La délocalisation de la COP25, une mission impossible pour Madrid ?

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CONTRE LA MONTRE - Après le renoncement du Chili en proie à des mouvements sociaux, c’est finalement l’Espagne qui accueillera la COP25 du 2 au 13 décembre prochain. Ce qui laisse à Madrid un mois seulement pour organiser un événement auquel participeront plus de 25.000 personnes. L'annonce d’un échec assuré ?

Comment préparer une réunion mondiale en à peine un mois ? La question est dans toutes les têtes, alors que plus de 25.000 délégués sont attendus à Madrid à partir du 2 décembre prochain à l’occasion de la COP25, la conférence mondiale sur le climat. Un pari que s’est lancé le gouvernement espagnol en prenant la relève du Chili, qui fait face depuis trois semaines à une importante crise sociale. Le 1e novembre, les Nations unies ont accédé à la proposition du gouvernement de Pedro Sanchez et lui ont confié la lourde responsabilité d’organiser l’événement, scruté par tous, en un temps record. La réunion annuelle se tiendra à la Feria de Madrid-IFEMA, un salon d'expositions situé à l'est de la ville, non loin de l'aéroport de Bajaras.

La question du lieu étant réglée, un défi logistique se pose maintenant pour l’Espagne. Et celui-ci est de taille. Une telle situation est un cas d’école puisqu’elle ne s’est jamais présentée en près de trente ans de conférences mondiales sur le climat.

Alors, comment concentrer deux ans de travail en une petite trentaine de jours ? "C’est totalement inédit", reconnait Lionel Bordeaux, qui fut le secrétaire général adjoint de la COP21 à Paris en 2015. "Une COP, c’est un événement de quinze jours qui reçoit des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres, mais aussi des ONG, des associations. Il faut mettre en place tous ces espaces de travail : des séances plénières, des espaces pour les délégations, un centre de presse, des restaurants. C’est une petite ville qui se construit pour quinze jours." 

43.000 chambres d'hôtels à Madrid en 2018

"Il y a des choses qui s’anticipent un peu, comme des demandes de badges et d’accréditations", poursuit Lionel Bordeau, qui se souvient avec clarté de la préparation pharaonique de la conférence de Paris. "Ici, l’anticipation est tellement réduite que les équipes d’Espagne et du Chili vont devoir être motivées parce que ça va être très difficile. Un détail tout simple : il faut loger tout le monde. Pour la COP21, les hôtels avaient été pré-réservés." 

La capacité d’accueil de dizaines de milliers de participants, de manière improvisée, est l’un des dossiers au cœur des préparations. La capitale dispose-t-elle de suffisamment d’infrastructures ? Il apparaît que la ville, très attractive, connaît des programmes de construction ou de rénovation importants à cette période de l'année. En mars 2018, Madrid dénombrait 43.000 chambres d’hôtels, selon Le Courrier d’Espagne, et 3 000 chambres devaient être créées d'ici les deux années suivantes.

"Tous les efforts nécessaires sont déployés"

Six jours après l’annonce surprise, le secrétariat des Nations unies a publié un communiqué dans lequel il lève quelques zones d’ombres et joue la carte de la sérénité. "L’ONU Changements climatiques et le gouvernement espagnol s’emploient actuellement à mettre au point un système pour assurer l’hébergement à tous les niveaux." Puis avance que "tous les efforts nécessaires sont déployés afin de permettre une large participation et de maintenir l’envergure des espaces d’exposition ainsi que la portée des événements, comme prévu". 

Madrid apporte ainsi un "soutien logistique" au gouvernement chilien qui se maintient à la présidence de la conférence des parties, avec la ministre de l’Environnement Carolina Schmidt. Santiago restant aux manettes, cela induirait qu’il appartient au pays de débourser les fonds nécessaires à l’organisation de la COP. Ce qui est loin d'être un détail au vu du budget alloué à ce genre d’événements. En 2015, la COP21 avait coûté 180 millions d’euros à la France.

Tout le monde a conscience que cela se fait dans des délais impossibles et incroyables. - Lionel Bordeaux, secrétaire général adjoint de la COP21

La sécurité étant la pierre angulaire d’un tel événement, l’Espagne va devoir également mobiliser en urgence ses forces de l’ordre et adopter une stratégie d’ici le 2 décembre. À Paris en 2015, 150 chefs d’Etat avaient fait le déplacement, ce qui avait donné lieu "à énormément de réunions de sécurité en amont", éclaire Lionel Bordeaux. Avec de nouvelles élections législatives prévues le 10 novembre, Madrid a pourtant autre chose à penser. 

Selon l’ancien secrétaire général adjoint de la COP21, la configuration actuelle pourrait toutefois déboucher sur une certaine spontanéité : "Tout le monde a conscience que cela se fait dans des délais impossibles et incroyables. Madrid a plutôt intérêt à se dire : 'on va casser les codes classiques parce qu’on n’a pas pu la préparer comme d’habitude.' Et cela peut provoquer quelque chose de sympathique et de riche." Avant d’ajouter, optimiste : "Je ne dirais pas que c’est impossible à réaliser. Une COP reste un espace de travail avec un ordre du jour, un déroulé de la conférence arrêté depuis longtemps et qui ne va pas changer."

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