Comment le réchauffement climatique peut décimer les vers de terre et mettre en péril notre planète

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ÉQUILIBRE - Alors que le rôle des vers de terre apparaît de plus en plus évident dans le maintien de la bonne santé des sols, ceux-ci pourraient être directement menacés par le réchauffement climatique, assure une étude internationale parue le 25 octobre dans le magazine Science. Raphaël Marichal, l'un des chercheurs français ayant participé à ces travaux, nous explique quelles conséquences dramatiques leur disparition pourrait avoir.

Dans leur habit violacé et visqueux, rampant sur le sol tels des âmes en peine, ils peuvent sembler bien insignifiants. Et pourtant. Présents aux quatre coins du monde, les vers de terre nous rendent un fier service : celui de fertiliser les sols, réguler leur porosité et les stabiliser, évitant ainsi les glissements de terrain.

Mais selon une étude internationale parue le 25 octobre dans le magazine Science, ceux-ci risquent bien de pâtir du changement climatique. Une catastrophe annoncée pour la qualité et la stabilité des sols, nous explique Raphaël Marichal, l'un des 140 chercheurs ayant participé à ces travaux.

Des animaux essentiels à la bonne santé des sols

Bien qu'étudiés depuis Darwin, les vers de terre recèlent encore de nombreux mystères pour la science. "Ils ont toujours été beaucoup moins étudiés que les mammifères ou les oiseaux, par exemple", indique le chercheur spécialiste des vers de terre au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). "Malgré tout, les chercheurs se rendent de plus en plus compte de l'importance de la biodiversité du sol, qui représente tout de même 25% de la biodiversité totale, et donc de l'importance des lombrics".

Si de nombreuses espèces de vers de terre restent encore à découvrir, ceux-ci peuvent se regrouper en trois catégories : les épigés, les endogés et les anéciques. La première catégorie vit à la surface et participe à la dégradation de la matière organique qui s'y trouve, et ainsi à la fertilisation des sols grâce au rejet de nutriments. "Ce sont généralement ceux qui sont utilisés pour le vermicompostage", précise le chercheur. Les endogés, eux, creusent des galeries horizontales et ne remontent normalement jamais à la surface. Cette catégorie de vers permet la bonne infiltration et rétention de l'eau dans les sols, ce qui assure non seulement leur stabilité, mais aussi la bonne hydratation des végétaux.

Les vers de terre anéciques, dont font partie les lombrics communs, creusent pour leur part des galeries verticales, allant vers les feuilles mortes dont ils se nourrissent en surface, et venant se loger jusqu’à plusieurs mètres sous terre. Ces allers-retours permettent non seulement l'aération du sol, essentielle au développement de la vie in-situ, la bonne infiltration de l'eau, la limitation de leur érosion, ainsi que l’enfouissement, par leurs déjections, de la matière organique issue des débris de végétaux consommés. "C'est fondamental, car on estime qu’il y a deux à trois fois plus de carbone dans le sol que dans l’atmosphère. « Donc plus il y a de carbone dans le sol, moins on en a dans l’atmosphère."

L'humidité, condition essentielle à la survie des vers de terre

"L'un des résultats clés de l'étude a été de réaliser ce que le changement climatique pouvait avoir comme conséquences pour les vers de terre", explique le spécialiste. Les vers de terre sont en effet des animaux qui respirent par la peau, ce qui les oblige à constamment garder celle-ci humide. En cas de canicule ou de sécheresse, ceux-ci peuvent voir leur activité ralentir, ou mourir. "La multiplication de ces épisodes, dans le cadre du réchauffement climatique, aurait un effet désastreux non seulement pour la biodiversité du sol, certains êtres vivants se nourrissant de vers de terre ou étant en interaction avec eux, mais aussi pour sa fertilité, sa stabilité et pour le stockage du carbone. Nous dépendons en réalité beaucoup plus que ce qu'on pense de ces ingénieurs du sol."

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Le réchauffement climatique n'est pas la seule menace qui pèse sur ces invertébrés. La déforestation, comme l'utilisation des pesticides, mettent aussi à mal la survie des lombrics.

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