Montagne d'or : quel est ce projet de mine en Guyane jugé "incompatible" avec les exigences environnementales ?

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ENVIRONNEMENT - Le projet "Montagne d'or" prévoyait l'ouverture en 2022 de la plus grande mine d'or à ciel ouvert de France. Combattu de longue date par des associations locales et environnementales, il est désormais jugé "incompatible avec les exigences de protection de l'environnement" par l'exécutif comme la redit Emmanuelle Wargon sur LCI jeudi 30 mai.

C'est un filon de 80 tonnes d'or qui n'en finit pas de diviser. Le projet "Montagne d'or" était censé donner naissance en Guyane à la plus grande mine d'or à ciel ouvert de France. Soutenu par le patronat local et une partie des élus, il est combattu par des associations de défense de l'environnement et des organisations amérindiennes de Guyane. Partisans du projet jusqu'en 2019, Emmanuel Macron et le gouvernement le jugent désormais "incompatible avec les exigences de protection de l'environnement", à l'issue du premier Conseil de défense écologique du 23 mai. (voir la vidéo d'Emmanuelle Wargon ci dessus)

En quoi consiste ce projet ? Pourquoi est-il défendu par certains et critiqué par d'autres ? Réponse en trois points.

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Le projet : une mine de 2,5 km de long en forêt amazonienne

Le projet "Montagne d'or" consiste à exploiter une concession aurifère située en forêt amazonienne, au sud de Saint-Laurent-du-Maroni. L'or est exploité depuis la fin du XIXe siècle dans cette zone, dans les alluvions des rivières, mais d'importants gisements ont été confirmés ces dernières décennies, dont celui de la Montagne d'or. Cette concession, comme la dizaine d'autres dans cette zone, est possédée par la Compagnie Montagne d'or, une coentreprise de la société canadienne Columbus Gold et de la société russe Nordgold.

La Compagnie Montagne d'or estime que le projet d’exploitation permettrait d'extraire 85 tonnes d'or, disséminées dans 54 millions de tonnes de minerai, à raison de 6,7 tonnes par an entre 2022 et 2033. Comme l'illustre la vidéo promotionnelle ci-dessous, le site d'exploitation, censée être construit entre 2019 et 2021, couvrirait 800 hectares. La fosse minière mesurerait 2,5 km de long sur 400 mètres de large, pour 120 mètres de profondeur. 

Pour produire de l'or, il est nécessaire d'extraire la roche avec des explosifs, puis de la broyer avant de libérer le précieux métal à l'aide de cyanure. Les résidus contaminés au cyanure doivent ensuite être stockés dans des bassins de rétention. 

Pour les défenseurs du projet, des bénéfices économiques

Le projet "Montagne d'or" est soutenu par une majorité d'élus et de représentants patronaux locaux. Selon l'exploitant, la mine permettra de créer 750 emplois directs, dont 90% d'emploi local, et 3.000 emplois indirects, ainsi que 300 millions d'euros de retombées fiscales. Une aubaine selon ces derniers, alors que la Guyane, qui produit une tonne d'or par an en moyenne, souffre d'un taux de chômage supérieur à 20% et d'un taux de pauvreté de plus de 40% depuis de longues années.

Pour les détracteurs du projet, des risques environnementaux

Même si la Compagnie Montagne d'or affirme qu'elle respectera les normes environnementales en vigueur, le projet minier a suscité une forte opposition de la part d'association environnementales et amérindiennes. Et ce pour plusieurs raisons.

La première est liée directement à l’exploitation aurifère : c'est le risque de contamination au cyanure de l'environnement. Si les matières contaminées sont normalement stockées dans des bassins étanches, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) rappelle dans un rapport de 2013 que "la présence de larges quantités de boue liquide, chargées en produits dangereux derrière des digues peut avoir des effets désastreux pour l’environnement en cas de fuite ou de rupture de ces digues".

Les détracteurs du projet pointent également la déforestation nécessaire à la construction de la mine. " La forêt à caractère primaire qui serait à déboiser occupe 45% (374 ha) du site minier et 30 % (201 ha) de l’empreinte de la ligne électrique et des réaménagements de la piste", indique le document de synthèse du projet, qui précise que "sur l’emprise du projet coexistent des habitats à forte valeur écologique et des habitats fortement dégradés par l’orpaillage. On y trouve une faune et une flore

diversifiées, dont certaines espèces sont protégées."

Enfin, le même document indique que les besoins en électricité du projet seront de 20 MW, ce qui correspond à 8,5% de la consommation électrique de la Guyane. C'est pour cela qu'en plus de la mine, une ligne électrique doit être construite.

Alors que le site minier se situe à proximité de deux réserves biologiques intégrales (autour du massif Lucifer et du massif Dekou-Dekou) et sur un bassin versant qui alimente la région en eau potable, les risques mentionnées ci-dessus inquiètent de nombreuses organisations. 

Réunies au sein du collectif "Or de question", ces organisations environnementales ou autochtones voient dans le projet "Montagne d'or" une folie dont le coût financier et les risques environnementaux ne compensent pas les bénéfices tirés de l'exploitation aurifère. "Ce projet est un mirage en termes de développement pour la Guyane et un gouffre pour l'argent des contribuables", qui "engloutirait au moins 420 millions d'euros d'argent public, soit un coût aberrant de 560.000 euros publics pour chaque emploi direct annoncé", avait pointé le député européenne Yannick Jadot (EELV) en mai 2018.

Comment l'exécutif s'est retourné

Ces arguments ont-ils fait mouche auprès de l'exécutif ? Alors qu'en 2015, puis en 2017 après son élection à la présidence, Emmanuel Macron s'était rendu en Guyane pour exprimer son soutien au projet, il semblait beaucoup plus circonspect au début de l'année 2019. En février, le chef de l'État estimait que le projet "n'était pas au meilleur niveau" en matière de respect de l'environnement. Début mai, il affirmait qu'"à l’heure actuelle, ce que je sais du projet n’est pas compatible avec l’ambition que je viens de fixer" en terme d’"ambition écologique" et "de biodiversité".

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Du côté du ministère de l'Écologie, Nicolas Hulot n'a jamais caché son opposition au projet, et son successeur François De Rugy affirmait qu'il ne pouvait être mené tel que prévu. Finalement, l'exécutif a tranché :  le sort du projet sera décidé en Conseil de défense écologique. À l'issue de cette première édition, le projet - du moins en l'état - semble complètement abandonné. Reste à savoir si une nouvelle version de la "Montagne d'or" pourrait voir le jour dans le cadre de ces "nouvelles exigences" environnementales, censées donner lieu à un nouveau code minier d'ici décembre 2019.

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