La pollution de l'air cause-t-elle vraiment 6600 morts chaque année à Paris et en petite couronne ?

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A LA LOUPE - Lors d'un meeting de campagne, Benjamin Griveaux a assuré que 6600 personnes mourraient chaque année à Paris et dans les villes alentours en raison de la pollution de l'air. Un nombre régulièrement repris par les femmes et hommes politiques de tous bords. Sur quoi repose cette donnée ? Explications.

Entouré d'une dizaine de membres du gouvernement, Benjamin Griveaux a mené lundi 27 janvier son premier meeting d'envergure pour la campagne des municipales. Au théâtre Bobino, le candidat a exposé son projet pour la ville de Paris. Parmi ses combats revendiqués : l'amélioration de la qualité de l'air. 

"Je veux que la Ville prenne soin de nos enfants. Elle ne le fait pas, en tous cas pas suffisamment, à commencer par la qualité de l’air que respirent nos enfants, a-t-il scandé face à ses militants. 6600 personnes meurent chaque année à Paris et dans les villes limitrophes de maladies respiratoires. C’est deux fois plus que le nombre de tués sur les routes de France." Un chiffre impressionnant, et un argument coup de poing qu'il avait déjà avancé par le passé.

En mai dernier, il regrettait qu'"à Paris et en petite couronne, nous fabriquons des handicapés respiratoires à vie ! Chaque année, 6600 décès prématurés sont dus à la pollution, c’est deux fois plus que les morts sur la route", disait-il déjà. 

L'ancien ministre n'est pas le seul homme politique à brandir cette surmortalité. "A l’échelle de la métropole du Grand Paris, ce sont 6600 décès qui sont dus à la pollution de l'air", indiquait en juillet 2016 Anne Hidalgo. Dans un article sur le site de la Ville, sont évoqués : "environ 2500 décès chaque année" à Paris et 6600 décès "à l’échelle de la Métropole".

Mais d'où vient cette donnée ?  Dans une interview accordée à viàGrandParis, la télévision locale d'Ile-de-France, Patrick Ollier, le président de la Métropole du Grand Paris, explique que ces 6600 décès sont tirés d'une étude menée par l’Observatoire régional de santé (ORS).

Contacté par LCI, l'observatoire nous renvoie vers une étude d'impact de l'exposition chronique à la pollution sur la mortalité en France, datant de juin 2016 et réalisé en partenariat avec Santé publique France. Des éléments y ont été compilés pour chaque région. "Pour la première fois, Santé publique France estime avec l’ORS Île-de-France, l’impact de l’exposition chronique aux particules fines (PM2,5) sur la mortalité et propose des données régionalisées", expliquent les chercheurs. Contrairement à ce qui a pu être avancé par M. Griveaux, cette mortalité n'est pas uniquement liée aux maladies respiratoires, car la pollution agit également au niveau cardiovasculaire.

De 7000 à 10.000 morts en Ile-de-France

Malheureusement pour nous, les chiffres avancées dans cette étude restent au niveau de la région, aucun détail n'est donné pour Paris et sa petite couronne. Que nous disent-ils ? Différents scénarios sont avancés. "Dans un scénario sans pollution atmosphérique où la qualité de l’air en France continentale serait identique à celle de ces communes les moins polluées (5 µg/m3), plus de 48.000 décès seraient évités chaque année en France dont plus de 10.200 en Ile-de-France. Ceci représenterait une baisse de 9% de la mortalité en France et 15% dans la région."

Cette situation reste difficilement tenable à l'heure actuelle dans la région parisienne, comme le reconnaissent les chercheurs : "l’atteinte en tout point du territoire français d’une qualité de l’air équivalente à celle observée sur les sommets montagneux semble peu réaliste". Ils nous proposent donc un autre scénario : si toutes les communes réussissaient à atteindre les niveaux de PM2,5 observés dans les 5% des communes les moins polluées de la même classe d’observation (en matière de type d’urbanisation et de taille), "ce serait 7000 décès qui seraient évités chaque année" en Ile-de-France.  Les PM2,5 sont des particules fines dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres. "Ceci représenterait un gain moyen de onze à treize mois d’espérance de vie à 30 ans selon la typologie de la commune (rurale, moyenne, grande)", poursuit l'étude.

De 1700 à 6600 morts à Paris et sa petite couronne

7000 décès prématurés, un chiffre assez proche de nos 6600 morts de la pollution atmosphérique. Les données régionales ont-elles été reprises pour le compte du Grand Paris ? Le détail de l'étude d'impact de l'exposition chronique aux particules fines nous livre la réponse. 

Les données détaillées de chaque région y sont indiquées, pour chacun des scénarios identifiés. Ainsi, à Paris, dans le cas d'une absence de pollution anthropique, 2241 décès seraient évités à Paris, comme le dévoile le tableau ci-dessus. Si les arrondissements avaient des concentrations similaires à celles des communes de taille équivalente les moins polluées, on compterait 1739 morts de moins. Le nombre de décès évités serait de 1604 si l'on suivait les recommandations de l'OMS, c'est-à-dire si les niveaux de PM2,5 ne dépassaient pas 10µg/m3. Enfin, en suivant celle du Grenelle de l'environnement (PM2,5 inférieurs à 15µg/m3), 723 morts seraient évités.

Pour obtenir les données de la petite couronne, on cumule les données de la capitale, des Hauts-de-Seine (92), de la Seine-Saint-Denis (93) et du Val-de-Marne (94). Sans pollution anthropique, on arrive à 6607 décès évités (2441 + 1157 + 1324 + 1285). Plus réaliste, nous atteindrions 4614 décès dans le scénario d'une pollution atmosphérique équivalente à celle des communes les moins polluées de France, 4230 en suivant la valeur guide de l'OMS et 1728 en suivant celle du Grenelle de l'environnement.

La métropole du Grand Paris et ses 7 millions d'habitants couvre un territoire quasi équivalent : à la petite couronne s'ajoutent 7 communes de l'Essonne et du Val d'Oise.

En clair, une étude sérieuse démontre bien que la pollution atmosphérique, et plus précisément les particules fines PM2.5, causent 6600 morts prématurées chaque année à Paris et ses départements limitrophes. Les chercheurs reconnaissent toutefois qu'il est difficilement envisageable de limiter toute émission de particule. Des scénarios plus réalistes estiment donc le nombre de décès prématurés entre 1720 et 4600.

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