Indésirable au Vietnam, de retour en Colombie, polémique partout... tour du monde des controverses du glyphosate

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Le scandale du glyphosate

AGRICULTURE - Le glyphosate, herbicide controversé, doit être interdit en France d'ici 2022. Dans le monde entier, ce produit suscite controverses, résistances et polémiques sur fond de querelle scientifique.

Le glyphosate est-il dos au mur ? De nombreuses manifestations vont se dérouler ce weekend contre Monsanto, qui a conçu cet herbicide controversé avant d'être absorbé par le groupe allemand Bayer. Ce dernier fait également l'objet de multiples procédures en justice, notamment aux États-Unis. Classé "cancérigène probable" depuis 2015 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais cancérigène improbable par la plupart des agences sanitaires du monde, le glyphosate est utilisé sous de nombreuses marques depuis que son brevet détenu par Monsanto est tombé dans le domaine public en 2000.

Ces dernières années, la législation autour de ce principe actif et des différents produits qui l'utilisent a largement évolué. Entre interdiction, condamnation, et statu-quo sur fond de querelle scientifique, tour d'horizon des polémiques que suscite le glyphosate sur tous les continents.

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En Europe : le glyphosate renouvelé pour 5 ans en 2017

Après deux ans de débat particulièrement houleux, fin 2017, les Etats membres de l'Union européenne (UE) ont renouvelé pour cinq ans la licence du glyphosate. Il s'agit d'une autorisation du principe actif, mais chaque état européen reste libre d'interdire ou non toute formule commerciale utilisant du glyphosate.

La Commission européenne, organe exécutif de l'Union, met en avant le feu vert de ses agences scientifiques, l'Efsa (sécurité des aliments) et l'Echa (produits chimiques), qui n'ont pas classé la substance comme cancérigène. L'indépendance de l'Efsa a cependant été mise en doute par des révélations de journaux selon lesquels son rapport comporterait des passages copiés-collés d'un document déposé en 2012 par Monsanto.

En France, le gouvernement a pour sa part promis que le glyphosate serait interdit "dans ses principaux usages" d'ici 2021, et "pour tous les usages" d'ici cinq ans.

Aux États-Unis : malgré l'autorisation, de lourdes condamnations judiciaires pour Monsanto

Aux États-Unis, des milliers de procédures judiciaires contre Monsanto sont en cours, à des degrés divers d'avancement, mais le fabricant du Roundup a déjà essuyé en moins d'un an trois lourds revers devant des tribunaux californiens. Le dernier procès en date s'est soldé début mai par la condamnation de Monsanto à verser deux milliards de dollars à un couple de septuagénaires américains atteint d'un lymphome non-hodgkinien qu'ils attribuent au Roundup. Bayer a annoncé son intention de faire appel. Monsanto avait déjà été condamné en août 2018 et en mars 2019, par des jurys populaires à San Francisco qui ont considéré que le Roundup était responsable des cancers de deux personnes.

Fin avril, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a pour sa part réaffirmé que le glyphosate n'était "probablement pas cancérigène pour les humains", mais a toutefois recommandé un nouvel étiquetage pour réduire les risques écologiques, en particulier pour les papillons.

Retour en grâce en Colombie, bras de fer en Argentine et au Brésil

L'Amérique latine présente des situations très variées. Le président colombien Ivan Duque s'est par exemple prononcé pour une reprise des pulvérisations aériennes de glyphosate contre les narco-plantations, alors qu'elles avaient été bannies par la Cour constitutionnelle en 2015.

Au Brésil, la justice a demandé en 2015 à l'Agence nationale de surveillance sanitaire (Anvisa) d'évaluer "en toute urgence" sa toxicité en vue d'une éventuelle interdiction. La campagne fait rage, le puissant lobby agricole brésilien lutte contre toute restriction. Au Salvador, le glyphosate fait partie d'une liste de 53 produits pour l'agriculture interdits en 2013. Mais l'interdiction a ensuite été levée pour cet herbicide et dix autres produits, tandis qu'une commission était instaurée pour en évaluer les risques.

L'Argentine est aussi le théâtre d'un conflit entre des habitants préoccupés et les producteurs agricoles, pour qui le produit est indispensable. En l'absence de législation nationale, certains maires ont émis des arrêtés municipaux pour encadrer la fumigation de glyphosate, mais ceux-ci sont généralement contestées par les producteurs.

En Asie, l'interdiction emblématique du Vietnam

En avril dernier, le Vietnam a officiellement annoncé le retrait des listes de produits approuvés dans le pays des produits contenant du glyphosate, en invoquant leur "toxicité"  et leur impact sur l'environnement et la santé. Une décision emblématique dans un pays particulièrement touché par des épandages d'agent orange, un défoliant fabriqué par Monsanto et utilisé par l'armée américaine pendant la guerre du Vietnam et responsable de nombreux cas de cancers.

Au Sri Lanka, l'herbicide, soupçonné de provoquer une nouvelle maladie des reins parmi les habitants des zones de production de riz, a été interdit en juin 2015 à la suite d'une promesse électorale du président Maithripala Sirisena. Mais la communauté scientifique sri-lankaise a souligné l'absence d'études associant directement le glyphosate à cette "maladie rénale chronique" et l'interdiction a été partiellement levée en mai 2018, avec une autorisation d'utilisation dans les plantations de thé et d'hévéa.

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