Déjections humaines et détergents pétrochimiques : pourquoi la mer est si sale au Pays basque

Déjections humaines et détergents pétrochimiques : pourquoi la mer est si sale au Pays basque
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POLLUTION – Au Pays basque, la pollution de l’eau est récurrente et oblige les municipalités à fermer régulièrement les plages. C'est notamment le cas à Biarritz. On vous explique pourquoi l’eau est si souillée dans la région.

La Côte basque est souvent vantée pour ses paysages aux allures de carte postale, ses grandes plages et ses vagues recherchées par les surfeurs les plus expérimentés. Pourtant, la pollution de l’eau fait aussi partie du décor. Lors de fortes pluies ou de l’affluence touristique, l’océan y est particulièrement sale, obligeant régulièrement certaines municipalités comme Biarritz à fermer ses plages pour un temps. 

Le phénomène, qui inquiète les associations environnementales et rebute les baigneurs, est en fait dû à une mauvaise filtration des eaux usées par les stations de traitement de la région. Les stations d’épuration de Biarritz et de Bidart sont particulièrement pointées du doigt en raison de leurs bassins de rétention, pas assez grands. "Ce qui n’est pas traité en amont descend et arrive dans l’océan", résume à LCI Michel Botella, responsable local de l’association Sepanso, la société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest. 

Des prélèvements quotidiens à Biarritz

Cela concerne d’abord les déjections humaines, qui constituent la partie émergée de l’iceberg : ces matières premières, trop peu filtrées dans les bassins, se retrouvent sur les côtes et sont visibles à l’œil nu. Lorsqu’elles sont observées en trop grande quantité, les responsables locaux en sont alertés par les contrôles de bactériologiques mis en place et agissent en interdisant la baignade. C’est ce que fait notamment la ville de Biarritz, comme elle l’explique dans une vidéo publiée sur YouTube : "Tous les jours à 5 heures du matin, des prélèvements d’eau sont effectués sur les plages. Grâce à une technique innovante développée à Biarritz, les résultats d’analyse sont connus en seulement 3 heures. Avant 9 heures, au regard des résultats scientifiques, une décision est prise en mairie afin d’autoriser ou non la baignade pour la journée. L’information est immédiatement rendue publique dès 9 heures du matin sur l’application Biarritz Infoplages."

La pollution de l’eau concerne ensuite, et c’est là qu’elle est plus problématique, le rejet par les usines de traitement de micropolluants, parmi lesquels on trouve des détergents pétrochimiques. Ces molécules, issues de produits ménagers comme la lessive, ne sont pas biodégradables et "s’accumulent d’année en année", selon Michel Botella, qui assure retrouver leur trace "dans les prélèvements de mousses", du bassin d’Arcachon jusqu’aux plages de Biarritz. "Aujourd’hui, on a démultiplié les produits que l’on retrouve dans ces eaux, c’est tout l’enjeu de la qualité des eaux de baignade."

Un cocktail néfaste pour l'environnement

L’accumulation de ces microparticules dans l’océan a deux conséquences, explique encore le responsable associatif. D’abord, "les eaux littorales sur le golfe de Gascogne sont tellement saturées que la mer ne sent plus l’océan". Ensuite, lors d’épisodes orageux, "les mousses générées par ces tempêtes débordent jusque dans la ville. Les vents arrachent sur la mer les particules de ces mousses, les embruns, et ces embruns chargés de ces détergents brûlent les aiguilles des pins maritimes." C’est pour cette raison que la Sepanso demande à ce que la surveillance de la qualité des eaux de baignade ne se limite pas à la seule bactériologie et prenne en compte ce "cocktail chimique". L’association se bat aussi pour que les détergents pétrochimiques soient retirés du marché et avaient profité de la tenue du G7 à Biarritz l’été dernier pour lancer un appel en ce sens, à travers le communiqué "Biarritz rutilant mais océans agonisants". 

Selon la Surfrider Foundation, une ONG qui milite pour la protection des océans, cette pollution peut provoquer également chez les baigneurs la survenance de maladies de peau, d’otites, de conjonctives ou encore de gastro-entérites. 

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C’est donc un casse-tête pour les élus locaux qui commencent à réaliser l’ampleur du problème et à investir dans de nouvelles infrastructures, comme le bassin de stockage des Thermes Salins inauguré en juin 2018 à Biarritz, mais qui reconnaissent à demi-mot leur impuissance. Emmanuel Alzuri, maire de Bidart, avouait d’ailleurs à France Bleu cette année-là : "On ne pourra pas construire des cathédrales souterraines partout pour gérer les eaux pluviales. Il y aura toujours des déversements, il faut vivre avec". Contactées par LCI, les mairies de Biarritz et Saint-jean-de-Luz n'étaient pas disponibles dans l'immédiat. 

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