Coronavirus : le Medef demande un moratoire sur les mesures environnementales de la loi anti-gaspillage

 Geoffroy Roux de Bézieux
Planète

TRANSITION ÉCOLOGIQUE - Dans un courrier adressé au ministre de la Transition écologique le 3 avril, le Medef demande un moratoire de six mois sur l'application de la loi anti-gaspillage en raison du contexte de crise économique liée au coronavirus. Le syndicat patronal demande la suspension des délais afin de permettre aux entreprises et fédérations de s'adapter aux nouvelles mesures.

Le Medef demande un moratoire sur l'application des mesures énergétiques et environnementales dans le cadre de la lutte contre le gaspillage et le recyclage. Le Journal du Dimanche a dévoilé ce jeudi le courrier adressé par le syndicat patronal afin d'alerter sur les "conséquences (...) très négatives" de la mise en place des mesures de la loi anti-gaspillage en période de pandémie de coronavirus et de crise économique.

Dans ce courrier daté du 3 avril, adressé à la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne et signé par son président Geoffroy Roux de Bézieux, "le Medef demande un moratoire sur la préparation de nouvelles dispositions énergétiques et environnementales", liées à la loi sur la lutte contre le gaspillage et l'économie circulaire. Pour la principale organisation patronale, compte tenu de la crise liée au coronavirus, il est "indispensable d'envisager de reporter (...) les délais d'application de la loi afin de garantir une participation pleine et entière des entreprises à la préparation des textes sur l'économie circulaire".

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Pour le Medef, "la publication de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) doit être reportée" en raison de son "impact très significatif sur les marchés et les acteurs de l'énergie et du climat". L'organisation souhaite encore "un moratoire de l'ordre de six mois", pour protéger la filière automobile, concernant un projet de décret qui oblige à mettre en place des zones à faible émissions (ZFE), en cas de dépassement récurrent des normes concernant la qualité de l'air.

La pollution de l'air, causée notamment par le trafic routier, est responsable de 48.000 morts par an en France. "Cette liste de textes en préparation n'est pas exhaustive, il nous paraît opportun de se poser la question de la pertinence d'un moratoire systématique sur tous les textes actuellement en cours d'élaboration", peut-on lire dans le courrier.

La pression des lobbys ?

Pour le ministère de la Transition écologique, contacté au sujet de ce courrier, "des ajustements de calendrier sont envisageables au cas par cas pour prendre en compte la période de confinement". Mais "il n'y a aucune logique de moratoire, il n'y a pas de remise en question des objectifs et des mesures écologiques du gouvernement", assurent les services d'Elisabeth Borne.

La révélation de l'existence de ce moratoire a fait réagir de nombreux élus politiques, qui dénoncent les poids des "lobbys". Du côté des ONG, Greenpeace France a dénoncé la demande du syndicat patronal sur les réseaux sociaux. "Sans gêne, le Medef profite de la crise COVID-19 pour demander un moratoire sur tout ce qui les empêche de faire encore plus de profits : lutter contre la pollution de l'air, lutter contre le gaspillage, amorcer la transition écologique, arrêter le plastique jetable... OKLM." Et de conclure en interpellant le chef de l'Etat, Emmanuel Macron : "On veut des mesures barrière entre le gouvernement et le Medef !"

Geoffroy Roux de Bézieux s'est défendu sur Twitter à la suite de la parution de l'article du Journal du Dimanche, soulignant leur "engagement total sur tous les objectif de la transition écologique". Le président du Medef plaide une nouvelle fois pour le délais de six mois afin de "laisser aux entreprises le temps de se préparer aux nouvelles exigences énergétiques et environnementales".

Un ultime décret sera adopté en juin

Pour rappel, les cinq grands axes de travail adoptés par le Parlement le 30 janvier dernier sont les suivants : sortir du plastique jetable, mieux informer les consommateurs, agir contre le gaspillage et pour le réemploi solidaire, agir contre l’obsolescence programmée et mieux produire en optimisant notamment la gestion des déchets du bâtiment. Dans une publication parue fin janvier, le gouvernement expliquait qu'en France près de 5 tonnes de déchets sont produits par habitant.

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Cette loi prévoit notamment la création de nouvelles filières pollueur-payeur, l'interdiction pour les grandes surfaces ou les plateformes en ligne de détruire les invendus non alimentaires en 2022 ou la suppression des contenants en plastique dans les fast-food en 2023. La PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) a été adoptée jeudi, après beaucoup de retard. Le décret d'application sur les ZFE (Zone à circulation restreinte, afin de restreindre la pollution émise par le trafic routier) est attendu en juin, précise le ministère.

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