Pas d'EPR à Flamanville avant 2022 : EDF confirme le nouveau retard

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NUCLÉAIRE - Initialement prévu pour être mis en service en 2012, l'EPR de Flamanville, un réacteur nucléaire de 3e génération, va accuser un nouveau retard. L'Autorité de sûreté nucléaire a jugé nécessaire de réparer 8 soudures, repoussant la mise en service à fin 2022 minimum selon EDF.

L'interminable saga de l'EPR continue. EDF a indiqué vendredi que la mise en service du réacteur nucléaire de 3e génération , en construction à Flamanville (Manche), "ne peut être envisagée avant fin 2022", portant le retard du chantier à 10 ans au moins. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait jugé nécessaire le 20 juin de réparer huit soudures défectueuses sur la nouvelle centrale avant cette mise en service. Le gendarme du nucléaire avait ainsi décliné la demande d'EDF, en charge de la construction du réacteur pressurisé européen (EPR), qui souhaitait réparer ces soudures après la mise en service du réacteur, prévue pour 2020 avant cette ultime péripétie.

Ce retard supplémentaire de 3 ans avait déjà été annoncé par l'ASN. "Dans l'esprit d'EDF, si la réparation doit être réalisée avant la mise en service et en fonction de la stratégie de réparation qui sera retenue, EDF estime que la réparation pourra s'effectuer d'ici fin 2022", avait indiqué en juin indiqué Bernard Doroszczuk, le président de l'ASN. Sur le moment, EDF avait rétorqué qu'"aucune date n'a été fixée concernant le délai de réparation des soudures". L'entreprise reconnaît désormais que l'EPR ne démarrera pas avant fin-2022.

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C'est un nouveau coup dur pour ce chantier démarré en 2007 pour une mise en service prévue initialement en 2012. Cette dernière annonce de l'ASN porterait le retard total de l'EPR à 10 ans. Quant au coût, il est passé de 3,3 milliards d'euros en 2006, à plus de 10 milliards d'euros aujourd'hui. Censé devenir le fleuron de l'industrie nucléaire française, l'EPR offre une puissance supérieure aux autres centrales (1650 MW) et est conçu pour durer 60 ans.

Quels sont ces problèmes de soudures ?

C'est en 2018 qu'EDF a annoncé des "écarts de qualité" sur ces soudures situées dans la traversée de l'enceinte de confinement, la structure de béton qui doit retenir les éléments radioactifs en cas d'accident. Cette enceinte est constituée d'un paroi intérieure et d'une paroi extérieure, entre lesquelles se trouvent les soudures, qui relient la tuyauterie du circuit d'eau secondaire de la centrale, c'est à dire la vapeur qui permet de faire tourner les turbines produisant de l'électricité.

Selon un rapport de l'ASN, la détection de possibles défauts dans ces soudures remonte à octobre 2013, mais EDF et son sous-traitant Framatome poursuivent les travaux. Ce n'est qu'en juillet 2015, alors que les travaux sur les soudures se terminent, que Framatome constate que les exigences de qualité "n'avaient pas été spécifiées au sous-traitant en charge de la réalisation de ces soudures". Un problème qui "n’a pas été détecté par la surveillance d’EDF", et dont l'ASN ne sera informée qu'en janvier 2017.

Une succession d'autres retards

Avant ce problème de soudures, d'autres retards se sont accumulés depuis les débuts du projet. Dès 2008, l'ASN fait état de fissures dans le béton de la plateforme et les travaux sont suspendus pendant un mois. En 2010, EDF annonce un premier report de 2 ans, à 2014, de la "première production commercialisable" de l'EPR. En 2011, deux ouvriers décèdent après des chutes sur le chantier, tandis qu'un 3e décède dans un accident de la route en rentrant chez lui, occasionnant un report à 2016.

En avril 2014, trois mois après la pose de la cuve de 425 tonnes du réacteur, Bouygues TP est relaxé en appel de son procès pour homicide involontaire d'un des ouvriers ayant chuté en 2011, mais la cour la condamne l'entreprise à 8.000 euros d'amende pour "omission de remise d'un plan prévisionnel de prévention des risques" conforme à la réglementation.

Un recours à examiner sur la qualité de la cuve de l'EPR

En avril 2015, une anomalie dans la composition du couvercle et du fond de la cuve fabriqués par Areva en 2006 et 2007 est découverte. Celle-ci est due à une concentration de carbone trop importante selon l'ASN. Des défauts de soudure sont aussi détectés sur le réacteur. Fin 2015, l'ASN donne son feu vert à un lancement du programme d'essais d'Areva destiné à démontrer la résistance de la cuve sur laquelle l'anomalie a été détectée. 

En 2018, EDF commence la phase des essais préalables au démarrage du réacteur, confirmé pour fin 2018, avant sa mise en service commerciale fin 2019. Le 10 octobre 2018, l'ASN donne son feu vert à la mise en service de la cuve du réacteur à condition que des contrôles soient effectués pendant son utilisation. Mais ces contrôles n'étant pas réalisables sur le couvercle actuel, l'ASN demande son remplacement avant 2025. L'avis de l'ASN est contesté par Greenpeace, Sortir du nucléaire et deux 

autres associations, qui ont déposé en novembre 2018 un recours devant le Conseil d'Etat, qui dispose d'un an pour l'examiner.

À l'étranger, d'autres chantiers d'EPR ont pris du retard

Le premier chantier d'un EPR a été lancé à Olkiluoto (Finlande) en 2005, avec Areva et Siemens directement maîtres d'oeuvre. Les contretemps et dérapages budgétaires se sont accumulés, et le chargement du combustible nucléaire ne devrait pas intervenir avant la fin août 2019, alors qu'il était prévu pour juin. La mise en service aura au moins dix ans de retard sur le calendrier initial, comme en France.

Deux autres EPR ont été commandés par la Chine. Taishan 1 y a été le premier au monde à fonctionner, bien que le chantier ait commencé en 2009, après celui de Flamanville. Le deuxième réacteur de Taishan vient de démarrer fin mai. L'EPR a aussi été retenu par EDF pour un projet de deux réacteurs à Hinkley Point, en Angleterre. EDF a annoncé s'attendre à un surcoût d'1,7 milliard d'euros pour cet énorme chantier, ce qui porte l'investissement total à 22,7 milliards d'euros, avec un "risque" de retard de 15 mois pour le premier réacteur, censé entrer en service fin 2025, et de neuf mois pour le second, qui doit démarrer six mois plus tard.

En Inde, EDF et son homologue indien ont signé un accord portant sur le schéma industriel d'un projet de centrale à Jaitapur, un projet géant de six réacteurs EPR qui n'est pas finalisé. EDF discute aussi également avec la Pologne ainsi que la République Tchèque, et travaille depuis plusieurs années sur une nouvelle version de l'EPR, en vue de réduire ses coûts et ses délais de construction. En France, le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) laisse la porte ouverte à la construction de nouveaux EPR, mais le gouvernement a annoncé son souhait d'avoir toutes les éléments en main à la mi-2021 pour se décider.

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