Pourquoi la faim s'étend pour la troisième année consécutive dans le monde

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ALIMENTATION - Climat, conflits et pauvreté sont à la racine de la faim dans le monde, qui progresse pour la troisième année consécutive. Mais le rapport de l'ONU pointe également des causes moins évidentes, comme les inégalités ou l'exclusion dans les pays à revenus moyens ou élevés.

Pour la troisième année consécutive, la faim dans le monde a progressé, selon le rapport annuel de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), avec le concours du Fonds international pour le développement de l'agriculture, de l'Unicef, du PAM et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Et pour la troisième année consécutive, ces organisations détaillent l'une des multiples causes de cette situation.

Les chiffres en bref

En 2018, 821,6 millions de personnes ont souffert de sous-alimentation, contre 811 l'année précédente, selon le rapport. En ajoutant à ces populations souffrant de famine, les personnes touchées plus généralement par l'insécurité alimentaire, on arrive à un chiffre de deux milliards de personnes - en augmentation également - n'ayant pas régulièrement accès à des aliments sains, nutritifs et en quantité suffisante.

Après avoir détaillé le rôle des conflits dans son rapport 2017, puis l'influence des chocs climatiques dans son édition 2018, le rapport 2019 s'est penché sur une autre cause de l’insécurité alimentaire : les ralentissements économiques et les récessions. Et les agences onusiennes en profitent pour balayer plusieurs idées reçues sur les racines de la faim, qui touche très majoritairement l'Asie et l'Afrique.

Les crises économiques font progresser la faim... aussi dans les pays à revenu moyen

C'est l'un des principaux enseignements de ce rapport. Entre 2011 et 2017, la faim a progressé dans 65 pays en situation de crise économique sur 77. La majorité de ces pays touchés par des crises économiques et dans lesquels la prévalence de malnutrition a augmenté, sont des pays à revenus moyens (44 sur 65), tandis que 19 sur 65 sont des pays pauvres (dont 17 se trouvent en Afrique).


Outre les conséquences sociales de ces crises économiques (chômage, baisse de revenus), un facteur moins évident permet d'expliquer le lien entre ces ces ralentissements économiques et l'augmentation de la sous-alimentation : c'est la dépendance des économies aux exportations et aux importations. En effet, sur les 65 pays où l'on observe un lien entre crises et faim, 52 sont jugés très dépendants aux importations et aux exportations de matières premières.

Derrière l'augmentation de la faim, l'augmentation des inégalités

"Il n'est pas toujours vrai qu'une croissance économique robuste permettre de réduire la pauvreté et d'améliorer la sécurité alimentaire", peut-on lire dans le rapport. "Des pays peuvent connaître cette croissance économique robuste et même réduire la pauvreté, sans pour autant améliorer la sécurité alimentaire."


Alors que les inégalités augmentent dans "quasiment la moitié des pays, dont beaucoup de pays à revenus faibles et moyens", celles-ci "augmentent la probabilité d'insécurité alimentaire sévère", indiquent les agences onusiennes. Elles ont mesuré que la prévalence de la malnutrition est presque trois fois supérieure dans les pays avec un fort taux d'inégalités (21%), par rapport aux pays avec un faible taux d'inégalités (7%).


"Plus les inégalités sont importantes en matière de distribution de terres, de capital, de finance, d'éducation et de santé, plus il est difficile pour les plus pauvres de participer à la croissance économique", indique le rapport. "Les groupes socialement exclus et marginalisés sont plus susceptibles d'être touchés durement par les crises économiques". 

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