Donald Trump vante son "magnifique charbon propre" : de quoi s'agit-il ?

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MYTHE OU RÉALITÉ ? - Les États-Unis ont officialité lundi leur sortie de l'accord de Paris, trois ans après leur signature. En meeting dans le Kentucky, Donald Trump s'est alors réjouit d'avoir mis fin à "la guerre contre le charbon", et en particulier contre le "charbon propre". LCI vous explique de quoi il s'agit.

En meeting dans la soirée du lundi 4 novembre dans le Kentucky, Donald Trump a confirmé le retrait, annoncé au début de l'été 2017, des États-Unis de "l'horrible, coûteux et unilatéral" accord de Paris. Il s'est par ailleurs félicité d'avoir mis fin, en tant que "plus grand producteur d'énergie au monde", à des réformes environnementales engagées par Barack Obama, dont le Clean Power Plan. Celui-ci avait été signé en août 2015 dans le but d'accélérer la transition énergétique aux États-Unis et devait notamment entraîner la fermeture de plusieurs centrales à charbon. "Nous remettons nos superbes mineurs au travail !" a clamé le président américain devant les électeurs républicains de cette terre minière de l'est du pays. Et de se féliciter : "Nous avons mis fin à la guerre menée contre notre magnifique 'charbon propre'", remettant au goût du jour un concept déjà utilisé plusieurs fois depuis le début de son mandat.

Alors que le charbon est la source d'énergie les plus polluante au monde, devant le pétrole et le gaz naturel, existe-t-il vraiment du charbon propre ? Si la réponse est oui, il s'agit en réalité d'une technique encore très peu utilisée car trop coûteuse.

Le "charbon propre", ou la capture du CO2 avant son relargage dans l'atmosphère

Exploité dans les mines, le charbon permet de produire de l'énergie grâce à sa combustion. Très polluante, celle-ci a généré en 2017 l'émission de 1.350 millions de tonnes de CO2 aux États-Unis, soit environ le tiers des émissions annuelles du pays, rapporte le réseau international de climatologues Global Carbon Project. Pour autant, les centrales à charbon américaines ne produisent plus que 30% de l'électricité nationale.

Le terme "charbon propre" vanté par Donald Trump désigne une technique destinée à rendre l'utilisation du charbon moins polluante grâce à la capture du dioxyde de carbone (CO2) à la sortie des cheminées de la centrale, puis à son stockage en sous-sol. Le CO2 peut d'autre part être transporté via des pipelines ou des navires afin d'être valorisé ailleurs. Il peut par exemple servir dans la fabrication de l’urée, un engrais très utilisé, ou dans celle de l'acide salicylique, un médicament dont dérive l’aspirine. Il peut aussi être utilisé dans la récupération assistée des hydrocarbures. Injecté dans les puits de pétrole, le gaz chasse l'or noir et permet ainsi l'épuisement total du gisement.

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Une technologie très coûteuse

Pour l'Agence internationale de l'Energie (AIE), une "action urgente" est nécessaire pour soutenir cette technologie appelée à jouer "un rôle important dans la réalisation des objectifs énergétiques et climatiques". Elle estime que le captage et le stockage du carbone (CCS) pourrait permettre de réduire de 7% les émissions de CO2 dans le monde en 2040. "Cela impliquerait un déploiement massif, d'environ 30 millions de tonnes (Mt) de CO2 actuellement capturées à 2.300 Mt par an d’ici 2040."

Problème : de par les moyens techniques qu'elle nécessite, sa mise en oeuvre est encore très coûteuse. "Ça double à peu près les coûts de production d'électricité à charbon", expliquait ainsi en 2018 à l'AFP Nicolas Berghmans, chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). Selon l'agence américaine de l'énergie (EIA), qui ne communique pas sur le coût de la production d'électricité à partir de "charbon propre", produire un mégawatt/heure (MWh) grâce au charbon conventionnel coûtait en 2018 48,3 dollars, soit environ 43 euros. Le fait de devoir stocker sous terre le CO2 peut d'autre part s'avérer compliqué, la géologie du terrain devant le permettre, tout comme l'acceptation des riverains.

Une seule grande centrale de "charbon propre" aux États-Unis

Actuellement, seules deux grandes installations sont en fonctionnement dans le monde. L'une d'elle se trouve à Saskatchewan, au Canada, tandis que l'autre se situe dans l'État du Texas, aux États-Unis. Mise en service en 2017, cette dernière est capable de stocker jusqu'à 1,4 Mt de CO2 par an. Selon l'AIE, sept autres projets d'envergure sont actuellement en développement dans le monde.

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Malgré la volonté de Donald Trump de remettre l'industrie du charbon sur pied dans son pays, cinquante centrales ont fermé sous son mandat, tandis qu'une seule a ouvert en Alaska. Cette dégringolade du secteur ne doit en réalité rien aux pressions environnementales, mais à la concurrence du gaz de schiste, en plein développement.

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