Empreinte carbone : après Apple et Microsoft, Google et Facebook visent le "Zéro CO2" pour 2030

L'intérieur d'un centre de données de Google, à Mayes County dans l'Oklahoma (USA)
Planète

RESET - Les géants du numérique promettent d'alimenter 100% de leurs activités à partir d'énergies vertes, dans la décennie à venir. Certains pourraient même compenser l'empreinte carbone de leurs utilisateurs. Bon pour l'image, mais pour les affaires aussi.

L'initiative tient du défi, à la fois industriel, technique, financier également. Là où l'Union Européenne dit aujourd'hui viser un bilan carbone en baisse de 55% d'ici à 2030, les géants du numérique annoncent les uns après les autres qu'ils auront à cet horizon fait migrer l'intégralité de leur consommation d'électricité vers des énergies vertes, dans le monde entier.

À tout seigneur tout honneur, le plus avancé dans sa quête de l'empreinte zéro, c'est Google, qui est aussi le plus grand exploitant de data-centres au monde. Depuis 2007, l'entreprise se dit neutre en carbone, un processus en trois étapes. D'abord, Google a commencé par compenser les émissions carbone dues à sa consommation électrique, en achetant des crédits-carbone, auprès d'entreprises dont l'activité a fait diminuer le bilan CO2. Mais c'est à partir de 2011 que Google est passé aux choses sérieuses. 

"Jusque-là, on était dans une neutralité disons comptable", explique à LCI.fr Fabien Vieau, Directeur du développement en Europe des data-centres et de l'énergie pour Google Cloud , "mais ces dix dernières années, nous avons investi dans la création de parc éoliens et solaires qui ne seraient pas forcément sortis de terre sans nous, ça nous a permis de faire progresser la décarbonation de notre consommation, et de compenser en énergie verte là où le réseau utilisait du gaz ou du charbon. Ça reste de la compensation, mais cette fois dans le monde réel."

Les choses avancent très vite, mais dix ans pour arriver à un Google zéro-carbone, c’est à la fois beaucoup et très peu.- Fabien Vieau, Directeur pour l'Europe du développement des data-centres et de l'énergie, Google Cloud

En 2030, fini la compensation, chaque installation, chaque bureau, chaque data-centre devra être connecté à un réseau capable de lui fournir assez d'électricité verte pour couvrir tous ses besoins. "C'est plus ambitieux que ce que l'on imaginait il y a deux ans encore", décrit un Fabien Vieau enthousiaste, "on gérera l'énergie heure par heure, on saura même moduler la consommation des datacentres selon l'énergie décarbonnée disponible." En clair, Google pourra choisir de déplacer certains calculs intensifs d'un bout du monde à l'autre, ou les programmer aux moments où l'éolien ou le solaire ont les meilleurs rendements, par exemple. "On va devenir bien meilleurs à prédire le niveau de production d'une ferme solaire ou éolienne à un instant T, on a d'ailleurs déjà mis en place des algorithmes d'intelligence artificielle qui y travaillent."

Si le défi est de taille, c'est parce que chaque implantation, chaque data-centre, représente une situation différente. Si ses serveurs de l'Oklahoma - balayé par les vents - utilisent aujourd'hui 96% d'énergie éolienne, les énergies vertes ne représentent que 3% des besoins de son centre serveur de Singapour. "Une partie du travail consistera à faire évoluer les politiques énergétiques des différents pays, en Asie par exemple.", prédit Fabien Vieau. Et la France ? "Nucléaire oblige, arriver à zéro ne sera pas problématique", sourit-il. Ailleurs, il faudra combiner solaire, éolien, batteries de stockage, hydro-électrique, hydrogène aussi parfois. Dans la voix de son PDG Sundar Pichai, l'entreprise estime que son initiative devrait créer 10.000 emplois dans les énergies renouvelables d'ici à 2025, dont 2000 en Europe. 

