Pollution repartie de plus belle en Chine : doit-on craindre un même scénario en Europe ?

Pollution repartie de plus belle en Chine : doit-on craindre un même scénario en Europe ?
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ENVIRONNEMENT - La vie a repris son cours en Chine, et la pollution avec. Celle-ci serait même désormais plus élevée qu'avant le confinement. A quoi est due cette nette augmentation ? Que cela présage-t-il pour l’Europe ? Eclairage.

Dans un rapport publié lundi 18 mai, le nouvel organisme indépendant Center for Research on Energy and Clean Air (CREA) a démontré que l’air était de nouveau pollué en Chine, après une pause liée au confinement. Une pollution, même, à un niveau plus important qu’avant la crise, mais aussi et surtout par rapport à la même période l’an dernier. "Ces 30 derniers jours, les niveaux de polluants dangereux pour la santé en Chine ont excédé les concentrations enregistrées à la même époque l’année dernière, pour la première fois depuis le début de la crise Covid-19", note le CREA. Une hausse des émissions de polluants était évidente, selon l’organisme, mais pas forcément à de tels niveaux, d’autant que tous les secteurs n’ont pas encore repris leur activité dans le pays. 

Cathy Clerbaux, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de la pollution atmosphérique, s’attendait, elle aussi, à ce phénomène. Avec deux équipes de dix personnes à ses côtés, la chercheuse analyse les 3 millions de données satellites qui leur parviennent chaque jour concernant les différents polluants à travers le globe. "Dès le début du lockdown (confinement, ndlr), on a vu la pollution chuter en Chine. C’était arrivé pendant les Jeux Olympiques mais ici, on a assisté à une baisse de 40 % des émissions", détaille-t-elle auprès de LCI. "Je n’ai donc pas été surprise que ça remonte parce qu’on l’avait observé dans l’autre sens."

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La Chine met les bouchées doubles

Cathy Clerbaux explique observer de près les conséquences du confinement sur la pollution aux quatre coins de la planète, et les répertorier sur internet. "On surveille les monoxydes de carbone, beaucoup plus élevés que l’année passée", précise la chercheuse, avant de revenir sur le cas de la Chine. "Cela peut vouloir dire qu’ils ont mis en route une série d’usines plus vite et plus fort, mais aussi que la météo n’est pas favorable, avec des masses d’air, pas de vent, et donc des polluants qui ne se dispersent pas."

L’activité économique de la Chine reprend donc après deux mois de pause forcée, et à plein régime, selon François Gemenne, chercheur-membre du GIEC et spécialiste de la gouvernance du climat, également sollicité par LCI. "En admettant qu’on soit sur une tendance, cela s’explique facilement par un effet économique qui est la pollution de rétention. C’est-à-dire que l’on met les bouchées doubles pour rattraper ce qui était perdu en terme de production industrielle pendant le confinement."

Vers un scénario plus optimiste en Europe

Alors, que cela présage-t-il pour la reprise de l’activité en Europe ? Depuis le début de la crise sanitaire, les Européens ont les yeux rivés sur les Chinois, qui ont deux mois d’avance sur le reste du monde. Va-t-on vers un scénario catastrophe pour le climat ? Pas si sûr, selon ces deux chercheurs.

"Je serais surprise que les niveaux soient plus hauts que l’année passée", assure Cathy Clerbaux. "En Chine, on veut rebooster l’industrie. En Europe, j’ai du mal à envisager que les industries tournent deux fois plus pour rattraper le temps perdu." D’après elle, la Chine accumule toutes sortes de polluants tandis que la France, par exemple, ne rassemble aujourd’hui plus que "trois polluants qui dépassent les seuils recommandés". Pour la chercheuse, c’est seulement "s’il continue de faire beau, sans vent et sans pluie" que le risque d’un pic de pollution est à envisager sur le vieux continent.

Des sources de pollution différentes

François Gemenne ne croit pas non plus à un scénario à la chinoise sur le plan climatique. Et cela parce que "les sources de pollution atmosphériques ne sont pas les mêmes" en Europe et en Chine. En effet, la pollution en Europe provient essentiellement de l’agriculture et des transports, des secteurs encore très carbonés, tandis qu’en Chine, elle émane surtout de l’activité industrielle. 

Une reprise de l’activité économique européenne n’aurait donc pas la même incidence sur la qualité de l’air. "On ne va pas faire trois fois plus de voitures", s’exclame-t-il, "et par ailleurs les épandages ont continué pendant le confinement." Ceci étant, la pollution augmentera à nouveau, selon lui, et très probablement au même niveau observé avant la crise, mais "pas à des niveaux supérieurs qu’à ceux de l’an dernier".

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De plus, la crise sanitaire s’est transformée en crise économique, et elle sera longue en Europe, prévient François Gemenne : "En Chine, l’effet sur l’économie va être bien moindre car le pays a su dompter l’économie plus rapidement et n’a pas mis toute son activité à l’arrêt. On parle d’un ralentissement de la croissance tandis qu’en Europe, on s’attend à une récession".En bref, "c’est une mauvaise chose pour l’économie mais une bonne chose pour le climat", résume le chercheur. 

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