G7 : un "fashion pact" dévoilé pour l'environnement, les ONG méfiantes

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CLIMAT - Trente grands groupes du textile et de la mode ont signé vendredi 23 août en amont du G7 une charte pour réduire leur impact environnemental. Un engagement face auquel les ONG ne cachent pas leur scepticisme.

Un "pacte de la mode" en faveur de l'environnement. C'est la promesse qu'une trentaine de groupes du textile vont prendre ce vendredi, en amont du G7 à Biarritz. Leur engagement ? Réduire leur impact environnemental. Une décision accueillie avec scepticisme par des ONG.

Pour ce secteur, le temps presse : la mode et le textile sont en effet responsables de 20% des rejets d'eaux usées et de 10% des émissions de CO2 dans le monde. Les explications ? Elles sont nombreuses. Notamment les pesticides utilisés pour produire le coton, les produits chimiques pour teindre les textiles, le CO2 généré par le transport (aérien, maritime, routier) d'un vêtement sur des milliers de kilomètres, les microfibres de plastique émises lors du lavage des textiles synthétiques et qui atterrissent dans les océans... 

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"Des actions compatibles avec la trajectoire à 1,5°C de réchauffement climatique"

L'idée de cette mobilisation est récente. L'Elysée a en effet chargé en mai le milliardaire François-Henri Pinault, qui dirige le groupe Kering (Gucci), de mobiliser l'industrie de la mode et du luxe, qui pèse 1500 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. Trois mois plus tard, un "pacte de la mode" sera dévoilé, ce vendredi après-midi. Il est signé par Adidas, Capri Holdings (Versace...), Carrefour, Chanel, H&M, Gap, Inditex (Zara...), Kering, Nike, Prada, Puma, Stella McCartney... Et sera présenté, lundi 26 août par François-Henri Pinault lors du G7 à Biarritz.

Dans cette charte, les signataires s'engagent "à diriger (les) entreprises vers des actions compatibles avec la trajectoire à 1,5°C de réchauffement climatique, via une "juste transition" pour atteindre zéro émission nette de CO2 en 2050". Le texte identifie trois champs d'action, pour "atténuer le changement climatique et s'y adapter", "infléchir la courbe de la perte de la biodiversité d'ici 10 ans" et protéger les océans, avec de rares objectifs chiffrés : 100% d'énergies renouvelables d'ici 2030 "sur toute la chaîne d'approvisionnement" ou encore "éliminer le plastique à usage unique en 2030".

Décalage possible entre les discours et les actes

La charte ne détaille pas les actions à mener car "chaque groupe a ses spécificités", explique Kering. Une réunion est prévue en octobre "pour rentrer plus en détail sur la manière de travailler ensemble" et les actions prioritaires. Les groupes "rendront annuellement compte" de leurs avancées et actions mises en place, précise Kering. En outre, la relocalisation de la production des vêtements plus près des consommateurs n'est "pas à l'ordre du jour" de ce pacte, précise Kering. Ni une remise en cause de la "fast fashion" et de la multiplication des collections, pourtant décriée pour son impact sur l'environnement. Que se passera-t-il si les entreprises ne remplissent pas leurs engagements ? Le ministère de la Transition écologique table sur "les influenceurs sur les réseaux sociaux, les ONG (...) très vigilantes sur le décalage possible entre les discours et les actes" pour les pousser à jouer le jeu, "les effets sur leur réputation pouvant être violents" dans le cas contraire. 

Du côté des associations, on accueille avec scepticisme ce pacte. "On a eu un doublement entre 2000 et 2014 de la consommation de vêtements dans le monde", a par exemple souligné à l'AFP Pierre Cannet, du WWF France. La tendance devrait se poursuivre avec "un engouement pour la fast fashion" en Asie, relève l'assureur Coface et une explosion de l'usage des fibres synthétiques. "S'il s'agit de vendre toujours plus en mettant des énergies renouvelables, ça ne suffira pas", avertit Pierre Cannet. "Il faut revoir le modèle, réduire la production, faire des vêtements utilisables plus longtemps, qui n'émettent plus de micro-plastiques quand on les lave et produits durablement." Plutôt que de compter sur le bon vouloir des entreprises, c'est aux Etats d'agir, juge Clément Sénéchal de Greenpeace: "il faut des législations pour pousser à réduire la consommation de vêtements".

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