Macron et la taxe carbone : chronique d’une promesse officiellement abandonnée

Emmanuel Macron lors du Grand Débat
Planète

TAXE - Dans son entretien avec la presse régionale, Emmanuel Macron a confirmé l’abandon de la hausse de la taxe carbone jusqu’à la fin du quinquennat. Une promesse de campagne chahutée par le mouvement des Gilets jaunes.

Engagement de campagne de 2017, elle est aujourd’hui repoussée à la prochaine élection présidentielle. La hausse de l’écotaxe a été officiellement abandonnée parle chef de l'Etat dans son interview diffusée jeudi soir par la presse régionale. Retour sur deux ans d’imbroglio politique autour de cette promesse de campagne progressivement écartée en raison de la défiance provoquée.

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Novembre 2018, la hausse qui met le feu aux poudres

Conformément à son programme, Emmanuel Macron décide d’augmenter en novembre 2018 la taxe sur les énergies fossiles de 44,60 euros la tonne à 55 euros dès le 1er janvier 2019. Cette taxe, instaurée sous le gouvernement Ayrault, existe depuis 2014, et ce n’est alors pas la première fois que son prix augmente : initialement à 7 euros la tonne, celui-ci a été multiplié par six en quatre ans. Mais cette fois, conjugué avec celle du prix du baril de pétrole, sa hausse met le feu aux poudres. 

C’en est trop pour des centaines de milliers de Français qui, le 17 novembre 2018, décident de protester contre la baisse de leur pouvoir d’achat en occupant des ronds-points et en barrant les routes. Quelques jours plus tard, l’exécutif rétropédale pour calmer les tensions et annonce le gel temporaire de la taxe. Mais c’est déjà trop tard, le mouvement des Gilets jaunes est né et  rythmera l’automne pendant de nombreux samedis.

Décembre 2018, recul face aux Gilets jaunes

Face à l’ampleur du mouvement des Gilets jaunes, le gouvernement renonce le 5 décembre à augmenter la taxe carbone pour l’année suivante et la retire de la loi de finance 2019. Ce qui ne tue pas le mouvement dans l’œuf, bien au contraire.

Février 2019, Macron enterre le débat (mais pas trop)

Le 14 février, l’Elysée écarte la possibilité d’une hausse de la fiscalité, tandis que le débat sur la taxe carbone revient suite à la publication d'une tribune signée par 86 députés de tous bords et de déclarations de François de Rugy, alors ministre de la Transition écologique, et de sa secrétaire d’Etat Brune Poirson, allant dans le sens d’une nouvelle augmentation. "Le président a souligné que nous étions entrés dans ce moment, le 17 novembre dernier, suite à une hausse de la fiscalité et ce n’est sans doute pas par une hausse de la fiscalité qu’on répondra à la colère qui s’est exprimée", explique Benjamin Griveaux, encore porte-parole du gouvernement.

Mais une dizaine de jours plus tard, le 26 février, Macron rouvre le débat à peine enterré à l’occasion d’un déjeuner avec une centaine d’élus de la région Grand Est. "Est-ce qu’on peut revenir à une taxation qui varie en fonction des cours mondiaux pour dire : ‘On garantit à nos concitoyens que quand les prix montent, on prend un peu moins de fiscalité ?’", interroge-t-il, semblant vouloir mettre en place une taxe flottante sur le modèle de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TIPP), appliquée par Lionel Jospin entre 2000 et 2002.

Septembre 2019, une hausse de plus en plus lointaine

Après avoir suspendu la hausse pour 2019, Sibeth Ndiaye annonce le 18 septembre à la sortie du Conseil des ministres que le gouvernement "n’envisage pas de hausse de la taxe carbone en 2020". Par ce choix, Emmanuel Macron s’éloigne un peu plus de la promesse formulée pendant sa campagne.

Juin 2020, Macron lâche l'affaire après la Convention climat

Le 21 juin, la Convention citoyenne pour le climat, créée neuf mois plus tôt pour apaiser la colère née des Gilets jaunes, propose 149 mesures pour limiter le réchauffement climatique "dans un esprit de justice sociale", et notamment l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne (UE). 

Le 29 juin, au lendemain de la "vague verte" des municipales, Emmanuel Macron répond à ses membres dans les jardins de l’Elysée en indiquant reprendre cette idée de création d'une taxe à l'échelle du continent. Et en profite quelques jours plus tard pour abandonner une hausse en France sous son quinquennat : "Je pense que sur les deux ans qui viennent, nous n’arriverons pas à remettre une taxe carbone. Cela doit être un débat de la prochaine présidentielle", indique-t-il à la presse quotidienne régionale jeudi 2 juillet, à la veille d’un remaniement d’ampleur. "Si une taxe carbone qui est pertinente d’un point de vue économique peut exister ; elle doit exister d’abord au niveau européen. Je vais me battre pour cela avec une taxe aux frontières de l’Europe, comme l’a proposé la convention citoyenne."

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