Le jus d'orange, bientôt une denrée rare ?

Photo d'illustration d'un verre de jus d'orange.
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PARASITES - Les oranges risquent de devenir bientôt une denrée rare. Depuis plusieurs années, une bactérie décime les cultures d'agrumes tout autour du globe, entraînant une chute de production importante. Si la région méditerranéenne - qui compte les plus gros producteurs européens - est encore indemne, le vent pourrait bien venir à tourner, notamment en raison du réchauffement climatique.

Votre petit verre de jus d'orange du matin pourrait bientôt vous coûter très cher. Depuis plusieurs années, les agrumes du monde entier sont menacés par une maladie dévastatrice : le huanglongbing ou "la maladie du dragon jaune". Originaire de Chine, elle est causée par différentes espèces de la bactérie Candidatus Liberibacter spp. transmises aux cultures d’agrumes par deux insectes vecteurs, des Diaphorina citri et des Trioza erytreae, les deux de la famille des psylles. Une fois contaminés, les fruits deviennent amers et tombent prématurément de l'arbre.

De nombreux pays producteurs ont déjà été touchés, à l'image de Cuba, du Mexique, de la Martinique, de la Réunion, ou encore des États-Unis. La Floride, deuxième région productrice mondiale d'oranges à jus, fait ainsi face à une crise sans précédent. Alors que la période de la récolte des oranges approche, le Washington Post rapporte que 90% de ses cultures sont touchées par le huanglongbing, apparue pour la première fois dans l'État en 2005. La production a ainsi décliné de 75% en 2018, débouchant sur la plus faible récolte depuis la Seconde Guerre Mondiale. Découragés par la situation, des milliers d'agriculteurs ont déjà baissé les bras, abandonnant leurs vergers. Les deux-tiers des usines à jus de la région ont de leur côté fermé, minées par le manque d'activité. Alors qu'aucune mesure ne s'est à ce jour montrée efficace pour éradiquer la maladie, la menace n'est pas prête de s'éteindre. Et ce d'autant que les températures vont crescendo en raison du réchauffement climatique.

Le nombre de régions concernées appelé à augmenter en raison du réchauffement climatique

Selon une étude menée par une équipe internationale de chercheurs parue en juillet dans le Journal of Applied Ecology, la bactérie peut se développer si les températures sont comprises entre 16 et 33 degrés Celsius, avec un pic de transmission aux alentours de 25 degrés. Or, en raison du changement climatique qui s'opère, de plus en plus de régions du monde sont amenées à être concernées par ces températures dans les prochaines décennies. Une carte des zones à risques établie en fonction du nombre de mois dans l'année pendant lesquels des températures favorisant une contamination sont observées, a été réalisée par les chercheurs. Elle permet non seulement d'évaluer le risque présent, mais également de "prédire de nouvelles zones de transmission du Huanglongbing dans différents scénarios de changement climatique".

Encore absente de la région méditerranéenne, qui compte les plus gros producteurs européens d'oranges (Espagne, Italie et Grèce), la maladie pourrait néanmoins rapidement faire son apparition. Selon des experts du MedEcc, un réseau de plus de 600 scientifiques des pays méditerranéens, ces derniers sont particulièrement touchés par le changement climatique avec une augmentation des températures supérieure à la moyenne. Dans un rapport présenté le 10 octobre à Barcelone, durant une réunion de l'Union pour la Méditerranée, ils affirment que l'augmentation de la température dans le bassin méditerranéen a déjà atteint 1,5 °C par rapport aux niveaux pré-industriels, pour une moyenne mondiale de 1,1 °C. En 2040, elle pourrait atteindre 2,2 °C, et 3,8 °C à la fin du siècle dans certaines parties du bassin méditerranéen.

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Les inquiétudes des autorités sanitaires françaises

La menace du huanglongbing est d'ailleurs prise très au sérieux par les autorités sanitaires françaises. En juillet dernier, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement et travail (Anses) a publié un avis sur le sujet. Elle y rapporte avoir mené "une analyse de risque pour la zone de l’Union européenne et conclut à un risque élevé en cas d’introduction de la bactérie responsable de cette maladie" en raison du "climat favorable", du "potentiel adaptatif des bactéries", ou encore de la "capacité d’établissement des insectes vecteurs en dehors de leur zone d’origine".

Elle rappelle donc l’importance "de veiller au strict respect de la réglementation en matière d’importation de végétaux pour empêcher l’introduction et la propagation de la maladie". Elle recommande également "de renforcer la surveillance afin de pouvoir détecter rapidement son éventuelle apparition" et "de développer les stratégies de lutte biologique notamment contre les insectes vecteurs ou via des variétés de végétaux résistantes". Au Portugal et en Espagne, l'un des deux insectes vecteurs de la maladie, Trioza erytreae, a d’ores et déjà été repéré.

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