Consigne pour les bouteilles en plastique : le modèle allemand aussi a ses limites

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ENVIRONNEMENT - Le gouvernement promet un "big bang" de la consigne en France et prend notamment exemple sur l'Allemagne, où Brune Poirson s'est rendue mercredi. Mais derrière un taux de collecte deux fois plus élevé, le modèle d'outre-Rhin n'est pas sans inconvénients.

Pour lancer le retour de la consigne en France, le gouvernement prend exemple sur le modèle allemand. Mercredi, la secrétaire d'État à l'Écologie Brune Poirson a même fait le déplacement, à Kehl, afin de vanter un système qui permet de collecter 90% des bouteilles en plastique et en verre. Mais si nos voisins d'Outre-Rhin affichent effectivement des taux de collecte deux fois plus élevés qu'en France, leur fonctionnement occasionne certains effets pervers.

Un taux de collecte deux fois supérieur

Sur la question du taux de collecte des bouteilles en plastique, mis en avant par Brune Poirson, la France semble effectivement à la traîne. Au niveau national, 70% des emballages ont été recyclés en 2018, contre 68% l'année précédente, selon Citeo, l'organisme chargé de la gestion des déchets ménagers, avec un taux de 86,5% pour le verre, 26,5% pour le plastique et 44% pour l'aluminium. Quant aux bouteilles en plastique, 55% sont collectées et recyclées à l'échelle nationale, mais seulement 10% à Paris.


Alors que l'Union européenne a fixé un objectif de 90% de bouteilles en plastique recyclées d'ici 2029, l'Allemagne atteint déjà ce seuil, avec un "taux de collecte et de recyclage de 87%", selon Brune Poirson. Pour arriver à un tel résultat, les Allemands ont adopté le "pfand" ("consigne" en allemand), qui consiste à venir au supermarché avec ses bouteilles en plastique vides. Rentré peu à peu dans les mœurs, ce système consiste à placer ses bouteilles vides dans un automate installé au supermarché, qui rend à chaque client le montant de ses consignes sous forme de bon d'achat à dépenser. Avec un prix par bouteille consignée situé entre 10 et 30 centimes d'euros, les clients arrivent vite à des bons d'achat de plusieurs euros.


Outre le taux de collecte, le "pfand" permet de réutiliser directement après lavage les contenants en verre ou faits de certains types de plastiques, à l'image de l'ancien système de consigne français. Le système allemand permet aussi de récupérer des bouteilles en bon état, ce qui limite les pertes, contrairement au système de collecte à française. La Suède et le Danemark ont adopté un modèle semblable à l'Allemagne.

Malgré la consigne, trop de bouteilles en amont et trop de déchet en aval ?

Sur le plan du taux de collecte, l'Allemagne affiche certes de bons scores, mais ces chiffres peuvent cacher certains effets pervers en amont et en aval du "pfand". En amont comment évolue la production de bouteilles en plastique ? En aval, comment ces bouteilles sont elles traitées ? Ces deux questions sont étroitement liées, comme l'explique un article rédigé pour Reporterre en mars 2018 par Violette Bonnebas. Celle-ci indique que le système allemand a entraîné une forte hausse de la production de bouteilles en plastique à usage unique, passées de 40 % du marché des boissons en 2003 à 71 % en 2018. 


En effet, la loi de 2003 qui met en place le "pfand" n'oblige pas les entreprises de boissons à commercialiser des bouteilles réutilisables. Comme celles-ci coûtent plus cher, les entreprises ont privilégié le plastique à usage unique, qui permet d'économiser des coûts de production et de stockage. En outre, les bouteilles à usage unique peuvent être rendues dans n'importe quel magasin, contrairement aux bouteilles réutilisables, ajoute Reporterre.

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VIDÉO - Tous les plastiques peuvent-ils être recyclés ?

N'étant pas réutilisables par définition, ces bouteilles à usage unique ne sont donc pas lavées et remises en circulation, mais recyclées. "Seul un quart des bouteilles en plastique PET servent à fabriquer de nouvelles bouteilles ; le reste est réduit en granulats et revendu pour fabriquer du polyester, notamment en Asie", affirme ainsi Violette Bonnebas.


Enfin, même quand le plastique des bouteilles est recyclé pour en fabriquer de nouvelles, le cycle n'est pas infini. Comme l'a expliqué à LCI Nathalie Gontard, directrice de recherche à l'Inra, le plastique ne peut se recycler que quelques fois, et il est toujours nécessaire d'apporter du plastique neuf pour fabriquer de nouvelles bouteilles. Selon la chercheuse, le "taux de recyclage en boucle fermée peut théoriquement atteindre un maximum de 5 % des plastiques usagés".


En bref, sans plan pour réduire en amont la production de contenants à usage unique, le meilleur système de collecte n'empêchera pas de générer toujours plus de plastique, dont une partie se retrouvera irrémédiablement dans la nature. Pour remédier à ces limites, l'Allemagne applique depuis le 1er janvier 2019 une nouvelle loi qui donne un objectif de 70% de récipients réutilisables.

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