Cyclone Idai : "On ne comprend pas pourquoi des évacuations n'ont pas été prévues en amont"

Planète

TÉMOIGNAGE – Sept jours après que des vents d'une extrême violence associés à des pluies torrentielles ont balayé le centre du Mozambique causant la mort d'au moins 417 personnes, la détresse et le sentiment d’impuissance ont envahi Maputo, pourtant située à plus de 1000 kilomètres de la zone sinistrée. Une habitante nous raconte l’incompréhension et l’angoisse, ainsi que la solidarité qui se met en place.

"Le pays est en deuil, tout le monde est triste". Une semaine après le passage du cyclone Idai qui a fait au moins 417 morts, détruit plus de 10.000 habitations et laissé des centaines de milliers de sinistrés en Afrique australe, la solidarité succède à la colère et l’incompréhension à Maputo, la capitale mozambicaine, où aucun dégât n'est à déplorer. "Ce qui révolte, c’est qu’on est là et pendant ce temps, des choses catastrophiques se passent dans le centre pays sans qu’on ne puisse rien faire", se désole Elisabeth, Française expatriée depuis six ans, en évoquant la situation dans la deuxième ville du pays, Beira, détruite à 90%.

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"Tout le monde ne parle que de ça ici, tout le monde connait des gens sur place et s’inquiète", explique celle qui, comme de nombreux habitants, s’interroge encore sur le manque d’anticipation de l'événement. "Nous avons tous été avertis deux jours avant que ce cyclone allait être énorme, les annonces étaient très claires sur le fait qu’un phénomène hors du commun arrivait sur une zone déjà détrempée par les inondations puisque c’est la saison des pluies. On ne comprend donc pas pourquoi des évacuations n'ont pas été prévues en amont."

"Des détails plus atroces les uns que les autres"

Et d’étayer son raisonnement : "Des hélicos ont été dépêchés à Beira mais ils ont été soufflés par le cyclone, tout l'aéro-club a été détruit. En gros, il n’y avait déjà pas assez et ce qui était prévu a été détruit."

A écouter l'enseignante du lycée français de Maputo, on comprend sans mal que la première ville du pays est suspendue au sort des centaines de milliers de personnes touchées dans le centre. "Tout le monde est focalisé sur ce qu'il se passe là-bas. La situation est extrêmement dramatique puisque la priorité actuellement, c’est d’arriver jusqu’aux victimes, de les sortir de leur piège, puisqu’ils sont entourés d’eau, que les voitures ne peuvent pas accéder à eux faute de ponts qui ont été arrachés, que les avions et hélicos ne peuvent pas atterrir puisque tout est en eau, et que les rivières sont en crue", souligne-t-elle, précisant qu’"il y a des gens dans les arbres, des enfants aussi, au milieu des serpents et des crocodiles". 

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Mais la nature hostile est loin d’être le seul danger pour les sinistrés qui doivent également composer avec une forte criminalité, surtout "la nuit quand il fait grand noir puisqu'il il n'y a plus d’électricité et que les gens sont affamés". Au-delà "des nouvelles horribles et des détails plus atroces les uns que les autres" qui parviennent aux habitants de Maputo quotidiennement, chacun semble épaté par la rigueur avec laquelle se mobilise la société civile. "C’est extrêmement dynamique, et il se passe beaucoup de choses". A tous les niveaux. "C’est impressionnant de voir à quel point tout le monde se sent concerné. Même les gens qui sont dans un extrême état de pauvreté font des dons."

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Mozambique : une catastrophe humanitaire

Alors qu’au Mozambique une majorité de personnes s'informe via les réseaux sociaux, à commencer par Facebook, plusieurs pages sont devenues des références pour suivre en temps réel l'évolution de la situation dans les zones sinistrées, et les façons de prendre part à la mobilisation. "Il y a des communautés très actives dans les provinces, et ici on connaît les pages qui sont fiables pour se tenir au courant", précise Elisabeth. Parmi elles : "Unidos por Beira", "Moz info", "Storm report SA" ou encore "Club of Mozambique".

Un besoin urgent de produits l’hygiène contre la malaria

Concrètement, les collectes, l’empaquetage et le chargement des dons se font, pour l’essentiel, directement sur le port de la capitale avant leur acheminement en bateau vers Beira. "Les habitants de Maputo ont bien compris les consignes. On nous donne des listes pour faire des kits : kit hygiène, kit camping…" Ce dont les sinistrés ont besoin ? De la nourriture, des vêtements, des produits l’hygiène, à commencer par du savon et des moustiquaires pour protéger de la malaria et "bien-sûr de l’eau potable pour prévenir le choléra qui va surgir rapidement".

L’aéroport de Beira ayant rouvert, certains, comme le colocataire d’Elisabeth, se risquent à s’y rendre en avion  mais se retrouvent dans l’impasse une fois sur place, l’immense majorité de la zone étant inaccessible faute de routes praticables. "Du coup il est rentré hier. Comme il est chef d’entreprise, il a quand même pu mettre des camions à disposition des secours", raconte l'enseignante, précisant que la plupart des expatriés ont à cœur de donner de leur temps et du matériel.

"On se méfie beaucoup de l’argent à cause de la corruption"

Sur place, les dons financiers ne suscitent en revanche aucune confiance. "Ici, on se méfie beaucoup de l’argent parce qu’il y a un taux de corruption énorme, les gens préfèrent apporter des choses", explique Elisabeth.

Alors que de nombreux habitants de Maputo demeurent sans nouvelles de leurs proches vivant à Beira, toujours partiellement privée de réseau et d’électricité, une plateforme téléphonique a été mise en place pour permettre aux familles de se sentir au plus près du terrain. Pour ces personnes dans l’attente et dans l’angoisse, le premier soulagement serait, pour commencer, que la pluie s’arrête enfin de tomber. "A ce stade, la catastrophe est toujours en cours. On ne peut pas dire : 'C’est un coup de vent, c’est fini et maintenant on répare'. C’est  une détresse qui dure depuis sept jours." Le second soulagement pour la Française sera de pouvoir, enfin, passer à l'action pour aider ceux qui ont tout perdu.

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