Centrale de Fessenheim : une fermeture, cinq questions

Centrale de Fessenheim : une fermeture, cinq questions
Planète

CLAP DE FIN - Fessenheim entame son démantèlement avec la mise à l’arrêt de son premier réacteur dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 février. Coût, emplois, compensations d’énergie… Voici 5 questions que pose la fermeture de la plus vieille centrale nucléaire de France.

Une fermeture promise pendant des années et actée d’ici trois jours. La centrale nucléaire de Fessenheim, en Alsace, arrêtera définitivement le premier de ses deux réacteurs dans la nuit de vendredi à samedi. L'opération a débuté vendredi 21 février à 20h30 pour s'achever aux alentours de 2h du matin ce samedi. 

Elle mettrait un point final à des années de remous, de débats et de reports sur le sort de la centrale alsacienne, bâtie dans les années 1970 tout près de la frontière avec l'Allemagne. En activité depuis 1977, plusieurs questions se posent autour du démantèlement progressif de la centrale.

Lire aussi

Combien de temps va durer son démantèlement ?

La fermeture du premier réacteur de Fessenheim n’est que la première étape d’une longue série. Le premier réacteur s’arrêtera donc le 22 février, le second le 30 juin. Après cela, la centrale nucléaire ne produira plus d’électricité. Puis vient le temps de la préparation du démantèlement, qui durera 5 ans et qui sera entériné par un décret publié en 2025. 

Place ensuite au démantèlement réel et à la démolition du site, sur une période de 15 ans. Comme l’explique EDF, quatre étapes vont rythmer la procédure : le démantèlement électromécanique, l’assainissement des structures, la démolition des bâtiments et, enfin, la réhabilitation du site. La fin de la démolition est donc prévue à l’horizon 2040. 

Enfin, la restauration du site de Fessenheim, c’est-à-dire son déclassement, doit prendre un an pour une fermeture totale en 2041. 

Combien cela va-t-il coûter ?

La fermeture de chaque unité de production, c’est-à-dire de chaque réacteur, va coûter entre 250 et 500 millions d’euros. Le calcul a été fait sur la base du démantèlement de la centrale de Chooz A dans les Ardennes, arrêtée définitivement en 1991 et ayant pesé 500 millions d’euros dans les finances. 

Comment l’énergie va-t-elle être compensée ?

La compensation de l’énergie perdue avec la fermeture de Fessenheim n’est pas un sujet, nous dit-on à EDF. La région d’Alsace, approvisionnée en électricité à 90 % par Fessenheim, ne souffrirait d’aucune pénurie. L’argumentaire est le suivant : puisque le réseau électrique est européen, une sorte de "maillage global", la région sera fournie en énergie par d’autres centrales du continent. À l’échelle nationale, la France produit suffisamment d’électricité et en exporte l’équivalent de 350 jours par an, selon EDF. 

Les salariés du site vont-ils être sauvés ?

"Il n’y aura aucune perte d’emploi", a assuré la ministre Elisabeth Borne mercredi 19 février. Même son de cloche du côté d'EDF qui nous affirme que tous les salariés présents sur le site, 700 salariés d’EDF et 280 d’entreprises prestataires, seront reclassés. 

80 salariés ont déjà quitté le site durant l’été, avec une dizaine partis à la retraite. Après l’arrêt des deux réacteurs cette année, 160 salariés devraient quitter Fessenheim. 160 autres employés devraient partir à leur tour en 2023 lorsque le combustible aura été évacué du site pour être transporté à la Hague. En 2025, date à laquelle le démantèlement doit commencer, il ne restera que 60 salariés EDF et une centaine d’entreprises prestataires qui se chargeront des opérations. 

Avant que la décrue des effectifs ne s'amorce, la centrale générait près de 2.000 emplois directs, indirects et induits. Soit environ 5.000 personnes concernées, familles incluses. La ville de Fessenheim, située dans une région frontalière avec l'Allemagne et l'une des plus pauvres d'Alsace, compte 2.500 habitants. Selon des études, la perte de revenus des commerces situés autour de la centrale en raison de sa fermeture est estimée à cinq millions d'euros.

 

Quelles conséquences sur le climat ?

La fermeture de Fessenheim va générer des émissions importantes de gaz à effet de serre, selon la Revue générale nucléaire qui explique que "si une centrale nucléaire est arrêtée, l’électricité qu’elle ne produit plus sera fournie par les capacités arrivant ensuite dans l’ordre du mérite, donc des centrales à gaz et charbon". 

Autrement dit, l’énergie nucléaire bas-carbone produite par Fessenheim devrait être remplacée par celle de centrales à gaz et à charbon ailleurs en Europe (le réseau électrique étant européen). D’après la revue, "le surcroît d’émission (de gaz à effet de serre, ndlr) lié à la fermeture des réacteurs de Fessenheim sera donc compris entre 6 et 10 millions de tonnes équivalent CO2 par an". À cela, EDF assure que les centrales à gaz ou à charbon seront mobilisées uniquement lors de pics de consommation d'électricité. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent