Derrière le "vernis vert", les difficultés d'appliquer une vraie politique environnementale européenne

Derrière le "vernis vert", les difficultés d'appliquer une vraie politique environnementale européenne
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UNION EUROPÉENNE - Le 28 novembre, à quelques jours du lancement de la COP25, le Parlement européen a déclaré l’urgence climatique. Dans la foulée, le Green Deal, nouveau portefeuille de la commission, a publié sa feuille de route. Mais face aux objectifs individuels des Etats-membres, peut-on attendre un véritable engagement européen sur le plan environnemental ?

Urgence climatique et "Green Deal". Deux actualités très vertes pour l’Union européenne, à quelques jours du lancement de la COP25 à Madrid. Sous la pression d’eurodéputés écologistes, le Parlement a voté jeudi 28 novembre une résolution déclarant l’urgence climatique. Une première à l’échelle d’un continent, mais qui reste de l’ordre du symbole. Interrogée par LCI, l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint regrette d’ailleurs que la première résolution déposée par son groupe, qui consacrait initialement "l’état d’urgence climatique" et pas seulement "l’urgence climatique", ait été rejetée. Qu’à cela ne tienne, la volonté européenne de se positionner dans le sillage de l’accord de Paris est belle et bien actée, estime l’élue. 

Dans la foulée de cette reconnaissance, le Green Deal, portefeuille nouvellement créé à la Commission européenne, vient tout juste de dévoiler sa feuille de route. Le Néerlandais Frans Timmermans, qui en a la responsabilité, chapeautera les commissaires à l’agriculture, à l’environnement, aux transports, à l’énergie et à la santé. "C’est assez large, c’est plutôt un bon signal", estime Marie Toussaint à la première lecture de l’agenda. "Cela signifie qu’on verra un certain nombre de politiques sous un angle écologique." Les premières mesures issues de ce portefeuille inédit devraient voir le jour d’ici 2021. "On sera vigilants en tant qu’écologistes à ce que chaque texte soit le plus ambitieux possible", promet déjà l’élue. 

La taxe carbone ou l'imbroglio politique

Il faut dire que le contexte est favorable à la transition écologique. Au mois de mai dernier, les Européens ont adressé un message clair aux institutions en faisant élire 17 eurodéputés écologistes de plus que lors du précédent scrutin. Mais l’Union européenne se verdit-elle réellement ? Car malgré des annonces, à l’instar du Green Deal, et une prise de conscience citoyenne, des résultats tardent à se faire sentir. "Vu les chiffres, les pays ne respectent toujours pas l’accord de Paris", déplore notamment Marie Toussaint. Cet accord, voté en 2015, demandait aux 195 Etats signataires de s’engager à limiter le réchauffement climatique en deçà de 2°C d’ici 2100. 

Selon Mireille Chiroleu-Assouline, professeure à la Sorbonne et spécialiste d’économie de l’environnement, le réel obstacle à de véritables avancées écologiques réside dans le fonctionnement de l’Europe. "Il y a toujours une différence, malheureusement, entre la volonté affichée et les résultats obtenus. Car tous les pays n’avancent pas à la même allure et n’ont pas les mêmes objectifs." 

Un exemple saisissant : celui du projet de taxe carbone aux frontières européennes, qui a été remis sur la table du Parlement, et sur lequel deux visions s’opposent. Après un échec sur le plan national, la France a milité pour instaurer un tel impôt au niveau européen mais d’autres Etats y sont réfractaires. C’est le cas l’Allemagne, "qui s’est fixée la contrainte supplémentaire de sortir du nucléaire et continue de produire de l’électricité à base de charbon", rappelle Mireille Chiroleu-Assouline. Ou encore la Pologne, qui n’entend pas renoncer au gaz de schiste sous peu. 

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"La sincérité d'individus et le résultats des jeux d'acteurs"

À la volonté politique, se confronte la réalité d’une Union européenne bureaucratique en proie à des logiques partisanes : "Il y a la sincérité d’individus et il y a le résultat des jeux d’acteurs", constate la professeure de sciences économiques. 

Au sein des institutions européennes, le lobbying est monnaie courante, autant de la part d’entreprises que d’ONG qui, par des campagnes d’informations et des échanges avec les élus, distillent leurs notes d’intention. "Mais il y a aussi un jeu politique des Etats, eux-mêmes sujets au lobbying d’industries nationales", selon Mireille Chiroleu-Assouline. "Cela s’est vu avec la France et Total au sujet de l’huile de palme." Le 14 novembre dernier, les députés français avaient retardé la taxe sur l’huile de palme à 2026 avant de rétropédaler le lendemain et de promettre un nouveau vote. "Dans ce cas, l’Etat agit-il sous la menace ?", s’interroge la professeure. "C’est bien pour cela que les ONG mettent une pression extrêmement forte pour obtenir plus de transparence."

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