Camargue : peut-on démoustiquer sans impacter l'environnement et la biodiversité ?

Camargue : peut-on démoustiquer sans impacter l'environnement et la biodiversité ?
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POLEMIQUE - Depuis plus de 15 ans, le "BTI", un bio-insecticide, est utilisé dans le cadre de la démoustication de la Camargue. De simple test à l'origine, son utilisation perdure dans le temps, au prix de la biodiversité, affirment les défenseurs de l'environnement.

Nul doute que si vous êtes déjà allé en Camargue au printemps et en été, vous avez sans doute déjà eu maille à partir avec les moustiques, particulièrement le soir. Et de l'avis de nombreux touristes, cela peut même gâcher les vacances. Depuis plus de quinze ans, la région méditerranéenne tente d'allier tourisme et respect de l'environnement, notamment en Camargue. 

En d'autres termes : comment attirer des touristes dans cette région si marécageuse ? En menant des campagnes de démoustication. Elles ont démarré dans les années 60, lorsqu'il a fallu développer le tourisme dans le secteur. Des traitements vite devenus nécessaires pour fidéliser les vacanciers. "Pour nous, c'est indispensable", affirme ainsi à TF1 Pascal Besse, le directeur du camping "Le Garden" à la Grande-Motte.

Un bio-insecticide qui agit sur l'intestin des moustiques

La cause principale du problème ? La mise en eau des marais temporaires dus aux pluies, à l'irrigation et à l'entrée marine déclenche des éclosions massives de larves de moustique, suivies d’émergences d’adultes en 4 à 5 jours l’été, détaille le Parc de Camargue. On estime qu’environ 25 à 30 % de la production de moustiques découle de ces mises en eau artificielles pour les rizières et les marais utilisés pour le pâturage, la chasse, la protection de la nature. 

Alors d'années en années, les campagnes de démoustication se répètent. Depuis 2000, un nouvel insecticide est utilisé, le "BTI". Au total, 33.000 hectares du pourtour méditerranéen sont traités avec ce bio-insecticide répandu la plupart du temps depuis des petits avions au-dessus des zones humides. Comment agit-il ? Il s'agit d'une bactérie qui détruit l'intestin des moustiques. Le tout est sans danger pour les autres espèces. Selon l'organisme de démoustication, il est malgré tout utilisé avec parcimonie. "Nous ne traitons que l'endroit où sont les larves, selon l'enjeu du moment, la densité, et après avoir décidé du moyen le plus adapté aux regards des enjeux environnementaux", affirme à TF1 Jean-Claude Mouret, coordinateur opérationnel de l'entente interdépartementale pour la démoustication (EID Méditerranée).

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Ce "BTI" est-il réellement sans conséquence pour la biodiversité ? Difficile de l'affirmer clairement. Il soulève en tout cas de nombreuses questions dans la communauté scientifique : "Sous prétexte que le ''BTI' n'a pas d'impact, on démoustique de plus en plus de milieux naturels où la biodiversité est pourtant une priorité", s'indigne Brigitte Poulin, cheffe du département écosystème à la Tour du Valat, qui a noté un changement en quinze ans. "Il y a moins de petits insectes cousins du moustique qui servent de repas à différentes espèces. Il y a aussi moins d'araignées car elles les consomment et les hirondelles perdent un tiers de leurs poussins", note-t-elle. 

Par ailleurs, une commission d'enquête de l'Assemblée nationale a récemment qualifié le moustique tigre, présent sur le territoire depuis le milieu des années 2000, de "risque sanitaire majeur". Elle appelle, de fait, à la mise en place d'une véritable politique de prévention et de sensibilisation des Français à ce problème. En tout, 58 départements sur les 96 que comptent la France sont désormais touchés par cet insecte. La Camargue est répartie sur deux de ces départements : le Gard et les Bouches-du-Rhône.

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