Cargo échoué en Corse : 3 questions sur un accident potentiellement dangereux

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VIGILANCE - Le cargo, transportant 2.650 tonnes de bobines d'acier, qui s'est échoué dans la nuit de samedi à dimanche dans la réserve naturelle de Bonifacio (Corse-du-Sud), va devoir être "allégé" afin d'être dégagé des eaux. Si aucune pollution n'a été détectée dans l'immédiat, les autorités disent être vigilantes.

Pas de blessé, pas de pollution signalée pour l'heure, mais plusieurs questions en suspens, après qu'un cargo transportant 2.650 tonnes d'acier s'est échoué dans la nuit de samedi à dimanche en plein cœur de la réserve naturelle de Bonifacio (Corse-du-Sud). Quelle est la situation sur place ? Comment se fait-il que le navire n'ait pas viré de bord malgré les appels répétés des gardes côtes ? Une pollution est-elle à craindre dans cette zone très sensible sur le plan environnemental ?

Quelle est la situation sur place ?

Le Rhodanus, un vraquier de 90 mètres de long, battant pavillon d'Antigua-et-Barbuda (Antilles), avec à son bord sept membres d'équipage, devait pénétrer dans les bouches de Bonifacio mais s'est échoué à 3 heures du matin dans la nuit de samedi à dimanche. "Tout le monde est sain et sauf", a indiqué le maire de Bonifacio Jean-Charles Orsucci (LREM). Le bateau était parti "du port italien de Tarente et devait rejoindre lundi Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône)", a précisé la préfecture maritime. 

Echoué, "le navire se trouve en plein milieu des archipels de la réserve naturelle des bouches de Bonifacio, dans une zone de protection renforcée, très sensible du point de vue environnemental", a précisé le directeur scientifique de la réserve naturelle, Jean-Michel Culioli, qui se trouvait sur place. "Le bâtiment, posé sur le fond, n'a pas de gîte (reste droit, ndlr) et aucune pollution n'est constatée", indique également la préfecture.

Dans un communiqué, la préfecture maritime dit rassembler "un maximum d’évaluations techniques" et étudier les "options de déséchouement" de ce bateau construit en 1998. D'ici là, il n'est plus possible de naviguer ou de pratiquer toutes activités nautiques dans un rayon de 1.000 mètres autour du cargo. Un arrêté interdisant le survol de la zone, a également été pris.

Le remorqueur d'intervention, d'assistance et de sauvetage Abeille Flandre et le bâtiment de soutien et d'assistance Jason ont appareillé dimanche matin de Toulon. Deux autres remorqueurs, le Koral (Italien) et le Perservero (Français) sont déjà sur place. Mais ce lundi matin, la préfecture maritime a fait savoir que les évaluations montrent que le cargo est "largement posé sur le fond sur son avant", empêchant un rapide "déséchouement". Il va donc d'abord être "allégé" avant d'être dégagé.  

Les gendarmes à bord de La Jonquille et une équipe de la brigade de recherche de Marseille sont à bord du Rhodanus pour débuter l'enquête judiciaire, indique la préfecture.

Comment le navire s'est-il retrouvé là ?

Les causes exactes de cet accident ne sont pas encore connues, mais la préfecture a affirmé que le cargo s'est échoué "malgré les appels répétés pendant près de 50 mn du CROSS Corse (Centre Régional Opérationnel Surveillance et Sauvetage, ndlr), du sémaphore de Pertusato et de la station italienne de la Maddalena". 

Selon Corse-Matin, les "garde-côtes sardes avaient tenté d'alerter le commandement mais le pilote s'était endormi", mais "le pire avait été évité par un changement de cap à 500 mètres avant l'impact annoncé".

Y a-t-il un risque de pollution ?

Ensablé, le Rhodanus se trouve à proximité des plages de Cala Longa où, à l'été 2019, un bateau sur lequel se trouvait le chanteur Gims avait pris feu et provoqué une pollution. Les bouches de Bonifacio, situées entre la Corse et la Sardaigne, s'étendent sur 80.000 hectares et ont été reconnues en 2011 Zone maritime particulièrement vulnérable (ZMPV) par l'Organisation maritime internationale.

Une "équipe d'évaluation et d'intervention" a été hélitreuillée dans la matinée sur le navire et a "permis d'établir qu'aucune pollution n'est actuellement à déplorer", indique la préfecture maritime, précisant que cette équipe "poursuit son évaluation" et que "des plongeurs de la Marine nationale vont inspecter la coque". Un avion Falcon 50 de la Marine nationale a également survolé la zone et n'a constaté aucune pollution.

"Nous avons par précaution déclenché des moyens de lutte antipollution, et restons vigilants sur l'évolution de la situation", a affirmé la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne.

"N'oublions pas que ces bateaux ont des cuves, transportent du fioul lourd, et que ça aurait pu être bien plus grave", a ajouté Jean-Michel Culioli. "Pour l'instant, je ne suis pas totalement rassuré", a-t-il ajouté auprès de LCI. Le Rhodanus avait déjà été en difficulté dans les Bouches de Bonifacio en 2010 et "une catastrophe avait alors été évitée de peu", rappelle Corse-Matin.

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