Le trafic fluvial en hausse en France : une bonne nouvelle pour l'environnement ?

Image d'illustration d'une péniche transportant des matériaux de BTP.
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VIRAGE - Longtemps délaissé au profit du routier et du ferroviaire, le trafic fluvial de marchandises revient en force. Sur les neuf premiers mois de l'année 2019, il enregistre une hausse de 10%. Un atout non négligeable pour l'environnement, nous explique Thierry Guimbaud, directeur général de Voies navigables de France (VNF).

La semaine dernière, Haropa Port, établissement public portuaire unique de la Seine, annonçait en grande pompe une croissance à deux chiffres pour le trafic fluvial de conteneurs en Île-de-France. A la fin octobre, la hausse se chiffrait à 21 % par rapport à la même époque l’année dernière. Au niveau national, le trafic fluvial, tous secteurs confondus, a connu une hausse de 10% sur la même période.

Mais ce défilé grandissant de péniches sur nos axes fluviaux est-il vraiment une bonne nouvelle pour l'environnement ? N'est-ce finalement pas qu'une source de pollution en plus ? Nous avons posé la question à Thierry Guimbaud, directeur général de Voies navigables de France (VNF).

Une péniche de gros gabarit chargée, l'équivalent de 250 camions

"Les plus gros convois fluviaux peuvent transporter jusqu’à 4500 tonnes. C’est l’équivalent de quatre trains totalement chargés ou de 250 camions", explique notre interlocuteur. En transportant, en 2018, 51,7 millions de tonnes, les bateaux ont ainsi évité la circulation de près de 50.000 trains de marchandise ou de 2,9 millions de camions. "Certes, ces péniches fonctionnent avec des moteurs thermiques, ce qui est polluant. Mais rapportée à la tonne transportée, la pollution est en moyenne quatre fois inférieure à celle émise par le trafic routier."

La pollution aux particules fines, entre autres émise par les plaquettes de frein ou encore par le frottement des roues des trains sur les rails, est d'autre part presque nulle via ce moyen de transport. Autre avantage, enfin : la sous-utilisation du réseau fluvial. "Alors que les réseaux routiers et ferroviaires arrivent à saturation, nous utilisons actuellement les infrastructures fluviales à environ un quart de leurs capacités." Aucun embouteillage en vue, donc, sur les 4773 kilomètres de réseau navigable français, dont 2200 kilomètres réservés aux grands gabarits (jusqu'à 4500 tonnes). "Le fluvial reste néanmoins un moyen de transport lent. Mais pour un logisticien, ce n’est pas la vitesse qui compte, c'est la fiabilité du délai de livraison initialement prévu." 

Vers un "verdissement" du secteur

Malgré tout désireux d'améliorer encore leur empreinte environnementale, les acteurs du secteur se sont réunis, en mai dernier, lors d'un colloque national baptisé "Le transport fluvial à l’heure de la transition énergétique". Cet événement, qui réunissait transporteurs, chargeurs, gestionnaires d'infrastructures, acteurs portuaires, fournisseurs et équipementiers, a donné lieu à une série d'annonces. Parmi elles : l'arrivée, à partir de septembre prochain, d’un nouveau concept de bateau entrepôt recourant à une motorisation hybride. Doté de deux propulseurs électriques, alimentés par un groupe électrogène et une combinaison de batteries, il sera destiné à amener au plus proche des clients les colis qui leurs sont destinés.

A partir de juin prochain, les bateaux de la flotte Sodexo, qui possède Batobus, Bateaux Parisiens et Yachts de Paris, circuleront d'autre part progressivement au Gas to Liquid (GTL). "Il s'agit, certes, de carburants fossiles, mais moins polluants que le gazole classique", note Thierry Guimbaud, ajoutant que VNF a également participé au financement de bornes électriques implantées sur les quais. "Quand une péniche est en station, il faut qu’elle maintienne son alimentation électrique, ce qui l'oblige, s’il n’y a pas de système d'alimentation à quai, à garder son moteur en marche. Cela a un impact écologiquement très pénalisant."

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Des investissements importants pour "verdir" le secteur

Afin d'aider les exploitants de bateaux de transport de marchandises à adapter leur flotte fluviale aux exigences environnementales (économies d’énergie, motorisations plus écologiques,etc.), l'Etat, la région Île-de-France, la région PACA et l'ADEME ont prévu d'investir plus de 10 millions d’euros d’ici 2022 dans un Plan d’Aide à la Modernisation et à l’Innovation (PAMI). VNF, qui a mis en place et qui gère ce plan, s'est de son côté engagé à hauteur de 12,5 millions d'euros. "Pour un constructeur de bateau, il n’y a pas un espoir de retour sur investissement aussi important que pour un constructeur de camions. C’est pourquoi nous soutenons les projets innovants", assure Thierry Guimbaud. "Longtemps, le fluvial a eu une image 'has been'. Il prend maintenant un nouveau virage." Déjà exploité pour évacuer les déblais et approvisionner les chantiers du Grand Paris, le secteur est aussi au cœur de la logistique des projets prévus pour les Jeux Olympiques 2024.

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