"Nous étions face à des monstres" : le chef de la mission française envoyée en Australie raconte

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L'Australie dévorée par les flammes

MEGAFIRE - Cinq officiers sapeurs-pompiers de la sécurité civile ont été dépêchés à Canberra le 7 janvier dernier, avec pour objectif d'évaluer les nombreux feux toujours en cours dans le pays et d'apporter leur expertise à leurs homologues australiens. Le colonel Bruno Ulliac, chef de mission, raconte à LCI.

Même pour ces soldats du feu aguerris, c'était du jamais-vu. Après l'aide proposée par Emmanuel Macron au Premier ministre australien Scott Morrison dans la lutte contre les incendies en cours depuis quatre mois, une délégation de cinq experts français a été envoyée à Canberra. Choisis chacun pour leurs compétences, les officiers de la sécurité civile doivent quitter l'Australie jeudi 16 janvier, après avoir apporté une expertise portant notamment sur le "back burn" ou la technique des contre-feux, qui pourrait participer à l'extinction des megafires qui ravagent l'Australie.  

LCI - Après une semaine sur place, quel est votre diagnostic ? 

Colonel Bruno Ulliac - Quand vous arrivez à Canberra, il y a une atmosphère de fumée, un peu ocre et qui indispose les gens. Mais il n’y a pas d’autres signes inquiétants lorsque vous n’êtes pas sur l’un des sites. Nous sommes venus avec beaucoup d’humilité, nous n’avons jamais été confrontés à ce type de feux.

Nous avons eu la chance d’établir d’excellentes relations avec nos collègues australiens qui nous ont accompagnés dans les Etats de Victoria et de Nouvelle-Galles du Sud. Là-bas, c’est assez différent de Canberra. C’est lors de nos premières évaluations que nous nous sommes rendus compte que nous étions face à des monstres comme ils les appellent là-bas, des feux absolument gigantesques. Nous avons été sur quatre sites où les flammes parcourent des milliers d’hectares. Par exemple, le premier feu sur lequel nous sommes allés était vaste de 220 000 hectares. En France, nous parlons de gros feux lorsque nous faisons face à des feux d’une dizaine d’hectares... Nous n’avons jamais vu une telle superficie mais aussi autant de feux en même temps. 

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LCI - Alors que vous n’êtes pas encore rentrés, la situation semble s’améliorer avec de la pluie attendue….

Effectivement il y a une accalmie qui va durer cinq, six jours, mais il faut être prudent. Un feu important a été maîtrisé, contenu, au sud de Sydney mais d’autres feux sont toujours en évolution. Il faudra en réalité du temps et l’aide de la météo. Une maîtrise totale des incendies, c’est-à-dire une extinction des derniers foyers, n’interviendra que fin février, début mars. Le pic de la saison des feux se situe au début du mois de février et nous ne sommes que début janvier.

Ce n'est pas le nombre qui va éteindre les feux mais la technicité- Colonel Bruno Ulliac

LCI - Comment avez-vous pu aider vos collègues australiens ? 

Dans un premier temps, nous avons essayé de comprendre comment les aider, eux qui font un travail formidable. Puis nous avons trouvé des pistes, des similitudes dans nos méthodes de travail. Et nous avons réalisé que nous pouvions aider dans la technique des contre-feux mais aussi dans la gestion de crise. Ce sont deux pistes sur lesquelles nous réfléchissons. Nous allons faire une proposition d’offre aux Australiens pour envoyer sur place des techniciens français spécialisés dans la méthode du back burn, des contre-feux. Nous n’avons pas besoin de dépêcher beaucoup d’hommes, ce n’est pas le nombre qui va éteindre les feux mais la technicité, ainsi que la météo favorable. 

Est-ce que ces feux sont causés par le changement climatique ? C'est possible, mais il faut s'y confronter et pouvoir s’y préparer. C’est une relation 'win-win' en quelque sorte : nous venons pour partager des techniques que nous connaissons avec nos collègues australiens, mais nous apprenons aussi beaucoup. Nous avons lié des contacts forts avec nos collègues australiens qui vont venir nous voir prochainement. L’idée est de développer ensemble des partenariats.

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