Pourquoi l'énergie solaire devrait exploser durant les prochaines années

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ENVIRONNEMENT - Les capacités mondiales d'énergies renouvelables devraient croître de 50% d'ici à 2024, selon l'Agence internationale de l'énergie, notamment en raison du développement du solaire, de moins en moins coûteux.

Ils s'étendent à perte de vue à la surface de ce lac artificiel du Vaucluse, sur le lieu d'une ancienne carrière. Les 47.000 panneaux photovoltaïques de la centre solaire flottante de Piolenc, inaugurée vendredi 18 octobre, doivent fournir de l’électricité à 5.000 foyers, soit 10.000 personnes. 

D'une puissance de 17 mégawatts, l'installation est la plus puissante du genre en Europe et illustre le développement de l'énergie solaire dans le monde.

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Selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) publié lundi, les énergies renouvelables devraient voir leurs capacités mondiales croître de 50% d'ici à 2024, soit 1.200 gigawatts supplémentaire (l'équivalent d'environ 1.000 centrales nucléaires). Une augmentation tirée par la croissance "spectaculaire" du solaire photovoltaïque, en particulier le solaire "décentralisé", c'est-à-dire les équipements installés sur des résidences ou des entreprises, leur permettant de produire leur propre énergie. Ainsi, si l'énergie solaire devrait compter pour 60% de la croissance des énergies renouvelables, la moitié des nouvelles installations solaires doit provenir d'installations décentralisées.

En ce qui concerne la France, les installations centralisées comme la centrale solaire flottante de Piolenc ne sont pas en reste. Le potentiel de ce type de centrale, qui permet notamment d'éviter les conflits d'usage, est estimé à 10.000 mégawatts dans le pays, en additionnant les lacs artificiels, les bassins hydroélectriques et les étangs non classés Natura 2000, selon Eric Scotto, président du producteur d'énergie Akuo, qui a construit la centrale.

Ces 10.000 mégawatts correspondent à la puissance d'une petite dizaine de centrales nucléaires, mais il est nécessaire de bénéficier d'un ensoleillement optimal pour que cette puissance soit exploitée, contrairement à l'atome. La ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, a rappelé lors de l'inauguration que "le photovoltaïque doit multiplier sa puissance par deux d'ici 2023, et par cinq d'ici 10 ans en France".

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La raison du succès : un coût qui ne fait que baisser

Après un tassement en 2018, lié à un ralentissement en Chine, le secteur du solaire est promis à une croissance à deux chiffres en 2019 et lors des années suivantes. Pourquoi ? En premier lieu grâce à la baisse du coût de production des cellules photovoltaïques, fabriquées massivement en Chine. Pékin devrait d'ailleurs contribuer à 40% de l'augmentation des capacités d'énergie renouvelable entre 2019 et 2024. L'AIE s'attend à un recul des coûts entre 15 et 35 % d'ici à 2024, rendant les centrales solaires plus rentables que des centrales thermiques au charbon ou au gaz.

Les installations décentralisées conviennent particulièrement aux sites industriels et commerces, actifs en journée, quand l'ensoleillement est élevé. Le solaire semble ainsi adapté à tous les marchés : Chine, Europe, Etats-Unis, Inde mais aussi Afrique ou certains pays d'Asie, où "ils apportent une énorme valeur: un premier accès à l'électricité pour environ 100 millions de personnes dans les cinq ans à venir", selon Paolo Frankl, responsable des renouvelables à l'AIE. Seul bémol en Afrique subsaharienne, seule région pour laquelle l'AIE a revu ses prévisions à la baisse, car la croissance y est bridée par la qualité des réseaux, un risque élevé pour les investisseurs et des retards de mise en oeuvre des politiques publiques.

Une croissance du solaire qui comporte aussi des risques

La croissance du solaire installé chez les particuliers doit également exploser, le nombre de toitures équipées devant doubler d'ici 5 ans, à environ 100 millions selon l'AIE, soit 6% du potentiel en surface de toits disponible. Ces systèmes "donnent beaucoup de pouvoir aux producteurs d'énergie individuels", estime le directeur de l'AIE, Fatih Birol, et "donnent aux citoyens le moyen de contribuer au combat contre le réchauffement climatique". Cependant, "une croissance aussi météorique en dehors de la sphère des fournisseurs d'énergie traditionnels va transformer la manière dont nous produisons et consommons l'électricité", avec "des implications majeures" pour les consommateurs, les opérateurs comme les régulateurs, prévient-il.

La croissance du solaire n'est donc pas sans danger, et "son développement doit être bien géré, afin de garantir des revenus 

stables pour la maintenance des réseaux, contenir les coûts d'intégration au système et répartir les coûts équitablement entre consommateurs", poursuit Fatih Birol, pour qui il appartient notamment aux pouvoirs publics de trouver l'équilibre entre des politiques tarifaires incitatives censées attirer les investissements dans le renouvelable, et la  nécessité de garder des moyens pour entretenir les réseaux électriques.

Encore insuffisant pour respecter l'accord de Paris, car le charbon reste majoritaire

La croissance du solaire - mais aussi de l'éolien terrestre, qui arrive en deuxième position, ou encore de l'éolien en mer, qui verra sa capacité tripler les 5 prochaines années - est certes spectaculaire, mais elle reste insuffisante pour respecter les objectifs de l'Accord de Paris. Selon l'AIE, il faudrait installer 280 gigawatts de capacités renouvelables, soit 50% de plus que ce qui est prévu, pour avoir suffisamment de chances de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à la période pré-industrielle.

En 2024, à ce rythme, le charbon sera encore la première source de production d'électricité dans le monde, à hauteur de 35%, contre 30% pour les renouvelables. En effet, si la part du charbon diminue dans le "mix électrique" mondial, la production d'électricité charbonnée continue de progresser dans l'absolu, et de nombreuses centrales à charbon sont encore en construction... notamment en Chine.

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