Interdire les voitures thermiques en 2030 ou en 2040, ça change quoi pour l'environnement (et l'emploi) ?

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ENVIRONNEMENT - Avec la "loi d'orientation des mobilités", le gouvernement envisage d'interdire la vente de voitures essence et diesel en 2040 pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais des associations écologistes plaident pour avancer cette interdiction à 2030. Quelles conséquences cette décennie d'écart impliquerait-elle ?

L'un des plus gros casse-têtes industriels des prochaines décennies est actuellement en discussion à l'Assemblée. Les députés, qui examinent le projet de loi d'orientation des mobilités (LOM), doivent se prononcer sur l'interdiction de la vente de voitures thermiques. La majorité envisage de fixer cette interdiction à 2040, mais des organisations écologistes poussent pour avancer cette date de 10 ans, et donc interdire la commercialisation de voitures essence et diesel dès 2030. Une décennie de différence qui aurait de lourdes implications.

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La voiture, en France, ce sont des centaines de milliers d'emplois, mais aussi plus de 15% des émissions de gaz à effet de serre. Ces gaz à effet de serre, qui contribuent au réchauffement climatique, sont émis notamment par la combustion dans les moteurs thermiques des énergies fossiles comme l'essence ou le diesel (qui émettent aussi des polluants atmosphériques ayant un effet plus direct sur la santé, comme les oxydes d'azote). Sachant que la part de marché des voitures électriques est de 1,43% en 2018, interdire la vente de voitures à moteurs thermiques revient donc à changer la quasi intégralité du parc automobile français en vingt ans, ou en dix ans.

Interdire les moteurs thermiques dès 2030 pour respecter l'accord de Paris ?

Dans tous les cas, le défi industriel semble énorme. Le problème, c'est que des organisations écologistes estiment qu'une interdiction en 2040 n'est pas suffisante pour contenir le réchauffement climatique et respecter les accords de Paris. Dans un document intitulé "Pourquoi 2040, c'est trop tard", la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme (FNH) estime que "pour être cohérent avec la fin de l'usage des carburants fossiles en 2050, les véhicules ayant une durée de vie allant de 15 à 20 ans, cette fin de vente doit intervenir dès 2030".

La FNH rappelle ainsi que l'empreinte carbone d'un Français est en moyenne de 10 tonnes équivalent CO2 (TCO2eq) par an en 2017, et que l'empreinte carbone d'une voiture essence ou diesel est en moyenne de 3 à 5 TCO2eq par an. Or, "pour maîtriser le réchauffement climatique en deçà de 2°C et au plus près de 1,5°C, l’empreinte carbone par personne devra se situer bien en deçà de 1,5 TCO2eq d'ici 2050", indique l'association écologiste.

Le Réseau action climat estime aussi qu'interdire les véhicules thermiques en 2040 nous éloigne des objectifs de l'accord de Paris, et observe d'ailleurs que les émissions de CO2 par véhicules remontent ces deux dernières années, notamment à cause du succès des SUV, plus lourds et plus puissants, donc plus consommateurs. L'organisation prend en exemple la dizaine de pays qui ont décidé d'interdire le thermique avant 2040.

L'emploi : des pertes dans l'industrie automobile, mais des gains ailleurs ?

Pour d'autres, au contraire, 2040 c'est trop tôt. Derrière l'interdiction des moteurs thermiques, c'est en effet tout un pan de l'industrie française qui devra évoluer de gré ou de force. Avec 200.000 emplois directs et plus de 2 millions d'emplois induits, le secteur automobile français parviendra-t-il à survivre à une interdiction du thermique en 2040, ou a fortiori en 2030 ?

Pour Force ouvrière, l'électrification à marche forcée représente une "menace de casse sociale sans précédent en France dès 2021". Le syndicat estime que "l'interdiction en 2040 de la vente de véhicules thermiques pourrait générer la suppression de 70.000 emplois en France d’ici 2025-2030 et de 340.000 d’ici 2040". 

Tous les acteurs s'accordent effectivement sur un constat : une voiture électrique demande moins de main d'oeuvre pour sa fabrication : 40% selon FO. L'emploi dans l'industrie automobile pourrait donc baisser plus tôt si l'interdiction des véhicules thermiques intervient dès 2030. 

Cependant, les organisations écolos favorables à l'interdiction du thermique en 2030 avancent que la construction des infrastructures de recharge, mais aussi le développement des autres types de transports, permettront de compenser cette perte d'emploi. L'organisation européenne Transport & environment estime pour sa part que l'électrification généralisée de la voiture en Europe créerait d'ici 2030 entre 500.000 et 850.000 emplois, dont 66.000 à 71.000 en France.

Des investissements forcément massifs

Tant en termes de conséquences environnementales qu'économiques, les choix des décideurs ces prochaines années seront déterminants, mais il ne se résument pas à interdire les moteurs thermiques en 2040 ou avant. Selon un rapport de l'Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), résumé ici, l'investissement sur vingt ans pour un tel projet serait de 500 milliards d'euros, pour l'essentiel liés à la disparition de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE).

"Le double objectif d’une très forte réduction des émissions de CO2 et d’une disparition des motorisations purement thermiques est réalisable pour les véhicules particuliers d’ici 2040", affirme l'Opecst. Mais trouver ces 500 milliards dès 2030 au lieu de 2040 pourrait-il compliquer une équation déjà ardue ? Dans son rapport, l'Opecst n'a pas étudié le scénario d'une interdiction en 2030, mais observe que la réussite de cette grande transition dépendra avant tout du marché, c'est-à-dire des comportements des consommateurs, et de la capacité des industriels à les satisfaire.

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