Menace de marée noire : comment combattre la pollution provoquée par le naufrage du Grande America ?

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ENVIRONNEMENT - Après un incendie à bord, le Grande America repose désormais à 4600 mètres de fond à l'ouest de La Rochelle. Problème : le navire transportait 365 conteneurs, dont 45 avec des matières classifiées dangereuse, ainsi que 2200 tonnes de fioul comme carburant. 600 tonnes d'hydrocarbures sont déjà à la dérive.

La pollution menace le littoral français. Deux nappes d'hydrocarbures dérivent désormais à quelques centaines de kilomètres au large de La Rochelle après le naufrage, mardi, du navire italien Grande America. Du fioul lourd qui file au gré des vents en direction des côtes de Gironde et de Charente-Maritime, deux départements placés en "pré-alerte" pour anticiper le risque et pouvoir prendre les décisions le plus rapidement possible.

Agir au plus vite

Comme précisé mercredi lors d'une conférence de presse de crise à la préfecture maritime, les deux nappes d'hydrocarbures se rapprochent des côtes françaises. Afin de ne pas souiller le littoral, des boudins antipollution et des barrages flottants vont être mis en place au large de la Charente-Maritime. Le préfet maritime a par ailleurs ordonné la mobilisation de quatre navires pour lutter contre la pollution. 


Pour l'heure, les autorités ne connaissent pas le volume exact d'hydrocarbures que représentent les deux nappes à la dérive. Le navire contenait dans ses cuves 2200 tonnes de fioul lourd. Contacté par LCI, Nicolas Tamic, directeur-adjoint du Cedre, Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux, qui participe aux opérations anti-pollution, estime que "500 à 600 tonnes de fioul sont actuellement à la dérive." Par conséquent, les trois-quarts des hydrocarbures seraient encore dans l'épave.

Des conséquences sur le long terme

Si la pollution provenant des épaves est impressionnantes au moment de l'échouement, ces dernières représentent aussi un risque sur le long terme. En effet, lorsque les navires sombrent, leurs cales et leurs cuves peuvent contenir des hydrocarbures et des matières dangereuses. L'épave se détériore avec le temps et peut laisser échapper les polluants qu'elle contient. En France, l'intégralité des épaves est répertoriée par le Shom, le Service hydrographique et océanographique de la Marine, qui établit une carte précise des fonds marins et des obstacles qu'ils peuvent contenir. Mais l'activité du Shom est purement cartographique et ne classifie pas les épaves selon leur dangerosité. 


Toutefois, les autorités maritimes ne laissent pas les épaves dormir tranquillement au fond des mers. "Des opérations de surveillances sont régulièrement mises en place afin de contrôler les épaves qui représentent un risque", précise Nicolas Tamic, du Cedre. "Si on constate, par exemple, que des hydrocarbures s'en échappent, alors des décisions seront prises pour mettre un terme à la pollution. Dans la réalité, ces écoulements restent très faibles." 

Le vrai danger provient des navires coulés pendant les Première et Seconde guerres mondialesNicolas Tamic, directeur-adjoint du Cedre

Pour l'association de défense de l'environnement Robin des Bois, les épaves restent néanmoins de véritables bombes à retardement. D'après l'organisation, l'océan Atlantique abrite ainsi huit épaves potentiellement polluantes, dont l'Erika, pétrolier coulé en 1999 qui transportait 19.800 tonnes de pétroles. Pour Robin des Bois, les galettes d'hydrocarbures qu'on peut retrouver sur nos plages proviennent parfois de bateaux coulés depuis des décennies, leur contenu continuant à se déverser sur nos côtes. Suite au naufrage du Grande America, l'association a annoncé qu'elle porterait plainte contre X afin que toutes les responsabilités soient dégagées. 


Mais pour Nicolas Tamic, "le vrai danger provient des navires coulés pendant les Première et Seconde guerres mondiales". Il s'explique : "Nous n'avons pas forcément d'information sur les hydrocarbures qu'ils contiennent. L'état de leur coque se détériore avec le temps et cela peut représenter un risque de pollution. Sans oublier les milliers de munitions qui constituent le vrai danger à venir."

Des opérations (très) coûteuses

Des opérations de pompages peuvent être menées. En 2004, les autorités espagnoles ont par exemple récupéré 2500 tonnes de fioul qui gisant dans les cuves du Prestige, pétrolier qui avait sombré un an plus tôt et à l'origine d'une gigantesque marée noire en France et Espagne. Cette opération délicate avait coûté 99,3 millions d’euros car le bateau gît à 3800 mètres de fond. Des brèches avaient également dû être colmatées. 


En France, une opération de pompage similaire a déjà eu lieu en 1980 au moment du naufrage du pétrolier malgache, le Tanio. L'intervention avait permis de récupérer 6500 tonnes d'hydrocarbures. Mais le pompage peut aussi intervenir bien après le naufrage. En 1999, le préfet maritime de l'Atlantique a ordonné une opération sur le pétrolier Peter Sif, coulé 30 ans auparavant au large d'Ouessant. 130.000 tonnes de fioul avaient été récupérées, mais de nouvelles brèches dans l'épave avaient nécessité une nouvelle intervention semblable en 2006. 


Dans le cas du Grande America, il est encore trop tôt pour déterminer l'ampleur de l'intervention qui sera nécessaire. Pour l'heure, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a seulement assuré que l'armateur Grimaldi devra couvrir l'intégralité des frais engagés pour la dépollution. C'est également l'entreprise italienne qui prendra en charge l’affrètement d'un sous-marin pour évaluer les quantités de fioul présentes dans le navire.

Les conteneurs à la dérive, l'autre danger des naufrages

Les autorités sont aussi inquiètent des conteneurs qui se sont détachés du Grande America au moment du naufrage. Le World Shipping Council, organisation professionnelle internationale d'armateurs, estime que 1500 conteneurs sont perdus en mer en moyenne chaque année, soit 4 à 5 par jour. Si ce chiffre peut paraître alarmant, il faut rappeler que 130 millions de conteneurs sont transportés annuellement dans le monde. L'essentiel des pertes provient de catastrophes maritimes, comme le naufrage du Grande America et ses 365 conteneurs, dont 45 considérés comme dangereux. 


Une fois en mer, ceux-ci représentent en tout cas un réel danger pour la navigation, des navires pouvant entrer en collision avec eux. Ils peuvent également finir leur parcours en s'échouant sur les plages ou en se vidant de leur contenu, parfois dangereux pour l'environnement. 

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