"Le Haut-Conseil pour le Climat n’est pas une réponse aux Gilets jaunes d’aujourd’hui"

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INTERVIEW – Emmanuel Macron a annoncé ce mardi la mise en place d’un Haut-Conseil pour le Climat chargé d’évaluer les mesures de l’exécutif en faveur de la transition écologique et énergétique. Benoit Leguet, l’un des 13 experts choisis, nous explique en détail quelles seront ses missions précises.

Pour permettre à la France d'amorcer au mieux la transition écologique et énergétique, Emmanuel Macron a souhaité créer un Haut-Conseil pour le Climat, composé d'économistes, de climatologues ou encore d'ingénieurs. Les 13 experts qui le composent devront évaluer la soutenabilité économique, sociale et environnementale des mesures prises par le gouvernement.


A l'heure où les effets du dérèglement climatiques n'ont jamais été aussi dévastateurs pour la planète, certains saluent la mise en place de ce Haut-Conseil. D'autres, en revanche, dénoncent un comité "Théodule". Alors pour comprendre l'objectif et les missions de cette nouvelle instance, LCI.fr a interrogé l'un de ses membres, Benoit Leguet, directeur général d’I4CE – Institute for Climate Economics.

LCI.fr : Quelles sont les missions de ce Haut-Conseil pour le Climat ?

Benoit Leguet, directeur de I4CE : Je comprends que nous serons l’équivalent du Committee on Climate Change britannique, créé en 2008. De mon point de vue, notre principale mission sera donc contribuer à faire émerger des politiques qui soient cohérentes et pertinentes au regard de l’objectif poursuivi, et justes. Le Haut-Conseil sera également chargé de donner des avis sur la trajectoire de baisse des émissions de CO2. Je précise qu’il a vocation à être durable, indépendamment des personnes qui le composent. Enfin, et c'est le plus important, ce sera un comité indépendant. Ce sera donc tout sauf un comité Théodule.

Faut-il également y voir une réponse à la crise politique provoquée par le mouvement des Gilets jaunes ?

Pas du tout, ce n’est ni l’objet, ni le but de ce comité. A travers lui, je comprends que l’exécutif veut mettre en place une institution ancrée dans la République et chargée d’évaluer de manière totalement indépendante les politiques publiques en termes de transition énergétique. Ce comité n’a donc pas vocation à apporter les réponses de court-terme aux revendications des Gilets jaunes. Nous sommes là pour réfléchir sur le temps long.

 Néanmoins, n’y-a-t-il pas un mauvais timing en annonçant sa création en pleine crise des Gilets jaunes ?

Je le répète, le Haut-Conseil pour le Climat n’est pas une réponse aux Gilets jaunes. Ceci dit, ce mouvement nous apprend deux choses fondamentales : la société a un désir de visibilité et de sécurité. Or, les Français manquent de visibilité et se demandent quel est le projet de société proposé. Et ils manquent de sécurité, c’est-à-dire qu’ils ont la crainte de ne pas être accompagnés dans ce nouveau projet.


Donc d’une certaine manière, même si ce Haut-Conseil n’est pas une réponse aux Gilets jaunes d’aujourd’hui, c’est peut-être une manière d’éviter de nouveaux Gilets jaunes demain. Cela n’enlève pas une épine du pied à l’exécutif aujourd’hui mais cela donne à la République un outil pour faire en sorte que la transition énergétique se passe du mieux possible. Dans les années qui viennent, un certain nombre de questions légitimes se poseront. C’est donc mieux d’essayer d’anticiper ces questions plutôt que d’être obligé d’y répondre dans l’urgence.

L’idée de créer d’un tel comité est-elle récente ?

Non, cette idée traîne dans les cartons depuis déjà un certain nombre d’années. Les échanges entre certains experts de ce Haut-Conseil et l’exécutif remontent à plusieurs mois. 

Comment comptez-vous concilier vos activités professionnelles actuelles (qui sont nombreuses) et cette nouvelle responsabilité ? 

Je ne peux pas répondre pour les autres mais en ce qui me concerne, c’est déjà un peu mon travail au quotidien. Chez I4CE, l’un de mes objectifs est d’alimenter le débat public pour permettre à la société de débattre sereinement de la transition énergétique. Le Haut-Conseil pour le Climat pourrait j’imagine se saisir de certains sujets sur lesquels I4CE travaille. 

Quelle est la différence entre ce Haut-Conseil pour le Climat et le Conseil national pour la Transition écologique ?

La composition n’est pas la même. Le choix fait par le gouvernement aujourd’hui, c’est de prendre des experts indépendants. Le CNTE, lui, a une vocation plus "grenellienne", avec des élus, des ONG, etc. Il a un devoir de représentation et l’ambition de regrouper toutes les forces vives de la Nation. Mais j’espère qu’il y aura un dialogue entre ces deux instances.

Avez-vous la crainte d’être instrumentalisé par ce gouvernement ? 

Il va falloir regarder la gouvernance de cette institution. On nous présente comme une commission composée d’experts indépendants chargés de donner des avis. J’en déduis donc que nous aurons carte blanche pour formuler des recommandations, dès lors qu’elles sont "clean" sur le plan de la méthode scientifique. 


Mais c’est un risque à prendre car l’autre risque, c’est celui de ne pas penser la transition énergétique. Aujourd’hui, on ne la présente pas assez comme un modèle de société. Or, il est indispensable d’avoir une longueur d’avance sur les problématiques futures et aider les pouvoirs publics, mais au-delà, l’ensemble de la société, à avoir la hauteur de vue nécessaire pour dessiner un avenir commun.

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