Écotaxe sur l'avion et fin de l'avantage fiscal du gazole : les professionnels dénoncent une mesure "démagogique"

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TRANSPORT - Les compagnies aériennes s'insurgent contre le projet d'"éco-contribution" de 1,5 à 18 euros par billet au départ de la France, tandis que les transporteurs routiers protestent, eux, contre une réduction des aides au gazole pour les transporteurs routiers.

Ils s'estiment lésés par le gouvernement. Les professionnels du transport aérien et routier protestent contre l'annonce du gouvernement d'instaurer une "éco-contribution" de 1,5 à 18 euros par billet au départ de la France et de réduire l'avantage fiscal du gazole pour les transporteurs routiers.

Dans un communiqué, Air France dit "déplorer fortement" l'annonce de cette "écotaxe" sur les billets. "Cette nouvelle taxe pénaliserait fortement la compétitivité d'Air France", affirme la compagnie française, estimant qu'elle "représenterait un surcoût de plus de 60 millions d'euros par an pour le groupe", dont "50% de l'activité est réalisée au départ de l'Hexagone". Cette écotaxe doit rapporter 180 millions d'euros par an à partir de 2020, affectés au "développement des transports ferrés autour des métropoles françaises".

"Aucune stratégie"

Pour Air France, la décision du gouvernement "est d'autant plus incompréhensible que cette nouvelle taxe sur le transport aérien devrait financer des modes de transport concurrents dont le transport routier et non la transition énergétique dans le domaine aérien". Et d'ajouter qu'une "telle transition aurait pu être favorisée par le soutien à la mise en place de filières biocarburants durables ou d'innovations de rupture".


Même son de cloche du côté de la compagnie Corsair, pour qui il s'agit d'une décision "démagogique". "Nous sommes scandalisés, à la fois sur le fond : il n'y a aucune stratégie, que sur la forme : nous n'avons pas été prévenus, on ne fait pas les choses à la sauvette ! Il est urgent d'avoir une réaction structurée par nos instances", a fait valoir Pascal de Izaguirre, le patron de la compagnie. 

L'amélioration des performances environnementales du transport aérien doit être recherchée avant tout dans le transport aérien lui-même et non dans une fiscalité punitiveThomas Juin, président de l'Union des aéroports français

D'autres professionnels du secteur aérien ont exprimé leur opposition à cette écotaxe. Le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara) affirme que le gouvernement a annoncé "brutalement et sans concertation aucune, la levée d'une nouvelle taxe sur les compagnies aériennes -déjà asphyxiées par les taxes- au profit notamment du ferroviaire, qui est déjà très largement subventionné".


Quant à l'Union des aéroports français (UAF), elle estime que cette "nouvelle taxe viendra inéluctablement détériorer la compétitivité des aéroports français, et notamment celle des aéroports régionaux". Son président Thomas Juin, dénonce pur sa part "un non-sens économique et environnemental" et affirme que "l'amélioration des performances environnementales du transport aérien doit être recherchée avant tout dans le transport aérien lui-même et non dans une fiscalité punitive".

On nous annonce une fois de plus que cet investissement est destiné aux transports collectifs et au ferroviaireJean-Marc Rivera, secrétaire général de l'Organisation des transporteurs routiers européens

Du côté des transporteurs routiers, on dénonce la réduction annoncée de l'avantage fiscale du gazole, qui se monte à 2 centimes par litre. "Sur le concept et le principe, nous ne sommes absolument pas d'accord mais surtout sur la méthode, c'est le zéro concertation", a protesté Jean-Marc Rivera, le secrétaire général de l'Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) sur franceinfo. Ce dernier estime le surcoût à 700 euros par an et par camion.


"Nous avions déjà consenti un effort de quatre centimes de ce remboursement, c'était environ 1500 euros par an et par véhicule", poursuit Jean-Marc Rivera, qui ajoute qu'"aujourd'hui, les routes et les infrastructures sont en très mauvais état, cet argent n'a pas été fléché vers les routes. On nous demande une rallonge sur cette fiscalité et on nous annonce une fois de plus que cet investissement est destiné aux transports collectifs et au ferroviaire".


Dénonçant une mesure "mortifère pour les entreprises françaises au profit des pavillons étrangers", le représentant du secteur évoque "une vraie colère des entreprises et notamment des PME dans les régions" et "une vraie consultation avec nos adhérents. Nous verrons les réactions que nous devons mettre en place".

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