Jugés pour avoir décroché un portrait d'Emmanuel Macron : "Ce n'est pas notre rêve d'être hors la loi"

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PROCÈS - Six personnes seront jugées le 28 mai pour avoir décroché un portrait d'Emmanuel Macron dans la mairie d'un village de l'Ain, avant de l'emmener dans un endroit tenu secret. Deux d'entre-eux ont échangé avec LCI, et revendiquent une action pacifique pour l'intérêt général.

"On connaissait les risques depuis le début. Tout cela est bien réfléchi. Nous avons été formés. Nous ne sommes pas une bande de copains qui font un coup et basta." Quand elle est entrée avec 12 autres militants écologistes dans le hall de la mairie de Jassans-Riottier (Ain), le 2 mars, Anne-Sophie Trujillo-Gauchez savait ce qu'elle encourait. Ça ne l'a pas empêché de dérober le portrait d'Emmanuel Macron affiché dans la salle des mariages de cette petite ville de 6000 habitants qui jouxte Villefranche-sur-Saône.


Le 28 mai, avec cinq autres prévenus, Anne-Sophie sera jugée au tribunal de Bourg-en-Bresse pour vol en réunion, avec la circonstance aggravante d'avoir pénétré dans les lieux par ruse. Cette consultante indépendante dans le milieu humanitaire, âgée de 45 ans, encourt 10 ans de prison et 150.000 euros d'amende. Comme elle, Jean-Marie Roche, un maraîcher bio de 36 ans, était présent lors du décrochage de portrait présidentiel et sera jugé. À quelques jours de leur procès, LCI a contacté ces deux membres de l'organisation écologiste Action non-violente-Cop21 (ANV-Cop21).

Il s'agit du premier procès des "décrocheurs", qui sévissent depuis février 2018 pour dénoncer "l'inaction climatique du Président et du gouvernement". Ce vendredi, ANV-Cop21 revendiquait un 40e décrochage dans la mairie du XIXe arrondissement, effectué à l'occasion de la "grève mondiale pour le climat" qui a réuni environ 15.000 manifestants dans la capitale. Au total, selon l'organisation, 9 procès vont avoir lieu jusqu'à la fin de l'année, concernant 35 personnes.

Ce sont 46 garde-à-vue et 39 perquisitions qui ont été effectués à l'encontre des décrocheurs depuis leurs débuts. Évoquant ces moyens policiers et judiciaires mis en oeuvre, Jean-Marie se dit "effaré de voir que l'État met des moyens pour faire autre chose que protéger sa population". Contacté par téléphone, comme sa co-prévenue Anne-Sophie, le maraîcher indique d'ores et déjà que ses avocats plaideront la relaxe lors de l'audience du 28 mai.

Toutes les gardes-à vue se sont bien passées, les gendarmes savaient qu'ils perdaient leur temps puisque nous gardions le silenceAnne-Sophie

"Le maire de Jassans-Riottier a rapidement porté plainte après le décrochage du portrait", se remémore Anne-Sophie. Une dizaine de jours après leur action, elle reçoit, ainsi que trois autres personnes, une convocation de la gendarmerie pour une audition libre. Elle choisit de s'y rendre, mais refuse de rendre le portrait présidentiel et se retrouve placée en garde à vue. C'est également le cas de Jean-Marie, qui s'est rendu devant la gendarmerie pour soutenir les activistes, avant d'être reconnu par les gendarmes. Malgré ce qu'elle désigne comme un "zèle" policier et judiciaire, Anne-Sophie précise que "toutes les gardes-à vue se sont bien passées, les gendarmes savaient qu'ils perdaient leur temps puisque nous gardions le silence".

Soutenus par 80 personnalités

"Nous allons nous défendre en montrant que notre mode d'action est la désobéissance civile non-violente, dans un contexte d'urgence écologique", poursuit-elle. "Personne ne s'enorgueillit d'avoir dérobé le portrait de Macron, et ce n'est pas notre rêve d'être hors-la-loi", lance l'activiste. À quelques jours de l'audience, elle ne ressent "ni regret, ni fierté, juste la tristesse de devoir en arriver là".


Jean-Marie, pour sa part, ressent "un peu de stress" à l'approche du procès. Membre d'ANV-Cop21 depuis un an et demi, il avait participé à une actions de "nettoyage" de la Société Générale, sans suite judiciaire. "Si je prends une peine importante, la prochaine action de ce type ne sera pas pour moi", conclue le maraîcher, qui dit "faire ça pour les enfants".


Jeudi, 80 personnalités ont publié un texte de soutien aux décrocheurs, publié dans Reporterre. Signé par des personnalités politiques comme François Ruffin, Manon Aubry (France insoumise), le porte-parole d'EELV Julien Bayou, des figures des gilets jaunes comme François Boulo et Priscilla Ludosky, ou des universitaires, le texte appelle à atteindre les 125 décrochages de portraits, soit le nombre de jours qu’il a fallu à la France en 2019 pour dépasser son empreinte écologique.

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