Existe-il des exilés climatiques en Scandinavie ?

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À LA LOUPE – "Ils sont déjà en train d’acheter des résidences en Scandinavie. Ils apprennent le suédois à leurs enfants". François Ruffin en est sûr, les plus riches anticipent les conséquences du réchauffement climatique, et fuient vers les pays scandinaves.

L'élite se fait-elle la malle ? C'est en tout cas ce qu'annonce François Ruffin, député de la Somme, au micro de France Inter le mercredi 6 novembre. D'après François Ruffin, les plus fortunés préparent déjà leur exil climatique. Il rapporte les propos d'une de ses amies vivant à Londres et qui connaît des banquiers de la City. "Ils se tirent. Ils préparent l’exil climatique. [...] Ils sont déjà en train d’acheter des résidences en Scandinavie. Ils apprennent le suédois à leurs enfants par ce que là-bas le réchauffement climatique tardera." 

Ainsi, les pays scandinaves enregistreraient une arrivée de personnes très fortunées et qui investiraient dans ces pays pour échapper aux conséquences du réchauffement climatique, alors que leurs activités et leur mode de consommation accélèrent ce même réchauffement. Vérification. 

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Peut-on parler d'un exil climatique dans les pays scandinaves ?

Malgré nos recherches sur un tel phénomène, nous n'avons rien trouvé au sein de la presse norvégienne ou suédoise, mais également en Finlande, pays voisin de la Scandinavie. LCI a alors posé la question aux équipes consulaires sur place. "Nous n’avons pas connaissance de ce phénomène", répond l'ambassade de France en Suède. Leurs homologues en Finlande ne relèvent pas "d'achat immobilier de ce type." Concernant la Norvège, un Franco-norvégien membre de l'Institut français raconte amusé : "Si entre nous, nous plaisantons sur la possibilité d'ouvrir des paillotes pour 2040-50 pour recevoir des étrangers pour échapper aux conséquences du réchauffement de la planète, je n'ai jamais vu, entendu ou lu de tel propos." 

Le conseiller en charge des sujets environnement et infrastructures de l'ambassade de Suède en France n'a pas eu connaissance de ce phénomène de migration des élites. Les agents consulaires finlandais à Paris font la même réponse. "Nous n’avons pas entendu parler de ce phénomène. S’il existe, il doit s’agir de cas isolés" 

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Sur quels éléments sont basés les propos de François Ruffin ?

 LCI a évidemment contacté les équipes du député de la 1er circonscription de la Somme. Son collaborateur nous explique que, jamais, François Ruffin n'a évoqué un exil migratoire massif des plus riches vers la Scandinavie. "Il s'agit d'un épiphénomène, d'une petite tête d'épingle. C'est encore au stade d'investissements et non d'une vague migratoire." 

Alors d'où provient cet exemple de la Suède ? François Ruffin dit s'être appuyé sur la préface de l'ouvrage Sacrée Croissance ! publié en 2014 où l'économiste Gaël Giraud évoque une discussion avec des "financiers de la City" qui prévoient de "mettre [leurs] enfants à l’école en Suède, où le climat deviendra clément à la faveur du réchauffement." 

Plus proche de nous, dans une interview accordée à Reporterre.net en septembre 2019, Gaël Giraud rappelle cette histoire. "J’ai eu une discussion l’an dernier avec des financiers de la City, à Londres. Ils ne comptent rien faire pour la transition écologique et me disent qu’ils vont envoyer leurs enfants en Suède, croyant que ce pays sera épargné." Deux confessions très similaires à celle de François Ruffin. 

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La Nouvelle-Zélande, eldorado en cas d’Apocalypse climatique ?

Bien que l'exemple scandinave ne soit visiblement pas le plus probant, il existe bien dans un mouvement d'anticipation des effets du changement climatique. En 2017, un article de The New Yorker sur les préparatifs des "supers-riches" à "la rupture avec la civilisation" fît sensation. On apprend que la Nouvelle-Zélande est vue comme "un refuge privilégié en cas de cataclysme" par les leaders de la Silicon Valley. D'après les confidences de l'homme d'affaire Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, la moitié "des milliardaires de la Silicon Valley ont contracté une 'assurance Apocalypse' sous la forme d'un refuge", notamment en Nouvelle-Zélande. 

En 2018, le média économique Bloomberg s'était intéressé à ce sujet en évoquant l'implantation de bunkers fabriqués au Texas, à la demande de patrons de la Silicon Valley, au cœur de la paisible campagne néo-zélandaise. "Après l'exil fiscal et social, il faut donc s'attendre un exil environnemental, explique le collaborateur de François Ruffin. Même si ils sont peu nombreux, ces élites ont une force d'entraînement. Tout le monde ne pourra pas faire comme eux, mais ils influenceront ceux qui seront en capacité de partir." 

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