrophe sans précédent, Jérôme Frignet, directeur des programmes chez Greenpeace France, préfère donc évoquer "un grave retour en arrière". "Les quinze dernières années, des progrès avaient été fait, les politiques environnementales du Président Lula avaient notamment permis de faire baisser leur nombre et leur ampleur", explique-t-il.

Ces chiffres concernent toutefois le Brésil dans son intégralité. Jetons un œil à la seule région de "l'Amazonie légale", autrement dit l'Amazonie brésilienne. En cumulant le nombre d'incendies dans les neuf Etats qui la composent - Acre, Amazonas, Amapa,  Para, Randonia, Roraima, Mato Grosso, Maranhao et Tocatins - on comptabilise 63.401 incendies. Cela signifie que 70% des incendies qui sévissent au Brésil concernent la forêt amazonienne. L'année dernière, à la même époque, il n'y en avait que 32.331, 47.112 en 2017 et 56.335 en 2016. Là encore, les chiffres contredisent le président brésilien.

L'année 2019 risque donc d'être plus catastrophique que les précédentes années. Le graphique ci-dessus montre le nombre de foyers actifs en Amazonie légale depuis 1998. Il convient de noter qu'il s'agit ici d'incendies cumulés sur l'ensemble de l'année, mais que l'année 2019 n'est pas encore finie. Le pire reste à venir, les incendies sont en manière générale plus nombreux au mois de septembre. En 2007, par exemple, une année particulièrement rude pour la forêt amazonienne, plus de 100.000 départs de feu avaient été enregistrés sur ce seul mois. 

Attendra-t-on pour autant les records des années 2000 ? Depuis cette époque, des efforts ont été conduits par les autorités et certains zones de la forêt amazonienne protégées et classées. Mais la Nasa a tiré la sonnette d'alarme il y a une dizaine de jours. A cette époque de l'année, elle indique que les détections de feux - via le système satellitaire MODIS - n'ont jamais été aussi importantes depuis 2010. L'Etat d'Amazonas serait même en passe de battre un record. On note en effet une hausse de 99% d'incendies dans cette région par rapport au 29 août 2018. Et sur le seul mois d'août, cet Etat compte plus d'incendies qu'en 2010 : 6401 contre 5261. Du jamais vu depuis au moins 1998 !

Au-delà de leur nombre, les incendies qui ravagent la forêt amazonienne sont plus intenses que les années précédentes. Leur puissance radiative n'a jamais été aussi importante à cette saison depuis 2012 - date des premières mesures - comme le dévoile le graphique ci-dessus..

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