"Lac de Caussade" : l'Etat durcit le ton et réclame un million d'euros aux agriculteurs

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ENVIRONNEMENT - Le bras de fer continue entre l'Etat et la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne à propos du "lac de Caussade", une retenue d'eau construite illégalement par des agriculteurs pour irriguer leurs champs. Malgré les décisions de justice interdisant le projet, 20 hectares de biodiversité ont été ravagés. Un nouvel arrêté de la préfecture exige la consignation de plus d'un million d'euros pour remettre le site en état.

Nous vous en parlions déjà en décembre dernier : des agriculteurs, dont certains membres de la chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne, ont entrepris de construire illégalement le “barrage de Caussade” en pleine nature, sur le territoire de Pinel-Hauterive. L’objectif ? Détourner le cours d'eau du Tolzac et créer un lac artificiel de 920.000 m3, pour irriguer les champs d’une vingtaine d’agriculteurs autour de la commune.

Le projet du barrage a été autorisé par la préfecture en juin 2018. Mais rapidement critiqué par les associations de défense de l'environnement et par le ministère de la Transition écologique, la préfecture a annulé son autorisation d'exploitation en octobre, à la demande du tribunal administratif de Bordeaux. Depuis, les agriculteurs continuent à creuser. Cinq mois plus tard, le feuilleton judiciaire se poursuit et l’hypothèse d’un heureux dénouement s’éloigne encore un peu plus.

L'Etat exige la destruction du barrage

Malgré les cinq décisions de justice en défaveur de la construction du "barrage de Caussade" - et contrairement à ce qui était annoncé fin décembre - les travaux n’ont jamais réellement cessé. S'ils ont fait profil bas après les décisions de justice, les agriculteurs ont néanmoins repris leur avancée de plus belle à chaque fois, à grand coup de tractopelle. Aujourd’hui, la digue est construite et le lac commence à se remplir. La préfète du Lot-et-Garonne, Béatrice Laguarde, a ainsi dû renouveler ses avertissements, en signant un nouvel arrêté le 2 mai, qui impose cette foi-ci de fortes amendes aux contrevenants. 

Pour commencer, l'arrêté exige la cessation des travaux dans un délai de 8 jours, avec une astreinte de 500 euros par jour en cas de dépassement. Le document réclame ensuite la destruction de la retenue d'eau, avec également une astreinte de 500 euros par jour si ce n'était pas fait en temps et en heure. Enfin, il impose la remise en l’état du site : la chambre d’agriculture dispose d’un délai de 20 jours pour déposer un dossier présentant l’ensemble des mesures prévues à cet effet - encore une fois sous peine d’une amende de 500 euros par jour de retard - et dispose de 18 mois pour réaliser les travaux.

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Afin de s’assurer que les agriculteurs récalcitrants se plieront à la loi, l’arrêté prévoit pour la première fois une consignation de plus d’un million d’euros. Ces 1.820.000 euros correspondent aux travaux et opérations de suppression de l’ouvrage. Ils seront exigibles par l'Etat dans un délai de 10 jours. Après cette date, l'administration saisira les comptes de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne pour obliger ses membres à respecter la loi, et les sommes leur seront remboursées au fur et à mesure des opérations de remises en l'état.

La chambre d'agriculture prête à licencier 15 personnes

De son côté, ca Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne ne lâche rien et crie même à "l'acharnement", décrivant l'arrêté de la préfète comme "humiliant, intempestif et méprisant". Son président, Serge Bousquet-Cassagne, a lancé devant les médias locaux "un appel à la révolte sur tout le bassin du Lot-et-Garonne". Comparant le lac de Caussade à Lourdes, l'agriculteur a déclaré à ses sympathisants : "Tenez-vous prêts et le moment venu, venez défendre ce lieu sacré qu'est le lac." 

Comptant sur le soutien des élus locaux, les membres de la chambre d'agriculture ont aussi prévenu que la consignation d'un million d'euros ne les feront pas reculer et qu'ils préféraient "licencier 15 personnes que plier". Contactée par LCI, la chambre d'agriculture France n'a pas souhaité communiquer sur cette problématique départementale.

En attendant, les dégâts sont considérables sur les 20 hectares de nature où ont été édifié le barrage. France Nature Environnement a déposé ce vendredi une action en réparation devant le juge administratif. Cette action en justice vise directement la chambre d’agriculture. "C’est un établissement public dans l’illégalité, nous demandant donc réparation du préjudice commis", explique Anne Roques. Les membres de l'association à l'origine des premières alertes contre le barrage se disent néanmoins "satisfaits de l'arrêté et heureux que la préfète remette de l’ordre dans ce département".

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