Black Friday : le lourd bilan écologique des retours de colis

Black Friday : le lourd bilan écologique des retours de colis
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Black Friday, les promos made in USA qui font polémique

IMPACT - Promotions monstres, livraisons ultra-rapides... Pour inciter à l'achat lors de cette nouvelle fête de la consommation qu'est le Black Friday, les commerçants usent de tous les moyens. Et l'environnement paie un lourd tribut, notamment en raison du nombre produits retournés dans les jours qui suivent.

Pour le Black Friday, les marques sont en ordre de bataille. À moins d'un mois de Noël, cette journée de promotions est devenue un véritable événement commercial. Pour appâter le client, les vendeurs n'hésitent pas à brandir des pancartes affichant de -40 à -60%. Et l'enjeu économique est tel, alors que le succès des soldes est chaque année amoindri, que cette journée de rabais venue des États-Unis se déroule désormais souvent sur la semaine entière pour porter le nom de Black Week.

Selon une étude de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, les Français devraient dépenser 1,7 milliard d'euros en ligne sur ces quelques jours de promotions. Mais cette nouvelle fête de la consommation, qui tend à inciter les consommateurs à acheter sans se poser de questions, a un poids. Non seulement pour le porte-monnaie, mais aussi pour l'environnement. Car non seulement des millions de colis seront expédiés en quelques jours, mais environ un quart sont renvoyés à l'expéditeur par les consommateurs de moins de 30 ans, soulignait en 2018 une étude menée par Greenpeace en Allemagne. 

Si aucune étude de ce type n'a été faite en France, la tendance est similaire, poussée notamment par la gratuité des retours, de plus en plus fréquente. Chez Spartoo, spécialiste de la vente de chaussures en ligne, plus d'un colis sur dix est ainsi renvoyé aux frais de l'entreprise.

Un colis renvoyé et des kilomètres multipliés par deux

Si renvoyer un produit peut paraître anodin, tant tout est fait pour que la tâche soit simple, ce geste génère énormément de pollution. A commencer par la multiplication par deux du nombre de kilomètres effectué par les sociétés de livraison, alors que le fret urbain représente déjà plus de 20% du trafic et 30% des émissions de gaz à effet de serre. Plus globalement, les camions et camionnettes émettent à eux seuls 40% du CO2 généré par le transport routier, rapporte l'Ademe.

Selon une étude américaine rapportée par le média Axios en juin dernier, le développement des livraisons garanties en un jour ouvré, augmentant encore davantage la charge de travail allouée aux transporteurs du "dernier kilomètre", aurait fait bondir les émissions de gaz à effet de serre de ces derniers, si bien qu'elles équivaudraient désormais à la pollution émise par sept millions de voitures en un an.

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La multiplication des entrepôts, ou l'accroissement de l'étalement urbain

Pour assurer l'envoi et le retour rapide de ces colis, les entreprises de e-commerce sont d'autre part poussées à multiplier, en périphérie des villes, le nombre d'entrepôts de stockage. Ainsi, leur nombre aurait bondi de 200% depuis le début des années 2000 et 81% d'entre eux se situent autour des grandes agglomérations françaises, rapporte l'association France Nature Environnement (FNE). À Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne, Amazon vient ainsi d'ouvrir un méga-entrepôt de plus de 142.000 m2, soit plus de 1.000 terrains de football.

Mais si ces structures permettent de satisfaire le désir d'immédiateté des clients, leur impact environnemental n'est pas négligeable. Elles participent à l'artificialisation des sols et à l'étalement urbain. "En Île-de-France, par exemple, 120 entrepôts logistiques de plus de 5.000 m2 se succèdent le long des autoroutes entre Gennevilliers et Tremblay-en-France. En tout, ce sont 20 millions de mètres carrés qui sont occupés par des entrepôts logistiques en Ile-de-France, représentant un quart du parc immobilier français !" souligne la FNE.

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Ces hangars doivent d'autre part être éclairés, ventilés et un minimum chauffés, ce qui génère d'autant plus d'émissions de gaz à effet de serre.

Des colis remplis au 3/4 pour un bilan carbone désastreux

La plupart du temps renvoyés dans leur emballage d'origine, la part de vide dans les colis est aussi problématique. Selon une étude réalisée en 2018 par  Forbes Insight  et DS Smith, fabricant britannique de cartons ondulés, près d'un quart (24%) du volume qu'ils représentent est vide. Pour les vêtements, l'espace vide représente en moyenne 18% du colis, tandis qu'il grimpe à 52% pour les jouets et 64% pour la verrerie.

Ce manque d'optimisation suffirait à lui seul à remplir chaque année 61 millions de conteneurs circulant entre l'Asie, l'Europe et l'Amérique, avec un très lourd bilan environnemental à la clé. Selon les auteurs des travaux, ces cartons trop peu remplis engendreraient tous les ans l'émission de 122 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de ce qui peut être produit chaque année par la Belgique ou l'Argentine. "Et cela n'inclut pas les émissions de CO2 générées par le transport des produits depuis les ports jusqu'aux centres de distributions, puis jusqu'au consommateur", précise l'étude. 

Environ 30% des produits retournés sont détruits

Enfin, malgré toute la pollution déployée pour effectuer ces retours, 30% finissent à la poubelle, rapportaient en 2018 plusieurs ONG allemandes après le témoignage d'anciens employés d'Amazon. "Cela demande beaucoup de moyens de la part des commerçants de réemballer, de vérifier si le produit fonctionne encore, de le remettre en ligne, de le renvoyer", expliquait à Franceinfo Rolf Buschmann, expert en déchets de l'ONG Bund. Chez Spartoo par exemple, vingt-cinq personnes travaillent à déballer les retours, remettre en état les produits si besoin et à les replacer en stock.

Au total, plus de 650 millions d'euros de produits non alimentaires neufs et invendus sont jetés ou détruits chaque année en France, selon le gouvernement. Face à ce gâchis monumental, le Sénat a voté le 25 décembre dernier l’interdiction de l’élimination des invendus non alimentaires, à l'image des vêtements, produits d’hygiène ou électroménagers. Elle s'inscrit dans le projet de loi de "lutte contre le gaspillage et économie circulaire". La mesure devrait s'appliquer à partir de fin 2021 pour les produits disposant d'une filière de collecte et recyclage dite "REP" et fin 2023 "au plus tard" pour les autres.

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Pour promouvoir une consommation plus durable et raisonnée, 600 marques se sont réunies en collectif ponctuel. Sous la bannière "Make Friday Green Again", elles se sont engagées à ne pas participer au Black Friday. D'autres entreprises ont décidé de prendre le contre-pied de cette période de surconsommation en répondant à l'appel du #blackforgood. Ne renonçant pas aux promotions sur leurs produits, les 70 entreprises engagées reverseront une partie de leurs bénéfices à des associations luttant pour la protection de l’environnement ou contre la pauvreté afin de redonner un sens responsable et écologique à l’acte d’achat.

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