Autre particularité : Google a annoncé qu'il vient de compenser rétroactivement l'intégralité des émissions carbone de ses installations, depuis sa création en 1998, première grande entreprise à racheter ainsi sa neutralité carbone depuis le premier jour. Microsoft a promis de faire de même, mais avec un handicap supplémentaire : le géant du logiciel existe lui depuis 1975, et ne devrait arriver à ses fins qu'en 2050.

Chez Apple, si le but est le même, toujours avec 2030 comme date butoir, les avancées prendront d'autres formes. Si l'entreprise gère ses propres data-centres, elle devra aussi faire évoluer les sources d'énergie utilisées par ses fournisseurs, leurs usines d'assemblage et celles qui produisent les composants de ses appareils, pour tenir la promesse d'une chaîne de fabrication zéro-carbone dans dix ans. Idem pour tous ses Apple Stores dans le monde.

La sobriété, c'est bon pour le business

Si ces grandes entreprises dépensent tant dans la réduction de leur empreinte carbone, c'est pour plusieurs raisons plus pragmatiques que le seul idéal écologique. D'abord, limiter sa consommation énergétique, ça se voit sur un bilan. Quelle que soit sa provenance, un kilowatt c'est un kilowatt, et les économies d'énergie se lisent dans les résultats financiers d'une entreprise, particulièrement à l'échelle d'un Google ou d'un Facebook. 

Surtout, Facebook mis à part, toutes ces entreprises vendent à leurs clients des services dans le cloud, du logiciel d'entreprise au divertissement en passant par le stockage de données. Et l'un des attraits de leurs offres, c'est qu'elles permettent justement à ces entreprises clientes d'afficher à leur tour un meilleur bilan carbone en déplaçant tout ou partie de leur informatique dans le nuage des géants, plutôt qu'en l'hébergeant elles-même. 

Enfin, si nos GAFAM semblent en faire beaucoup, et en parler volontiers, c'est aussi parce qu'ils savent que le numérique - à tort ou à raison - a mauvaise presse quand on parle d'empreinte environnementale, et qu'eux en sont de très loin la partie la plus visible. Mieux vaut ici, pour l'image de l'entreprise, se trouver du côté de la solution plutôt que du problème. Le bon côté des choses, c'est qu'elles en ont les moyens.

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Compenser jusqu'à l'empreinte carbone des utilisateurs

La preuve : plusieurs ont aussi annoncé leur intention d'aller plus loin que la seule neutralité CO2 de leurs propres activités, et qu'elles compenseraient ainsi d'une manière ou d'une autre l'empreinte liée à l'utilisation de leurs produits et services, en clair l'empreinte carbone de leurs utilisateurs. Apple va ainsi planter assez d'arbres pour compenser les émissions de CO2 estimées que représente toute l'électricité utilisée dans le monde pour charger des iPhones. Idem pour Facebook, qui veut réduire les émissions de "toute sa chaîne de valeur", de ses fournisseurs jusqu'à ses milliards d'utilisateurs, en passant par l'empreinte des trajets de ses employés, et des leurs déplacements d'affaire.

Mais les utilisateurs aussi seront mobilisés pour faire baisser leur empreinte environnementale. Chez Facebook, cela commence par la mise en ligne d'un centre d'information sur le climat, tandis que Google va rajouter les émissions de CO2 aux critères de choix d'un voyage sur son moteur de recherche Google Flights.

Amazon, à la traîne de sa logistique

Parmi les cinq GAFAM, ne manque qu'Amazon au tableau de chasse d'un futur à zéro carbone. Si ce dernier affiche lui aussi un objectif de 100% d'énergies renouvelables pour 2030, il avance lui avec des handicaps que les quatre autres géants n'ont pas. Si ses activités dans le cloud suivront le mouvement sans plus de soucis que ses petits camarades, il n'en va pas de même pour tout son réseau logistique, tous ses camions, ceux qui relient ses entrepôts, et ceux qui livrent des colis. À ce jour, l'entreprise dit avoir commandé 100.000 camions électriques, mais ne vise la neutralité carbone qu'à l'horizon 2040.

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