Nucléaire : comment le coût de l'EPR de Flamanville a triplé

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INDUSTRIE - Le fleuron du nucléaire français aurait dû être terminé en 5 ans pour un coût de 3,3 milliards d'euros. Le chantier devrait finalement coûter au moins 12,4 milliards d'euros et durer au moins 16 ans, jusqu'en 2023.

La chronique des retards et des surcoûts de l'EPR dure depuis plus de 10 ans désormais. Dernier épisode en date : EDF a annoncé ce mercredi que la facture du prochain réacteur nucléaire français, en construction à Flamanville (Manche), augmentera de 1,5 milliards d'euros supplémentaire, atteignant 12,4 milliards, pour une mise en service en 2023 au mieux.

À l'origine, ce réacteur de nouvelle génération, d'une puissance supérieure aux autres réacteurs français, aurait dû démarrer en 2012 et coûter 3,3 milliards d'euros. C'était sans compter sur les nombreux difficultés rencontrées sur le chantier ainsi que sur les changements de normes qui ont pesé sur la facture.

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Conçu pour fonctionner pendant 60 ans, l'"European Pressurized Water Reactor" (réacteur pressurisé européen) est censé résister à la chute d'un avion et fonctionner en cas de séisme. Avant que le chantier de l'EPR de Flamanville ne soit lancé en 2007, la construction d'un premier EPR avait débuté dès 2005 en Finlande. Ce dernier souffre désormais de retards et de surcoûts comparables à son homologue français, et ne devrait pas entrer en service avant 2020. Entre temps, deux EPR ont été construits en Chine entre 2009 et 2019, et la construction d'un EPR a débuté au Royaume-Uni en 2018.

"La première centrale construite en France depuis quinze ans"

Après le feu vert du gouvernement en 2004, puis la publication en 2007 du décret autorisant EDF à construire le premier EPR français à Flamanville, les premiers déboires surviennent rapidement. Dès décembre 2008, un an après le début du chantier, le coût est porté de 3,3 à 4 milliards d'euros, en raison de barres d'acier manquantes dans la dalle de béton située sous le réacteur.

C'est en octobre 2010 que sont annoncés les premiers retards, causés par des difficultés à mettre en place le béton de ce premier EPR. La mise en service est décalée à 2014 au minimum, et le coût atteint 5 milliards d'euros. En janvier et juin 2011, deux ouvriers de Bouygues Travaux Publics sont victimes de chutes mortelles sur le chantier, entraînant un retard supplémentaire de quelques mois. En juillet de la même année, EDF annonce finalement un nouveau retard de deux ans, "lié à des raisons tant structurelles que conjoncturelles", l'EPR "est la première centrale nucléaire construite en France depuis quinze ans". L'échéance est portée à 2016, pour 6 milliards d'euros.

De nouvelles règles post-Fukushima s'ajoutent aux difficultés

En décembre 2012, pas de nouveau retard annoncé mais une augmentation de la facture plutôt salée, portant à 8,5 milliards d'euros le coût de l'EPR. En cause, de nouveaux "aléas" industriels et "l'impact financier de l'allongement des délais de construction", mais aussi l'intégration de nouvelles exigences réglementaires adoptées après l'accident nucléaire de Fukushima. En novembre 2014, un nouveau retard, attribué cette fois à Areva, qui conçoit le réacteur, entraîne le décalage à 2017 de sa mise en service.

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Des anomalies sur la cuve du réacteur

En 2015, c'est la cuve du réacteur qui pose problème. Le rapport annuel de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pointe des "anomalies de fabrication" sur cette pièce centrale, fabriquée par Areva en 2006 et 2007. En fin d'année, le gendarme du nucléaire donne son feu vert à un programme d'essais d'Areva, qui fera état un an plus tard d'"anomalies" dans le suivi des fabrications d'équipements au sein de son usine du Creusot (Saône-et-Loire). La mise en service est décalée à 2018 et le coût de l'EPR est évalué à 9 milliards, soit une augmentation de 173% du tarif initial. En juin 2017, alors que le coût a été réévalué à 10,5 milliards d'euros, l'ASN ordonne finalement à EDF de changer le couvercle de la cuve en 2024 au plus tard.

Après la cuve, les soudures

En octobre 2018, EDF annonce des "écarts de qualité" sur des soudures du réacteur situées dans la traversée de l'enceinte de confinement. A ce stade la mise en service commerciale est prévue pour 2020, pour 11 milliards d'euros. En juin 2019, EDF demande à l'ASN s'il est possible de réparer une partie de ces soudures en 2024, après la mise en service du réacteur, mais le gendarme du nucléaire refuse, entraînant EDF a décaler de nouveau la mise en service à fin 2022. Enfin, le 9 octobre, EDF annonce que ces réparations devraient alourdir la facture de 1,5 milliard d'euros. Avec 12,4 milliards, le coût du chantier a augmenté de 276% par rapport à l'estimation initiale, tandis que la durée du chantier a triplé.

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