Glyphosate : après la polémique, le rapport propose plus de moyens et de transparence pour les agences sanitaires

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PROPOSITIONS - Avant la publication de ce rapport parlementaire, un de ses rapporteurs avait affirmé que "le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge". Mais, loin de se prononcer sur la toxicité de l'herbicide, le rapport préconise d'améliorer le fonctionnement des agences sanitaires.

C'est l'histoire d'un texte qui a plus fait parler de lui avant sa publication qu'après. Publié jeudi 16 mai, le rapport de l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPECST) était depuis ce dimanche au cœur d'une controverse, après que l'un de ses rapporteurs, le sénateur UDI Pierre Médevielle, a affirmé que "le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge qui, pourtant, ne sont pas interdites".


De charcuterie ou de viande rouge, il n'est pourtant pas question dans ce rapport parlementaire, à lire sur le site de l'Assemblée nationale. Il n'est pas non plus consacré au glyphosate, et se garde d'émettre un avis sur la toxicité de l'herbicide. Ce rapport a pour objet d'améliorer le fonctionnement des agences sanitaires chargées d'évaluer l'impact de nombreux produits, dont le glyphosate. 

Un rapport qui rappelle le fonctionnement de l'évaluation sanitaire

Sur 150 pages, le texte rappelle d'abord comment fonctionnent les multiples agences sanitaires françaises et européennes chargées d'émettre des avis scientifiques sur de nombreux produits, en vue de leur autorisation ou de leur encadrement. Il décrit également les différents scandales sanitaires survenus dans l'histoire récente et la défiance d'une partie du public à l'égard de ces agences.


Le rapport revient également sur les raisons pour lesquelles le Centre de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS et l'agence européenne EFSA sont arrivées à des conclusions divergentes sur le glyphosate : cancérogène probable pour la première, mais pas pour la seconde. Il rappelle que le CIRC ne garde que les études académiques, alors que l'EFSA inclut les bilans des industriels (sous standards OCDE), mais aussi que le CIRC prend en compte l'impact des coformulants des produits à base de glyphosate, alors que l'EFSA n'étudie que le principe actif.

 Enfin, le rapport rappelle que le CIRC évalue le danger, tandis que l'EFSA évalue le risque. Ces deux notions, synonymes dans le langage courant, sont très différentes sur le plan scientifique. Le danger s'évalue dans l'absolu, et désigne quelque chose qui peut nuire, tandis que le risque prend en compte l'exposition au danger, et donc la probabilité que ce danger nuise. 

Des recommandations pour améliorer le fonctionnement des agences et retrouver la confiance

Après avoir décrit ce système, qualifié "d'incomplet et imparfait", le rapport propose plusieurs mesures censées éviter de futures crises de confiance et ne pas laisser se reproduire "l'impression de cacophonie laissée par l'épisode du glyphosate". 


Pour les parlementaires, il faut donner la possibilité aux agences de commander elles-mêmes des études, à travers un fonds de recherche inter-agences, mais aussi développer des surveillances en situation réelle et à long terme. Le rapport préconise aussi d'améliorer la transparence des évaluations, en livrant au public les données sur lesquelles elles reposent, actuellement couvertes par le secret des affaires.


Il faut également, selon les rapporteurs, "contrôler les liens d'intérêt déclarés, dans le cadre d'obligations déontologiques fortes pesant sur les personnels et experts des agences", mais aussi accroître l'attractivité des agences aux yeux des scientifiques, et structurer un dialogue entre organes d'évaluation pour éviter les conclusions divergentes, sources de défiance de l'opinion, donc de blocage des décisions politiques.

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Le scandale du glyphosate

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