La "circulation différenciée" a-t-elle vraiment un impact sur la pollution ?

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ENVIRONNEMENT - Après Paris et Lille mercredi 27 février, les villes de Lyon et Villeurbanne durcissent elles aussi leurs conditions de circulation jeudi et vendredi. Avec l'espoir de faire diminuer le taux de pollution. Mais la mise en place d'épisodes de circulation alternée ou différenciée a-t-elle vraiment un impact sur la qualité de l'air ?

Un air irrespirable et un nuage de pollution comme une chape de plomb au-dessus des villes de Paris, Lille ou Lyon. Pour essayer d'améliorer la qualité de leur air et contenir un épisode de pollution durable, ces derniers jours, ces villes ont toutes mis en place des restrictions de circulation. Dans la capitale, depuis la fin de semaine dernière, la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes et les voies rapides franciliennes a été réduite de 20 km/h et mercredi 27 février, les véhicules les plus polluants, non-classés ou présentant une vignette Crit'Air 4 et 5, ont été interdits de circulation à l'intérieur d'un périmètre délimité par l'A86. A Lille, toujours ce mercredi, les véhicules les plus polluants avaient également l'interdiction de circuler. Ce jeudi 28 février, c'est à Lyon et Villeurbanne que les véhicules antérieurs à 1997 ne pouvant pas bénéficier de vignette Crit'Air ont été interdits à la circulation - à l'exception de grands axes comme le boulevard périphérique et les voies autoroutières. Les deux villes reconduisent la mesure vendredi. 


Mais ces mesures sont-elles efficaces ? Selon Airparif, chargé de surveiller et mesurer la qualité de l'air en Ile-de-France, la mise en place de la circulation différenciée ce mercredi 27 février devait "entraîner une baisse de 12% des véhicules en circulation, ce qui correspond à une diminution des émissions" d'oxyde d'azote de 32%, ainsi qu'à une baisse des particules fines inférieures à 10 microns de 25% et des particules fines inférieures à 2,5 microns de 30%.


Ce sont les particules PM10 qui sont issues dans une large proportion du trafic routier, et dans une moindre proportion à la combustion du bois. 

Circulation alternée : bilan de mars 2014

Pour obtenir des résultats un peu plus précis, il faut se pencher sur une publication d'Airparif datant de mai 2014, dressant le bilan de l'épisode de pollution et de circulation alternée de mars 2014. Attention, nous parlons ici de circulation alternée et non pas différenciée, comme ce mercredi 27 février. La première permet aux voitures aux plaques paires de circuler en alternance avec les voitures aux plaques impaires, quand la seconde n'autorise que les véhicules bénéficiant de vignette Crit'Air 1, 2 et 3 à pénétrer dans le périmètre défini.


Selon cette note d'Airparif, l’instauration de la circulation entre le lundi 10 mars et le lundi 17 mars 2014 avait conduit à une baisse moyenne de trafic de 18% à Paris et de 13% en petite couronne. En moyenne sur la durée de la circulation alternée (5h30-24h) le lundi 17 mars, la mesure a contribué à la baisse de 15% des émissions liées au trafic routier en particules PM10 et de 20% des émissions d’oxydes d’azote. Le 17 mars, en situation éloignée des axes routiers, une amélioration de presque 2% de particules PM10 a pu être constatée. C’est à proximité des axes routiers, notamment du boulevard périphérique, que la circulation alternée a eu les meilleurs effets. Pour les particules PM10, la diminution induite par la mise en place de la mesure est estimée à plus de 6%. En ce qui concerne les émissions de dioxyde d’azote, les résultats sont encore plus importants, avec une baisse moyenne de 10% sur l’ensemble du périphérique. 


Sur la journée du 10 mars, Airparif a analysé un effet contrasté suivant les périodes de la journée. La baisse sur les émissions durant les heures de pointe du soir a été plus importante que pour celles du matin. Pour les particules PM10, la baisse des émissions est estimée à -3% sur les heures de pointe de matin et -19% sur celles du soir et -9% et -23% pour les émissions d’oxyde d’azote. 

Toutes les conditions météorologiques ne sont pas propices à la mise en place d’une telle mesure."Airparif

En conclusion de ces expériences de circulation alternée, Airparif écrit : "En fonction des conditions météorologiques et de la part des émissions liées au trafic routier, l’efficacité d’une circulation alternée est plus ou moins grande. Toutes les conditions météorologiques ne sont pas propices à la mise en place d’une telle mesure. Les meilleurs résultats peuvent être attendus lorsqu’il y a un anticyclone, peu de vent et une forte inversion de température. Ces conditions n’étaient pas complètement réunies lors de la journée du 17 mars. Malgré tout, une réelle diminution de l’exposition aux particules et une diminution encore plus forte de l’exposition au dioxyde d’azote liée à la mise en place de l’action a pu être relevée lors de cette journée." 


Plus loin, Airparif mettait en avant que la circulation alternée "ne permet pas de cibler de façon sélective les véhicules les plus polluants. De ce fait, des véhicules très émetteurs aux plaques impaires ont circulé ce jour et des véhicules moins émetteurs aux plaques pairs ont été interdits dans la zone". Mais à l'heure actuelle, difficile de savoir si la circulation différenciée a de meilleurs résultats.

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