L’écologie "punitive" est-elle vraiment punitive ?

L’écologie "punitive" est-elle vraiment punitive ?

ÉDITO - A l'argument climatique qui nécessiterait de changer nos habitudes est systématiquement opposé le refus "d'une écologie punitive". Mais, selon Fabrice Bonnifet, président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, diminuer nos besoins en énergie n'est pas une option. En revanche, on peut choisir de ne pas le subir.

Après avoir ignoré pendant des décennies l’évidence des effets délétères des activités humaines sur l’environnement, les réfractaires au bon sens commencent à reconnaître qu’il va falloir sérieusement penser à changer nos comportements, si on souhaite maintenir une économie viable dans un monde fini en ressources. On peut également ajouter maintenir la vie tout simplement. Alors OK pour changer mais à condition que…. rien ne change ! 

Pour cela, les très récents convertis à l’écologie sans contrainte, préconisent des engagements volontaires, des incitations positives, des subventions généreuses, bref que des mesures qui en réalité ne fonctionnent pas dans la durée. Et lorsqu’on leur suggère des mesures plus coercitives comme des, taxes, régulations, normes, quotas, interdictions… qui généralement se révèlent un peu plus efficaces, on a immédiatement droit à l’argument définitif du : "non à l’écologie punitive !".

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Il va falloir rapidement arrêter de rêver à Mars en SpaceX et revenir sur Terre à vélo. L’urgence climatique exige de diminuer nos émissions de CO2 d’au moins 6% par an jusqu’en 2050- Fabrice Bonnifet, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable

C’est vrai quoi, ça suffit les lobbies verts, ne touchez pas à notre sacro-sainte liberté d'entreprendre et de consommer, on doit bien pouvoir sauver la planète en continuant à faire comme avant, non ? Un SUV électrique à la place d’un SUV diesel, un champ d’éoliennes à la place d’une centrale au charbon, du bioéthanol de betterave tueur d’abeilles à la place de l’essence, de la croissance verte à la place de la croissance tout court, sans oublier bien sûr le futur avion à hydrogène à la place du ringard avion au kérosène…. Et hop le tour est joué, sans effort, sans douleur, sans renoncement, sans changement, bref : sans punition. Généralement, l’optimiste par nature, l’ignorant de la relation entre l’énergie et l’économie, le transhumaniste en mal de reconnaissance, le technophile invétéré, l'économiste de la vieille école et parfois, le politique, tous aiment à croire que l’économie verte va prolonger linéairement l’économie carbonée. C'est rassurant.

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Il va falloir rapidement arrêter de rêver à Mars en SpaceX et revenir sur Terre à vélo. L’urgence climatique exige de diminuer nos émissions de CO2 d’au moins 6% par an jusqu’en 2050. Au mieux la capacité d’amélioration globale de l’économie en matière d’efficacité énergétique par euro de PIB pourra atteindre 1,5% par an. En conséquence, agir réellement pour retarder l'emballement du climat signifie une contraction du PIB de 4,5% par an en moyenne, soit un demi Covid par an pendant 30 ans. Oups ! Et oui PIB = énergies fossiles, ces dernières composant plus de 80% du mix énergétique mondial ! On peut concevoir que certains aient du mal à comprendre cette évidence. On peut tricher avec tout sauf avec les lois physiques.

Se fixer des limites n'est pas incompatible avec notre confort de vie

Alors, faut-il subir ou faut-il agir ? Il reste l’option de choisir de continuer d’émettre toujours autant de CO2 et même toujours un peu plus pour soutenir la croissance verte, grise, bleue ou rose, mais alors les certitudes des opposants à l’écologie punitive s’arrêteront encore plus vite. Nous savons que ce n’est pas la déplétion inexorable des énergies fossiles qui permettra de préserver le climat : il en reste beaucoup trop. En revanche il ne reste pas suffisamment de pétrole liquide pour satisfaire la demande mondiale actuelle. Dans moins de 10 ans, l’Europe manquera de pétrole car les pays producteurs ne pourront plus fournir toute la planète. Si nous n’anticipons pas immédiatement cette raréfaction annoncée, la double "punition" du dérèglement climatique et des crises pétrolières à répétition, sera pour nos économies, et donc pour la vie quotidienne de millions de gens, bien plus sévère qu’une mise au régime consentie sur la base d’une sobriété expliquée, choisie, assumée et avantageusement régulée. 

Pour prendre la décision d’accompagner la frugalité en tout domaine, il faut du courage, de la lucidité et accepter de se former pour comprendre que l’économie est avant tout de l’énergie qui transforme des matières premières que l’on trouve dans la nature. Le danger ne provient pas de ce que nous ignorons, mais de notre entêtement à poursuivre ce que nous savons faux, comme si les effets de ce mensonge, parce qu'il est collectif, nous épargneront. Et il conviendra également d'établir un nouveau modèle de société qui promouvra la performance immatérielle et la qualité des relations humaines en symbiose avec le vivant, et dans lequel on acceptera enfin de se fixer des limites dans l'usage des ressources, ce qui n'est, en aucun cas incompatible, avec l’essentiel du confort matériel de notre époque. Prétendre que nous y arriverons sans nouvelle règle, c’est comme espérer stopper un virus mortifère en continuant de faire comme s’il n’était pas là !

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