Fin du charbon en 2022, pourquoi le gouvernement s'attaque à la houille ?

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ENERGIE – Initialement prévu le lundi 11 mars, le Gouvernement renonce finalement à présenter son projet de loi sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Malgré ce report, Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministère de la Transition énergétique et solidaire, a confirmé la fermeture des dernières centrales à charbon françaises d'ici à la fin du mandat d'Emmanuel Macron.

"Nous fermerons les centrales à charbon restantes en 5 ans." avait inscrit Emmanuel Macron dans son programme pour l’élection présidentielle. Alors candidat, il s'était engagé à faire disparaître les quatre derniers sites de production l'électricité au charbon de France. 

Pourquoi les centrales doivent fermer en 2022 ?

La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) est un document stratégique qui détermine les grandes orientations de la politique énergétique de la France. Il est prévu d'"arrêter les dernières centrales électriques fonctionnant exclusivement au charbon d’ici 2022" et "ne plus autoriser de nouvelles centrales de production exclusive d’électricité à partir d’énergies fossiles."  

la fermeture des centrales à charbon n'est qu'un volet de ce plan. Le PPE fixe, par exemple, la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la production d'énergie de 30% en 2028 par rapport à 2016, le doublement de la production d'électricité renouvelable dans 10 ans, ou encore la rénovation énergétique de 2,5 millions de logements.   

Quel est la place du charbon en France ?

Le charbon occupe une place marginale dans la production d’énergie : 1,8%, contre 71,6% pour le nucléaire. Depuis dix ans, 15 centrales à charbon ont fermé en France et il n’en reste plus que 4 toujours en activité : deux exploitées par EDF, Cordemais (Loire Atlantique), Le Havre (Seine-Maritime) et deux autres exploités par l’entreprise allemande Uniper, Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avold (Moselle). 

A elles seules, ces 4 centrales représentent  35% des émissions de gaz à effet de serre du secteur de la production électrique. 

Le charbon, une sécurité énergétique ?

En finir avec ce type de centrale soulève également une question de sécurité énergétique d’après leurs défenseurs. Les centrales à charbon sont rapidement mobilisables en cas de pic de consommation d’énergie, contrairement aux centrales nucléaires ou encore aux parcs éoliens dont la production dépend du bon vouloir du vent. Privée des centrales au charbon, la France réduirait sa capacité énergétique. C’est notamment le cas en Bretagne, considérée comme une péninsule énergétique. Dans l’attente de la mise en service de l’EPR de Flamanville fin 2020, la centrale à charbon Cordemais près de Nantes paraît indispensable. 

En période hivernale, la France peut consommer jusqu'à 17% d'électricité produite avec des énergies fossiles, dont le charbon, contre moins de 2% habituellement. Encore aujourd'hui, le charbon a donc un rôle de tampon lors des demandes soudaines d'énergie. 

En 2017, la consommation de charbon est repartie à la hausse après plusieurs années de baisse.  La houille est venue compenser les nombreux réacteurs nucléaires à l'arrêt pour maintenance et la production d'hydroélectricité a ralenti à cause de la sécheresse. 

Est-ce que le charbon va totalement disparaître du territoire ?

La fermeture de ces quatre centrales ne signifie pas la fin du charbon en France pour autant. Notre pays compte 126 sites industriels consommant du charbon, dont la moitié se situe dans les Hauts-de-France et le Grand-Est. Mais l’industrie devra participer à l’effort de réduction et réduire de 75% sa consommation de charbon d’ici 2028, hors sidérurgie. 

Enfin, environ 20 000 foyers se chauffent encore à l'aide de poêles à charbon pour lesquels des aides à la conversion sont proposées par le ministère de la Transition écologique et Solidaire. 

Quel avenir pour les centrales ?

EDF travaille justement sur un projet baptisé Ecocombust, visant à remplacer progressivement le charbon par des granulés fabriqués à base de déchets de bois dans ses centrales de Cordemais et du Havre. 

Des projets qui ne rassurent pas forcément les 670 personnes qui travaillent pour ces centrales. A Gardanne, une petite unité de production d'énergie au charbon a déjà été convertie en biomasse il y a 4 ans.  Mais pour l'instant, cette centrale ne fonctionne que le tiers du temps et la moitié du bois utilisé est importée, notamment du Brésil. 

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