Les grands patrons s'engagent à planter "1.000 milliards d’arbres" : sans réduction des émissions de CO2, "ce n'est pas crédible"

Les grands patrons s'engagent à planter "1.000 milliards d’arbres" : sans réduction des émissions de CO2, "ce n'est pas crédible"
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GREEN WASHING ? - Pour agir ou simplement se donner bonne conscience, de nombreux chefs d'entreprises et politiques, présents au Forum économique mondial de Davos, ont cette année annoncé leur volonté de participer à la campagne "1.000 milliards d'arbres", et donc de planter des arbres. LCI vous en dit plus sur cette initiative.

Il s'agit de la nouvelle tendance du moment. Réunis au Forum économique mondial (WEF) de Davos, les grands patrons et responsables politiques du monde entier ont pour beaucoup fait la promesse de planter des arbres pour lutter contre le changement climatique. Même Donald Trump, grand climatosceptique, a fait connaître sa volonté de rejoindre l'initiative "1.000 milliards d'arbres" (à planter ou à sauver) soutenue par les organisateurs du WEF. "En faisant cela, nous continuerons à faire preuve d'un leadership fort dans la restauration, la croissance et la meilleure gestion de nos arbres et de nos forêts", a déclaré celui qui suggérait l'année dernière que les incendies dévastateurs en Californie auraient pu être évités en ratissant les sols forestiers.

Qui se cache derrière la campagne "1.000 milliards d'arbres" ? Est-elle vraiment une solution crédible face au changement climatique ? LCI vous en dit plus sur ce programme.

Un projet vieux de 13 ans

Le projet "1.000 milliards d'arbres" a été lancé en 2007 par le Programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP),  l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'ONG Plant for the Planet, qui se bat pour éduquer les consciences au changement climatique et qui œuvre à la plantation d'arbres. Inspirée par la campagne "Un milliard d'arbres" lancée en 2007 par Wangari Maathai, prix Nobel de la paix en 2004 et activiste des droits de l’homme et de la protection de l’environnement, le programme "1.000 milliards d'arbres" vise, comme son nom l'indique, à planter un billion d'arbres sur Terre d'ici 2030.

"Trois billions d'arbres vivent actuellement dans le monde. La planète a assez d'espèces pour abriter jusqu'à 600 billions d'arbres adultes sans entrer en compétition avec les terres agricoles", présente sur son site la campagne "1.000 milliards d'arbres". "Pour restaurer ces arbres, nous devons planter au moins un billion d'arbres, puisque certains vont mourir. Nous devons en plus protéger les 170 milliards d'arbres qui risquent une destruction imminente." Les arbres constituent en effet un puits de carbone indispensable à notre survie. Selon une étude de chercheurs à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) parue l'année dernière dans Science, le climat pourrait être régulé par une restauration massive des forêts dans le monde, et plus exactement par la plantation de 1200 milliards d'arbres.

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Déjà près de 14 milliards d'arbres déclarés plantés dans le monde

Le projet a rapidement pris de l'ampleur avec la participation de nombreux partenaires. Ainsi, alors que l'objectif initial de planter un milliard d'arbres en 2007 était dépassé en seulement cinq mois, près de 2,38 milliards d'arbres avaient été promis à la plantation et plus de 1,8 milliard déjà en terre fin janvier 2008. Selon un compteur mis en place, 13,6 milliards d'arbres ont déjà été plantés dans 193 pays.

Parmi les plus gros acteurs de cette initiative figure la Chine, qui déclare avoir planté près de 2,5 milliards d'arbre, suivie de l'Inde (2,1 milliards) ou encore l'Éthiopie (1,7 milliard). En juillet dernier, ce pays avait affirmé avoir planté plus de 350 millions d’arbres en l'espace de 12 heures, un record mondial. Les États-Unis figurent à la 10e place du classement, avec 315,5 millions d'arbres plantés et la France à la 25e position avec 40,5 millions d'arbres plantés. Les entreprises, également engagées, ont aussi participé au re-verdissement de notre planète. Ainsi Total a-t-il déclaré 310 millions d'arbres, la Fondation Yves Rocher, près de 17 millions, et le groupe Accor, 1 million.

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Une campagne basée sur la confiance

Par cette campagne, tout un chacun est invité à planter des arbres. Aucune vérification n'est apportée aux déclarations de plantation, sauf si un grand nombre d'arbres est déclaré. Plant for the Planet indique alors demander des justificatifs, tels que des photos, des vidéos ou des articles de presse portant sur cette initiative. "La campagne '1.000 milliards d'arbres'  est basée sur la confiance des utilisateurs et nous pensons qu'il est de sa responsabilité d'enregistrer uniquement les arbres qui ont été plantés par lui", indique cependant l'ONG.

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Des militants dubitatifs

Si louable soit-elle, cette campagne, mais surtout l'engouement qu'elle suscite chez les politiques et dirigeants d'entreprises, est vue avec une certaine réserve par les militants de l'environnement, à commencer par la jeune Suédoise Greta Thunberg. "Planter des arbres est une bonne chose, bien sûr, mais c'est très loin de ce qu'il faudrait faire", estime celle qui est cette année l'une des invités de marque à Davos. Pour elle, il faut réduire de toute urgence les émissions de CO2, et pas se contenter de les compenser.

Même réaction chez Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International. "Nous devons absorber des volumes massifs de CO2 pour éviter une vraie catastrophe, mais l'idée de planter des arbres pour compenser la poursuite de la pollution venant des émissions existantes de carburants fossiles, ce n'est tout simplement pas crédible", a-t-elle déclaré à l'AFP depuis Davos. Et d'ajouter : "Le simple fait que le Forum puisse encourager à planter des arbres plutôt qu'à réduire le problème montre à quel point (ses participants) sont déconnectés et loin de réaliser ce que cela signifie que de laisser une société vivable à ses enfants." De leur côté, les auteurs de la campagne écrivent sur son site que le projet "ne remplace pas la nécessité de limiter les émissions de carbone, comme convenu lors de l'Accord de Paris, mais est nécessaire en addition".

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