Black Friday : de la folie d'avoir à la raison d'être

Black Friday : de la folie d'avoir à la raison d'être
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ÉDITO - La date anniversaire de la fête de l’hyperconsommation approche. Une "triste farce" pour Fabrice Bonnifet, président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, qui appelle à changer de modèle.

Le 27 novembre prochain, le Black Friday va inonder l’espace médiatique pour annoncer des promotions extraordinaires qui permettront à ceux qui n’ont pas beaucoup d’avoir un peu plus que suffisamment, et à ceux qui ont déjà tout d’avoir encore plus que déjà trop. A en croire les observateurs mal éclairés de cette triste farce, tout le monde y gagne : les commerçants qui, il faut le reconnaître, souffrent le martyr en ce moment, et les consommateurs, qui peuvent s’acheter au meilleur prix des produits dont ils n’ont pas toujours besoin, avec de l’argent qu’ils n’ont pas toujours non plus, tout cela pour impressionner à la fois leurs réseaux sociaux sur Instagram et leurs voisins qui généralement n’en n’ont rien à faire. Mais celles qui font les meilleures affaires, ce sont bien entendu les marques, qui trouvent dans cette mascarade pour gogos une nouvelle occasion d’écouler leurs stocks et booster le volume de leurs ventes. 

Mais hélas, non, il n’y a pas que des gagnants dans cette énième démonstration de notre inconscience. Le dumping social et l’environnement sont bien entendu les variables d’ajustement de ces grands-messes consuméristes cachées sous des prétextes bienveillants qui jalonnent notre calendrier grégorien, dont la conséquence est d’essorer toujours plus notre planète déjà à l’agonie. 

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Ainsi, l’industrie textile du "fast fashion" est emblématique du vaste gaspillage des ressources naturelles de notre époque. C’est une des plus polluantes au monde, responsable à elle seule de 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre, soit le cinquième secteur le plus émetteur. Selon l’Ademe, nous achetons 60% de vêtements en plus qu’il y a 15 ans, alors que 70% de notre garde-robe n’est jamais utilisée ! Un autre exemple parmi 1000 ? La moyenne d’utilisation d’une perceuse sur toute sa durée de vie est de maximum douze minutes pour plus de 99% des utilisateurs ! Alors que le réchauffement climatique menace, à court terme désormais, l’intégrité des écosystèmes indispensables à notre propre survie, pouvons-nous ou pas accepter de renoncer à notre septième paire de chaussures ? 

On nous parle d’achat plaisir, de corrélation entre pouvoir d’achat et bonheur. Voilà des sophismes qu’il convient de dénoncer. La pression mimétique entretenue par les marchands d’illusion est la première responsable de cette situation : "si tu l’as, alors je dois l’avoir aussi" pour ne pas apparaître comme différent. L’équation du bonheur est complexe, mais il y a des fondamentaux comme notamment la qualité des relations interpersonnelles. N’est-ce-pas cela dont nous avons surtout besoin ?

La raison d’être des entreprises de demain doit être de produire de la valeur sans détruire- Fabrice Bonnifet

Le second paramètre est la resynchronisation avec la nature : 9 Français sur 10 expriment le besoin d’un contact quotidien avec le végétal et les espaces naturels, et nous continuons de nous entasser dans des villes de plus en plus déshumanisées. Bref, que des choses pas commerciales comme le dit si bien Alain Souchon dans sa chanson Foule Sentimentale, mais tellement plus utiles et positives que le plaisir éphémère d’un clic sur un site de e-commerce qui ne crée que de l’antivaleur via des entités destructrices de l’essentiel. 

Certes, l’amour et l’eau fraîche ne paient pas les factures du quotidien, mais les entreprises et par extension les salariés peuvent gagner de l’argent autrement. "J’extrais des matières premières, je fabrique, je vends et le client jette" : démodons ce modèle prédateur qui n’entretient que la folie d’avoir via l’économie de la possession. La raison d’être des entreprises de demain doit être de produire de la valeur sans détruire : "J'extrais des matières premières une fois, je fabrique en éco-concevant, je vends l’usage au client, puis je répare, je reconfigure, je recycle". Avec ce modèle contributif, l’entreprise baisse sa pression sur les ressources, crée des emplois locaux, et propose de passer du plaisir d’avoir au plaisir d’usage. Ça tombe bien, car généralement on se lasse assez vite d’un objet, mais on ne se lasse jamais d’explorer des nouvelles expériences. Et puis cela permettrait d'être un peu plus soi-même et un peu moins celui qui possède une illusion.

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