Marseille : pour la première fois, le commandant d'un bateau de croisière condamné pour avoir pollué l'air

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JUSTICE ENVIRONNEMENTALE - C'est une première judiciaire en France : le tribunal correctionnel de Marseille a condamné un capitaine de bateau et son employeur, le leader mondial des croisières Carnival, pour avoir utilisé un fioul non conforme aux règles environnementales.

La justice française a lourdement condamné un commandant de navire pollueur ce lundi. Evans Hoyt, le capitaine de l'Azura, écope d'une amende de 100.000 euros pour avoir utilisé du fioul trop polluant - et illégal - en mars dernier. Une partie de l'amende qui lui a été infligée, à hauteur de 80.000 euros, devra être réglée par son employeur, Carnival, le leader mondial du secteur de la croisière. Le tribunal correctionnel de Marseille a ainsi suivi les réquisitions du parquet, à l'origine des poursuites.

Que reproche-t-on au capitaine et au groupe Carnival ?

Lors d'une escale à Marseille fin mars, des inspecteurs ont découvert à bord de l'Azura - un géant des mers de 300 mètres de long, qui peut accueillir jusqu'à 3.100 passagers et 1.250 membres d'équipage - un fioul dépassant les valeurs limite en soufre. Ce fioul, moins onéreux, permettait à la compagnie de faire de grosses économies, mais augmentait considérablement la pollution de l'air.


Le bateau de croisière a embarqué 900 tonnes de ce fioul à Barcelone, avant de mettre le cap sur la cité phocéenne. Selon un calcul du procureur, l'Azura a économisé environ 21.000 euros, un chiffre qu'il invitait à multiplier par la centaine de navires que possède la société américaine Carnival.


Le capitaine, un Américain de 58 ans qui ne s'est pas présenté à la barre, "savait pertinemment le caractère irrégulier du fioul", a souligné le magistrat, et Carnival "n'a pas souhaité faire application de la norme légale". "Une compagnie de cette taille-là gère tous ses achats de combustible à l'avance, avec un bureau entier dédié à ça" et ne pouvait pas ignorer les règles françaises, a également soutenu à l'audience Stéphan Rousseau, le fonctionnaire qui a mené l'enquête.


La société qui détient la marque P&O Cruises, "a souhaité économiser de l'argent au mépris des poumons de tout un chacun, dans un contexte de pollution majeure de l'air causée pour partie par les croisières" dans le premier port de France, avait déjà accusé le procureur Franck Lagier à l'audience du 8 octobre.

Est-ce un cas isolé ?

Cette condamnation met en lumière un problème majeur à Marseille : le pollution de l'air causée par les bateaux de croisière. Le fioul - même légal - utilisé par ces bateaux est extrêmement chargé en soufre. Décidées sous l'impulsion de l'Europe en 2015, les normes existantes ne font que limiter partiellement cette teneur en soufre. Ainsi un véhicule roulant au diesel est 100 fois moins polluant qu'un navire (0,001% de souffre contre 0,1%) et ce rapport explose en mer, là où les bateaux utilisent un autre fioul - plus polluant (3,5% de soufre).


France Nature Environnement (FNE) estimait en juillet 2017 que le nombre de particules fines dans l’air était jusqu’à 100 fois plus élevé à proximité du port qu’ailleurs dans la ville. La pollution est la plus forte entre 7 et 10h du matin, lorsque les bateaux entrent et sortent.

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La pollution de l'air rend-elle bête ?

Quelles solutions ?

Tout n'est pas perdu, des solutions existent. La première d'entre elles : éteindre les moteurs à quai. Une solution évidente, mais qui n'est pourtant que très peu mise en pratique. La Méridionale a décidé de franchir le pas, ses bateaux se branchent dorénavant au réseau électrique du port et mettent à l'arrêt leurs générateurs. Elle économise ainsi trois tonnes de fuel à chaque escale, de quoi rapidement rentabiliser l'investissement initial de trois millions d'euros.


Les réglementations doivent également se durcir prochainement. Les valeurs limite de soufre pour la navigation vont être abaissées le 1er janvier 2020, divisées par trois pour les navires de croisière et par sept pour les autres, et ce, dans toutes les eaux françaises. Mais ces taux restent encore loin des normes imposées dans les zones les plus protégées d'Europe, en mer Baltique ou en mer du Nord, où la limite est encore cinq fois plus basse.


Enfin, le premier port de France pourrait décider de limiter le nombre de croisiéristes, comme l'a déjà fait Venise, mais elle n'en prend pas vraiment le chemin. Marseille est actuellement leader français sur le marché de la croisière, elle a accueilli l’an dernier 1,486 million de passagers et en attend, en 2018, 1,75 million.

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