Marée noire au Brésil : les questions qui se posent

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CATASTROPHE ÉCOLOGIQUE - Alors que le mystère plane toujours sur l’origine de la fuite de pétrole qui se déverse sur les côtes brésiliennes, les autorités et les habitants sont à la peine pour la contenir. Que sait-on de sa provenance, de son ampleur, des moyens déployés depuis ? Éléments de réponse.

"Le pire est à venir." Trois mois après la détection d'une marée noire au large des côtes brésiliennes et qui se propage depuis, le président Jair Bolsonaro ne peut que constater l’ampleur des dégâts. Que sait-on de la "pire catastrophe pétrolière" dans le pays ? D'où provient-elle ? Quelle est son étendue ? Nous avons posé ces questions - et d'autres - à Thiago Almeida, responsable climat et énergie de Greenpeace Brésil.

Quand s'est-elle produite ?

Détectée le 29 juillet par des touristes à plus de 700 km au large de l’Etat de Paraïba, au nord-est du Brésil, la marée noire a commencé à se déverser un mois plus tard, le 30 août, sur les côtes. Aujourd’hui, le bilan est lourd et ne risque pas de s’améliorer selon les prévisions : plus de 2 500 kilomètres de côtes sont déjà souillées par le mazout. La catastrophe a pris une dimension internationale le 21 octobre à la diffusion d’une photographie représentant un jeune garçon, le torse recouvert d’un sac poubelle, sortant de la mer couleur d’encre. Everton Miguel dos Anjos, 13 ans, participait alors au nettoyage d’une plage avec ses quatre frères.

À quoi peut-elle être due ?

Après des analyses du mazout, l’Ibama, l’institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables, et la compagnie pétrolière Petrobras en ont déduit que sa production était originaire du Venezuela. "Si les autorités pensent avoir trouvé la localisation de la fuite, ils essaient de trouver le responsable", avance Thiago Almeida. "L’origine est encore inconnue." 

Pour l’heure, le flou persiste autour de la cause de la fuite. À partir de données satellitaires, les autorités ont accusé le tanker pétrolier grec Bouboulina, en route vers l’Afrique du Sud. Accusation que le gérant du pétrolier Delta Tankers a démenti dans la foulée. La marine et la police fédérale brésilienne sont chargés des investigations.

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Quelle est son ampleur ?

A ce jour, "la quantité de pétrole enlevée des plages reste inconnue car c’est surtout la population qui s’en occupe", souligne le responsable de Greenpeace. Mais selon le gouvernement et les autorités locales, ce sont près de 3 000 tonnes de mazout qui ont été enlevées des 201 plages du nord-est du pays, soit environ 20 000 barils de pétrole.

"Ce qui est arrivé et a été ramassé jusqu’à présent est une petite quantité de ce qui a été déversé", a constaté Jair Bolsonaro lors de son allocution télévisée. Thiago Almeida prévient, la quantité déjà ramassée est une infime partie de la marée noire : "Si l’on considère qu’un tanker peut transporter de 500 000 à 2 millions de barils de pétrole, c’est effrayant de constater à quel point la situation va s’empirer." La catastrophe serait ainsi la pire marée noire que le Brésil n’ait jamais connue, selon le responsable climat de l'ONG. Un constat partagé par d'autres spécialistes. Même le président brésilien, climatosceptique notoire, a qualifié la catastrophe d'acte "criminel". 

À ce jour, la marée noire continue de s’étendre et est loin d’être contenue. Elle pourrait atteindre le parc marin des Abrolhos, au sud de Bahia, la plus importante réserve de biodiversité de l’Atlantique sud où se reproduisent des baleines à bosse. Le liquide noir pourrait également rejoindre les côtes de Rio de Janeiro. Lundi 5 novembre, la marine brésilienne a affirmé avoir observé "une diminution réelle, statistique, de la quantité de pétrole qui arrive sur les plages", contredisant ainsi les propos du président Jair Bolsonaro. 

Quels moyens ont été mis en place ?

Le quotidien brésilien O Globo a dévoilé que le "plan national d’urgence en cas de pollution par les hydrocarbures" avait été lancé seulement le 11 octobre, soit plus d’un mois après les premières constatations de pollution des plages. "Cela a pris 41 jours au gouvernement d’activer le plan d’urgence", déplore Thiago Almeida. "Le gouvernement a dit avoir déployé 5 000 militaires mais si vous allez sur certaines des plages polluées, vous voyez que c'est la population qui nettoie et non le gouvernement." 

De fait, les habitants n’ont pas attendu la prise en charge de la catastrophe par les autorités. Armés de sacs plastiques ou à mains nues, ils ont été nombreux à se rendre spontanément sur les plages pour y ramasser le pétrole déversé en grande quantité.

Est-ce une première ?

En novembre 2011, le Brésil a connu une marée noire après des fuites de champs pétrolifères situés au large de Rio de Janeiro. La fuite a pu être localisée en quelques jours puis réparée grâce à un système de pompage, non sans faire de dégâts. C’est  deux ans après cette catastrophe qu’est né le plan d’urgence répondant à ce genre de crise.

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