Les chutes Victoria sont-elles vraiment à sec ?

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À LA LOUPE – D'après un reportage de Skynews, les chutes d'eau de Victoria en Afrique serait à sec. Mais les personnes habitant sur place dénoncent une 'fake news'. À La Loupe a souhaité vérifier.

Les légendaires chutes d'eau Victoria entre la Zambie et le Zimbabwe sont-elles devenues un mince filet d'eau ? C'est en tout cas ce que laisse entendre un reportage de la chaîne britannique  Skynews. Mais depuis sa mise en ligne le 3 décembre, de nombreux internautes dénoncent une vision trompeuse de la réalité et accompagnent leurs photos des chutes avec le hashtag #VicFallsisnotdry, comprenez "les chutes Victoria ne sont pas à sec". 

Les images sont-elles trompeuses ?

Les images et le commentaire d'Alex Crawford, correspondante pour Skynews sont impressionnantes. "L'énorme gouffre qui sépare la Zambie et le Zimbabwe est en train de s'effriter par endroits et les niveaux d'eau ont atteint leur plus bas niveau en 25 ans." La journaliste survole en ULM les chutes Victoria et annonce leur disparition prochaine, Skynews et d'autres médias comme The Telegraph ou l'agence Reuters titrent d'ailleurs sur ce thème. 

Classées au patrimoine de l'UNESCO, les chutes Victoria s'étendent 1.700 mètres de largeur et jusqu'à 108 mètres de hauteur. Le fleuve Zambèze se jette dans un rift, ce qui provoque ce spectacle naturel impressionnant. Mais de nombreuses personnes sur place s'étonnent du ton d'Alex Crawford et partagent, notamment sur Twitter, des photos d'eux à côté de la cascade qui est loin d'être à sec. 

Skynews aurait-il délibérément choisi un mauvais angle de vue ? C'est en tout cas l'avis de Tony Peel, guide local contacté par LCI. "Si la journaliste avait été honnête, elle aurait du montrer aussi la partie zimbabwéenne et aurait vu beaucoup d'eau, mais bien sûr, cela aurait gâché son histoire et aurait eu un impact moins dramatique." Quant aux images vues depuis les airs, "l'angle est pris du côté zambien en regardant principalement la paroi de roche sèche. L'angle de la caméra est utilisé pour aggraver la situation." 

Alex Crawford, la journaliste de Skynews dont le travail est remis en cause se défend auprès de LCI. "Comme vous pouvez le voir sur les images sur vol avec l'ULM, il y a bien une partie des chutes qui gronde. Les personnes qui tweetent #VicFallsisnotdry sont placées à cet endroit là. La gorge sèche que vous pouvez voir est la zone où le fleuve Zambèze coule habituellement pour former ce qui est le plus long rideau d'eau tombant du monde."

Les eaux sont-elles à sec ?

 Alex Crawford tient à nous préciser qu'à aucun moment son reportage "ne prétend que certaines parties des chutes ne s'assèchent pas pendant une partie de l'année, mais 2019 est une année exceptionnellement sec."  Tony Peel ne nie non plus les effets du changement climatique. Sauf qu'il considère que les images - certainement tournées en novembre - ne reflètent pas du tout la réalité. Alors quelle est la situation sur place ? Nous pouvons nous appuyer sur la station de relevés hydrométriques du Zambèze des chutes Victoria

Comme on peut le voir sur ces graphiques, le niveau du Zambèze qui alimente les chutes Victoria est toujours très bas durant les mois de septembre, octobre et novembre. Puis, le niveau du fleuve monte à partir du mois de décembre jusqu'à atteindre sa pleine puissance en avril et mai. Les photos de l'article de Skynews qui comparent la cascade durant l'été et aujourd'hui n'ont pas de sens et peuvent apparaître comme trompeuses. Le niveau très bas de l'été 2019 ne laisse rien présager de l'état des eaux durant les prochains mois. 

Shelley Cox, également guide sur place, a posté de nombreuses photos de la cascade depuis la diffusion du reportage polémique. Elle conteste également l'alarmisme de Skynews

Les touristes appellent pour annuler leur visite

Auprès de LCI, Tony Peel s'inquiète pour l'avenir de son activité. "Nous sommes bombardés d'appel par des clients qui veulent maintenant annuler leurs vacances et d’autres qui pensaient venir mais changent de destination." Le guide juge "complètement irresponsable de dramatiser et de faire du sensationnalisme dans le seul but de vendre l'histoire. Alex Crawford a considérablement affecté le tourisme dans la région, non seulement pour cette saison, mais probablement aussi pour 2020. Elle devrait s'excuser pour avoir déformé une vérité qui a eu des répercussions sur des centaines de personnes." 

De son côté, Alex Crawford se défend. "Pourquoi dire que c'est faux ? Peut-être parce que les chutes plus minces ont entraîné une baisse des touristes. Le taux d'occupation des hôtels n'atteignait que 40% du côté zambien lorsque nous y étions. Les pluies viendront comme elles le font chaque année, mais tenter de nier ce qui arrive à la nature pourrait constituer une déformation de la vérité, pourrait-on dire." 

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