Le glyphosate "moins cancérogène que la charcuterie" : la mise au point de Cédric Villani

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Le scandale du glyphosate

ENTRETIEN - Le député LaRem, vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, répond sur LCI à la controverse sur le rapport parlementaire consacré au glyphosate, censé paraître jeudi 16 mai. Alors que l'un de ses co-rapporteurs affirme que l'herbicide est "moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge", Cédric Villani dénonce une "faute" qui brouille le débat.

Il a décidé de monter au créneau. Le député LaRem Cédric Villani, également premier vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), a répondu aux questions de LCI sur la controverse naissante concernant un rapport parlementaire consacré au glyphosate à paraître. Tout en défendant ce rapport, il revient sur les polémiques à répétition sur l'herbicide le plus connu du monde, et sur l'avenir des phytosanitaires.

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Ce rapport d'information parlementaire, dont la publication est prévue le jeudi 16 mai, ne livre pas, selon l'AFP, de "conclusions sur le caractère cancérigène ou non du fameux herbicide, mais dresse un état des lieux du travail des agences d'évaluation sanitaire en France et en Europe". Sauf que l'un de ses co-auteurs, le sénateur UDI Pierre Médevielle, a affirmé lundi 13 mai que le glyphosate était "moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge qui ne sont pas interdites". Pour Cédric Villani, il s'agit d'une "faute sur la forme et sur le fond, car le rapport ne porte pas sur le glyphosate mais sur les agences d'évaluation". 

LCI : À quoi sert ce rapport ?

Cédric Villani : Le but de ce rapport, c'est d'évaluer les processus sanitaires. En d'autres termes, il s'agit d'évaluer l'évaluation du glyphosate, et d'en expliquer toute la complexité, afin de faire des préconisations pour améliorer l'ensemble du processus, en termes de transparence, de ressources humaines, de communication et de lien de confiance.

Ça veut dire expliquer que les différentes études sur le glyphosate ne parlent pas forcément de la même chose ?

Exactement. Certaines agence font une évaluation du principe actif, d'autres examinent les effets cocktails (analyse des effets du principe actif mélangé à d'autres produits, ndlr). Dans certains cas, il s'agit d'études épidémiologiques, dans d'autres non. Il y a des études différentes et des fonctionnements d'agences différents. Sur le glyphosate, le plus satisfaisant est d'avoir une étude épidémiologique, mais effectuer une telle étude sur les consommateurs est d'une extrême complexité. S'il s'agit d'agriculteurs, avoir des cohortes fiables et les suivre sur la durée est extraordinairement dur. Et c'est très coûteux. Ce travail de pédagogie est un élément important du rapport.

Ce rapport est un vrai travail transpartisan, dont le panel permet d'éviter les accusations de proximité avec le pouvoir- Cédric Villani

Le rapport fait-il aussi de la pédagogie sur la différence entre la notion de "danger" et la notion de "risque", qui est importante pour débattre du glyphosate ?

Le début du rapport est consacré à cela, en expliquant que le risque lié à un produit dépend à la fois de sa dangerosité et de l'exposition à ce produit.

Comment garantir l'honnêteté du travail des rapporteurs ?

Ce rapport est un vrai travail transpartisan, dont le panel permet d'éviter les accusations de proximité avec le pouvoir. Parmi les quatre rapporteurs qui ont travaillé dessus, il y a deux députés LaRem et MoDem, et deux sénateurs UDI et PCF. C'est d'ailleurs inhabituel d'avoir autant de rapporteurs. Malheureusement, l'un d'entre eux est sorti du bois, alors que les trois autres sont restés prudents, ce qui amène une grande confusion.

L'enjeu est de sortir des phytosanitaires en général, pas seulement du glyphosate- Cédric Villani

Pourquoi pensez-vous que les propos du sénateur Pierre Médevielle sont regrettables ?

Il semble qu'il a été plus convaincu par certaines études sur le glyphosate que par d'autres. Il s'est rangé à une opinion, partagée par certains scientifiques, qui est celle que le glyphosate n'a pas de dangerosité. Mais d'autres estiment que cette dangerosité existe. Enfin, certains rappellent, comme moi, qu'un produit phytosanitaire, quel qu'il soit, est dangereux, car il est fait pour tuer, et que l'enjeu est de sortir des phytosanitaires en général, pas seulement du glyphosate. C'est une opinion personnelle, pas celle de l'OPECST.

Pensez-vous, malgré cette récente controverse, que le rapport va permettre d'apaiser le débat sur le glyphosate ?

Sur d'autres sujets, oui, j'espère. Mais le glyphosate est un sujet tellement marqué par les polémiques qu'on ne peut plus avoir de débat apaisé dessus. Je pense cependant que ce débat est derrière nous et qu'il faut s'en tenir à ce qu'on a dit sur la sortie du glyphosate. Mais l'enjeu qui est devant nous, c'est celui de la sortie des phytosanitaires. C'est ma conviction.

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